Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Paavo Järvi côté musique nordique

Le nouveau directeur musical de l’Orchestre de Paris raconte parfois ironiquement qu’avec un nom comme le sien, bien sûr, il fut à ses débuts assigné -pour ne pas dire cantonné- au répertoire nordique. Ironiquement, parce que toute profitable fut la situation, cette spécialité qu’on attribuait au jeune chef manquait de substance. La nationalité peut tout au plus apporter une culture musicale spécifique, mais c’est en dirigeant qu’un chef d’orchestre peut véritablement se sentir en affinité avec une partition et peu à peu la maîtriser.

Vingt ans plus tard, en revanche, Paavo Järvi a incontestablement inscrit la musique scandinave parmi ses répertoires préférés. C’est un domaine qu’il a exploré, sillonné, cartographié et c’est maintenant une chance à ne pas manquer que d’y être guidé par ses soins. Ainsi les œuvres qu’il défend dans sa première saison, toutes de Sibelius, sont des œuvres amples, cuivrées, nourries -les Deuxième et Cinquième symphonies par exemple, dont il sait contrôler la progression. Le poème symphonique Tapiola, ultime partition avant le long silence où Sibelius s’enfermera, est riche d’effets sonores, sûrement pas naturalistes, mais neufs et magnifiques.
Quant à Kullervo, jamais joué à l’Orchestre de Paris, grand poème sombre et épique, il est au répertoire de peu de chefs -de peu de chœurs, également, et c’est l’occasion pour Paavo Järvi d’inviter à Paris le chœur d’hommes d’Estonie. Et l’on dira, là, que la maîtrise de la langue finlandaise est un atout, pour les interprètes comme pour le chef !
» Kullervo de Sibelius les 15 et 16 septembre
» Soirée nordique avec Elisabeth Leonskaja (Pärt, Grieg et Sibelius) le 4 novembre
» Tapiola de Sibelius le 10 novembre
» La Symphonie n°5 de Sibelius les 27 et 28 avril

Merci Maestro !

Dédicaces adressées à Christoph Eschenbach à l’occasion de ses derniers concerts comme Directeur musical de l’Orchestre de Paris.

En mars 2011, retrouvez Christoph Eschenbach à la tête de l’Orchestre de Paris pour trois concerts :
» Mercredi 23 mars 2011 avec Emmanuel Ax
» Jeudi 24 mars 2011 avec Lang Lang
» Jeudi 31 mars 2011 avec Iréne Theorin

 

Retrouvailles musicales avec les enfants de la tournée en Grèce


Diaporama réalisé par les enfants de la Maison de l’enfance de Verrières le Buisson sur la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz.

Vendredi 18 juin, les enfants ayant participé à la tournée en Grèce au mois de février ont invité leurs musiciens parrains à une soirée musicale.
Après avoir visionné et commenté un diaporama qu’ils ont effectué depuis leur retour, les enfants qui apprennent le violon depuis le mois de janvier ont joué devant les musiciens professionnels quelques pièces. Ensuite, ils ont pris place aux côtés de leurs aînés pour les écouter dans diverses pièces de musique de chambre avant de partager un délicieux buffet et se donner rendez-vous le 21 juin sous la Pyramide du Louvre pour la Fête de de la musique.

La Nuit Américaine sous la Pyramide du Louvre

Kristjan Järvi, frère cadet de Paavo Järvi, le nouveau Directeur Musical de l’Orchestre de Paris à partir de septembre 2010, revient pour la deuxième fois cette année à la tête de l’Orchestre de Paris avec un programme toujours aussi surprenant et original !

Après le succès fulgurant de la “Nuit des Mayas” au Théâtre du Châtelet en octobre dernier, le thème de la programmation reste similaire mais cette fois ci consacrée à l’Amérique du Nord. Toujours dans l’idée d’un concert à caractère populaire, la programmation a quelque chose de festif et de léger. Des œuvres de Gershwin, Bernstein et Adams y seront interprétées : trois icônes d’avant-hier, d’hier et d’aujourd’hui.

La fête de la musique est l’occasion pour l’Orchestre de Paris de  faire partager, dans un cadre exceptionnel, la musique à un public peu familier des salles de concert.
Cette collaboration avec le Musée du Louvre se poursuivra au cours des prochaines saisons notamment en décembre 2011 avec un concert dirigé par Pierre Boulez.

Retrouvez en vidéo une interview de Kristjan Järvi, réalisée à l’occasion de la “Nuit des Mayas”, détaillant son attrait pour une musique américaine, populaire, festive et légère.


Fête de la musique 2010 - La Nuit américaine
Concert gratuit sous la pyramide du Louvre, le 21 juin à 22h

» Programme détaillé du concert

Croqu’écrits : Boulez, chef, parmi ses pairs

Pêle-mêle de chefs : Solti, Sawallisch, Boulez, Giulini, Rozhdestvensky, Brüggen, Jordan, Prêtre, et quelques autres… Ils ont tous leurs petites manies, leurs réflexes langagiers ou gestuels, leurs tics cocasses ou leurs automatismes burlesques, inquiétants, voire menaçants…

Celui-ci hurlera “houuuuummm pâââ !”, claquant du plat de la main un crâne dégarni mais non moins sonore, scrutant impitoyablement - par en-dessous - ridant furieusement un front méphistophélique, couronnant l’œil droit d’un accent circonflexe sourcilleux, nous emportant dans un maelström d’une apparence incroyablement désordonnée mais d’une puissance colossale…

Geste large, ample, majestueux, communicatif, avant l’attaque de la première note : le bras droit s’élève avec une fausse lenteur à hauteur des yeux, amorce un demi cercle complet du côté des violons et l’achève gravement : c’est l’invitation au voyage !

Aimé celui-là, qui émaille les répétitions de bons mots appréciés pour leur à-propos et leur facétie. La ressemblance physique avec le fondateur de l’orchestre est frappante, la mèche indocile, les mains larges s’ouvrant comme des serres d’aigles au bout de bras trop courts, les épaules rehaussées là où le cou fait défaut, et subitement se dressant pour projeter avec panache un phrasé somptueux. Incomparable dans Debussy, limpide dans Zemlinsky, son retour était attendu pour n’importe quel programme avec impatience et appréhension à cause d’une santé fragile.

Comme plus d’un russe, sa baguette est tellement longue qu’il paraît petit. Pas d’estrade pour cet homme qui rejoint le pupitre d’un pas lent, nonchalant même, droit comme un i mais sans raideur aucune. Des yeux malicieux traversent d’épais verres carrés surmontés d’un front dégarni prolongé par des cheveux d’anges qui lui tombent légèrement sur la nuque. La parole est rare car superflue, le geste d’une économie inhabituelle lui permettant d’obtenir réponses immédiates et amplitude sonore invraisemblable d’un seul haussement de sourcil. Le regard suffit à conduire son petit monde, corps immobile, bras balans, sourire confiant, puis un imperceptible pas en avant provoque un fortissimo subito à faire frémir le cosmos. Un géant débonnaire.

Son français est absolument impeccable, juste agrémenté de ce qu’il faut de germanisme. Le complet veston-cravate le ferait plutôt passer pour le directeur de la banque mondiale ou du FMI. En fait, il respire la clarté. Le naturel du phrasé débarrasse le discours de toute fioriture en lui rendant son évidence originelle : il est le ” style ” personnifié. On jurerait qu’il a personnellement connu tous les compositeurs, qu’il les a même conseillés, voire tenu la plume. Son ascendant sur l’orchestre est puissant, incontesté, son travail d’une efficacité inégalée, le résultat inouï. Et sa façon de lever la baguette reste incomparable, sans aucun effort apparent, comme si le geste entier nous conviait aimablement de cette politesse : ” S’il vous plaît ! “.

Si vous le rencontrez dans le métro vêtu d’un vieil imperméable grisé recueillant quelques cendres d’un mégot fatigué surplombant d’étonnants souliers d’un autre âge, ne vous y trompez pas, ne portez pas sur lui un étrange regard, il est seulement chef d’orchestre et probablement un brin distrait. Un personnage qu’on verrait bien dans ” Tintin chez les musicos ” par exemple. Gentil, affable, jamais un mot au-dessus de l’autre, un archéologue de la musique, qui semble plus intéressé par la recherche et le travail de fouille que par le concert lui-même.

Le dédain le plus parfait, la morgue toute puissante, l’orgueil démesuré, l’insulte suavement prononcée, outrageusement blessante, débouchant le lendemain sur des regrets élégamment exprimés - du jamais vu de mémoire de musicien - en revanche, une baguette absolument irréprochable.

Partition sous le bras, la démarche est rapide et sûre, hâtant toujours le pas vers le seul but qui vaille : l’essentiel. La baguette : absente. Le geste : aussi précis que souple. La repartie : gaullienne. Le courroux : bref, exaspéré, sans appel. L’œil : vigilant, étonné, rieur. L’horloge et le rythme : impitoyables (”ce qui importe c’est de repérer le temps “). La sonorité comme les idées : claire. La pensée : déductive, persuasive, imaginative, créative. Savoir et pouvoir sont immenses : incontournable pour celui-ci, admiré pour celui-là. Si le verbe s’avère indispensable, il sera concis, c’est-à-dire seulement nécessaire et suffisant, à l’image d’un argument mathématique. Mais ne nous y trompons pas : pour préserver la chair, il faut “préserve[r] une zone d’insoumission ” d’où résultera ” la poésie qui transcende le conflit entre ordre et chaos “. Ainsi, l’œuvre est accomplie et l’homme résolu, en tant que ” la résolution est une vertu, entre les deux vices qui lui sont contraires, à savoir, l’indétermination et l’obstination ” (Descartes).

Le rictus découvre la mâchoire en un parfait rectangle blanc, faisant disparaître dans le même temps la prunelle sous un amas de chair fripée et velue. ” Pas stupidement en mesure“, martèle-t-il en accompagnant la parole d’un geste de cuisinier hachant le persil. Le maître mot, c’est le phrasé, l’élocution, la prononciation, le leitmotiv explicatif : “Ich liebe dich” répété à longueur de temps… Lyrique, encore et toujours lyrique.

Le silence qu’il inspire est sa meilleure signature ; le respect, la vénération pour ce mystique dont on ne saisit pas un mot lorsqu’il s’aventure dans l’étrange monde de la parole : ce n’est pas le sien ! Car c’est d’esprit qu’il est pétri, c’est de pur esprit qu’il nourrit ses gestes, et son regard incandescent nous transperce de félicité à travers ses paupières closes… La sublimation. Son meilleur souvenir musical ? Altiste sous la direction de Toscanini.

Concerts “Pierre Boulez- Un certain parcours”, 27 et 28 mai 2010, Pleyel