Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Merci Maestro !

Dédicaces adressées à Christoph Eschenbach à l’occasion de ses derniers concerts comme Directeur musical de l’Orchestre de Paris.

En mars 2011, retrouvez Christoph Eschenbach à la tête de l’Orchestre de Paris pour trois concerts :
» Mercredi 23 mars 2011 avec Emmanuel Ax
» Jeudi 24 mars 2011 avec Lang Lang
» Jeudi 31 mars 2011 avec Iréne Theorin

 

Retrouvailles musicales avec les enfants de la tournée en Grèce


Diaporama réalisé par les enfants de la Maison de l’enfance de Verrières le Buisson sur la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz.

Vendredi 18 juin, les enfants ayant participé à la tournée en Grèce au mois de février ont invité leurs musiciens parrains à une soirée musicale.
Après avoir visionné et commenté un diaporama qu’ils ont effectué depuis leur retour, les enfants qui apprennent le violon depuis le mois de janvier ont joué devant les musiciens professionnels quelques pièces. Ensuite, ils ont pris place aux côtés de leurs aînés pour les écouter dans diverses pièces de musique de chambre avant de partager un délicieux buffet et se donner rendez-vous le 21 juin sous la Pyramide du Louvre pour la Fête de de la musique.

La Nuit Américaine sous la Pyramide du Louvre

Kristjan Järvi, frère cadet de Paavo Järvi, le nouveau Directeur Musical de l’Orchestre de Paris à partir de septembre 2010, revient pour la deuxième fois cette année à la tête de l’Orchestre de Paris avec un programme toujours aussi surprenant et original !

Après le succès fulgurant de la “Nuit des Mayas” au Théâtre du Châtelet en octobre dernier, le thème de la programmation reste similaire mais cette fois ci consacrée à l’Amérique du Nord. Toujours dans l’idée d’un concert à caractère populaire, la programmation a quelque chose de festif et de léger. Des œuvres de Gershwin, Bernstein et Adams y seront interprétées : trois icônes d’avant-hier, d’hier et d’aujourd’hui.

La fête de la musique est l’occasion pour l’Orchestre de Paris de  faire partager, dans un cadre exceptionnel, la musique à un public peu familier des salles de concert.
Cette collaboration avec le Musée du Louvre se poursuivra au cours des prochaines saisons notamment en décembre 2011 avec un concert dirigé par Pierre Boulez.

Retrouvez en vidéo une interview de Kristjan Järvi, réalisée à l’occasion de la “Nuit des Mayas”, détaillant son attrait pour une musique américaine, populaire, festive et légère.


Fête de la musique 2010 - La Nuit américaine
Concert gratuit sous la pyramide du Louvre, le 21 juin à 22h

» Programme détaillé du concert

Croqu’écrits : Boulez, chef, parmi ses pairs

Pêle-mêle de chefs : Solti, Sawallisch, Boulez, Giulini, Rozhdestvensky, Brüggen, Jordan, Prêtre, et quelques autres… Ils ont tous leurs petites manies, leurs réflexes langagiers ou gestuels, leurs tics cocasses ou leurs automatismes burlesques, inquiétants, voire menaçants…

Celui-ci hurlera “houuuuummm pâââ !”, claquant du plat de la main un crâne dégarni mais non moins sonore, scrutant impitoyablement - par en-dessous - ridant furieusement un front méphistophélique, couronnant l’œil droit d’un accent circonflexe sourcilleux, nous emportant dans un maelström d’une apparence incroyablement désordonnée mais d’une puissance colossale…

Geste large, ample, majestueux, communicatif, avant l’attaque de la première note : le bras droit s’élève avec une fausse lenteur à hauteur des yeux, amorce un demi cercle complet du côté des violons et l’achève gravement : c’est l’invitation au voyage !

Aimé celui-là, qui émaille les répétitions de bons mots appréciés pour leur à-propos et leur facétie. La ressemblance physique avec le fondateur de l’orchestre est frappante, la mèche indocile, les mains larges s’ouvrant comme des serres d’aigles au bout de bras trop courts, les épaules rehaussées là où le cou fait défaut, et subitement se dressant pour projeter avec panache un phrasé somptueux. Incomparable dans Debussy, limpide dans Zemlinsky, son retour était attendu pour n’importe quel programme avec impatience et appréhension à cause d’une santé fragile.

Comme plus d’un russe, sa baguette est tellement longue qu’il paraît petit. Pas d’estrade pour cet homme qui rejoint le pupitre d’un pas lent, nonchalant même, droit comme un i mais sans raideur aucune. Des yeux malicieux traversent d’épais verres carrés surmontés d’un front dégarni prolongé par des cheveux d’anges qui lui tombent légèrement sur la nuque. La parole est rare car superflue, le geste d’une économie inhabituelle lui permettant d’obtenir réponses immédiates et amplitude sonore invraisemblable d’un seul haussement de sourcil. Le regard suffit à conduire son petit monde, corps immobile, bras balans, sourire confiant, puis un imperceptible pas en avant provoque un fortissimo subito à faire frémir le cosmos. Un géant débonnaire.

Son français est absolument impeccable, juste agrémenté de ce qu’il faut de germanisme. Le complet veston-cravate le ferait plutôt passer pour le directeur de la banque mondiale ou du FMI. En fait, il respire la clarté. Le naturel du phrasé débarrasse le discours de toute fioriture en lui rendant son évidence originelle : il est le ” style ” personnifié. On jurerait qu’il a personnellement connu tous les compositeurs, qu’il les a même conseillés, voire tenu la plume. Son ascendant sur l’orchestre est puissant, incontesté, son travail d’une efficacité inégalée, le résultat inouï. Et sa façon de lever la baguette reste incomparable, sans aucun effort apparent, comme si le geste entier nous conviait aimablement de cette politesse : ” S’il vous plaît ! “.

Si vous le rencontrez dans le métro vêtu d’un vieil imperméable grisé recueillant quelques cendres d’un mégot fatigué surplombant d’étonnants souliers d’un autre âge, ne vous y trompez pas, ne portez pas sur lui un étrange regard, il est seulement chef d’orchestre et probablement un brin distrait. Un personnage qu’on verrait bien dans ” Tintin chez les musicos ” par exemple. Gentil, affable, jamais un mot au-dessus de l’autre, un archéologue de la musique, qui semble plus intéressé par la recherche et le travail de fouille que par le concert lui-même.

Le dédain le plus parfait, la morgue toute puissante, l’orgueil démesuré, l’insulte suavement prononcée, outrageusement blessante, débouchant le lendemain sur des regrets élégamment exprimés - du jamais vu de mémoire de musicien - en revanche, une baguette absolument irréprochable.

Partition sous le bras, la démarche est rapide et sûre, hâtant toujours le pas vers le seul but qui vaille : l’essentiel. La baguette : absente. Le geste : aussi précis que souple. La repartie : gaullienne. Le courroux : bref, exaspéré, sans appel. L’œil : vigilant, étonné, rieur. L’horloge et le rythme : impitoyables (”ce qui importe c’est de repérer le temps “). La sonorité comme les idées : claire. La pensée : déductive, persuasive, imaginative, créative. Savoir et pouvoir sont immenses : incontournable pour celui-ci, admiré pour celui-là. Si le verbe s’avère indispensable, il sera concis, c’est-à-dire seulement nécessaire et suffisant, à l’image d’un argument mathématique. Mais ne nous y trompons pas : pour préserver la chair, il faut “préserve[r] une zone d’insoumission ” d’où résultera ” la poésie qui transcende le conflit entre ordre et chaos “. Ainsi, l’œuvre est accomplie et l’homme résolu, en tant que ” la résolution est une vertu, entre les deux vices qui lui sont contraires, à savoir, l’indétermination et l’obstination ” (Descartes).

Le rictus découvre la mâchoire en un parfait rectangle blanc, faisant disparaître dans le même temps la prunelle sous un amas de chair fripée et velue. ” Pas stupidement en mesure“, martèle-t-il en accompagnant la parole d’un geste de cuisinier hachant le persil. Le maître mot, c’est le phrasé, l’élocution, la prononciation, le leitmotiv explicatif : “Ich liebe dich” répété à longueur de temps… Lyrique, encore et toujours lyrique.

Le silence qu’il inspire est sa meilleure signature ; le respect, la vénération pour ce mystique dont on ne saisit pas un mot lorsqu’il s’aventure dans l’étrange monde de la parole : ce n’est pas le sien ! Car c’est d’esprit qu’il est pétri, c’est de pur esprit qu’il nourrit ses gestes, et son regard incandescent nous transperce de félicité à travers ses paupières closes… La sublimation. Son meilleur souvenir musical ? Altiste sous la direction de Toscanini.

Concerts “Pierre Boulez- Un certain parcours”, 27 et 28 mai 2010, Pleyel

Dix ans à la tête du Chœur de l’Orchestre de Paris

Christoph Eschenbach donnera ses derniers concerts avec le Chœur de l’Orchestre de Paris les 16 et 17 juin. Les deux chefs du chœur ayant décidé de quitter leur fonction en même temps que lui, j’avais pensé soumettre à Geoffroy Jourdain et Didier Bouture un questionnaire type “vous jugez votre collaboration avec le Chœur de l’Orchestre de Paris très satisfaisante, satisfaisante, peu satisfaisante…” Finalement, cela m’intéressait plus de savoir comment tout avait commencé, il y a dix ans. Citations à deux voix.

C’est Laurence Equilbey qui a piloté le projet et nous a contactés tous les deux, connaissant notre profil à chacun (Geoffroy Jourdain dirigeait déjà les Cris de Paris et co-dirigeait le Jeune Chœur de Paris, Didier Bouture riche d’expériences très diverses dans le répertoire d’oratorio à la tête de son ensemble orchestral Harmonia Nova dirigeait le Centre d’Art Polyphonique de l’ARIAM d’Ile de France).
Christoph Eschenbach était récemment nommé, cela faisait partie de ses responsabilités d’avoir une ligne d’exigence avec le chœur, comme avec l’orchestre. Nos propositions ont tout de suite gagné sa confiance, on y dessinait la pédagogie musicale nécessaire pour recoudre ce chœur, avec un nombre limité d’ouvrages à aborder chaque saison et certaines œuvres majeures que l’on ne souhaitait pas programmer dans l’immédiat.
Aussi, cette « direction à 4 bras » a pu surprendre mais Christoph Eschenbach a tout de suite saisi notre complémentarité. Il y avait aussi un avantage à succéder à deux au fondateur du chœur après 25 ans, c’était d’invalider a priori toute comparaison.
Le premier rendez-vous avec notre futur patron eut donc lieu dans les bureaux de l’ancienne Salle Pleyel, avant le déménagement pour Mogador. Disons-le, nous étions dans nos petits souliers, et lui, toujours avec ce regard mêlant point d’interrogation et autorité bienveillante. Il nous a montré qu’on aurait sa confiance.

C’est un musicien pétri de répertoire d’oratorio, c’est un accompagnateur de lieder, c’est quelqu’un qui connaît très bien la voix et qui prête une attention extrême au texte.
Il voulait faire des
Requiem de Brahms, des symphonies de Mahler, la Missa Solemnis… Le chœur et son fondateur formaient un groupe uni, historique, mais peut-être figé dans le souvenir de certains moments exceptionnels. Christoph Eschenbach ne souhaitait sans doute pas hériter uniquement de cela. Il avait envie que ce groupe soit positionné sur des bases plus actuelles dans le fonctionnement et le rendu artistique. Il fallait parler technique: solfège, intonation, vocalité et ne plus seulement brandir la dimension subjective de la musique.
C’est toujours le danger pour des ensembles amateurs -quelque soit leur niveau- de recourir à l’affect pour qu’ils se dépassent. Cela peut produire des choses magiques … mais rarement pérennes, avec l’écueil de n’augmenter ni le potentiel du groupe, ni celui des individus.
La réforme a été d’une certaine manière provoquée par le déménagement à Mogador puisque la taille du théâtre imposait un effectif maximum de 100 chanteurs. Nous avons organisé des auditions dans lesquelles nous donnions, à niveau égal, la priorité aux anciens. Sur les 140 qui se sont présentés -d’autres avaient choisi de quitter le chœur en même temps qu’Arthur Oldham- nous avons retenu environ 80 chanteurs, il va sans dire que cette tâche n’était pas la plus agréable.
Pour nous, tout cela était plein d’incertitudes: nous nous étions engagés dans une programmation sans savoir comment sonnerait le chœur ensuite…

La première chose qu’on a montée avec Christoph Eschenbach, c’était L’Enfance du Christ de Berlioz. Une œuvre très intéressante pour le chœur, car elle se termine par un mouvement a capella. L’œuvre n’avait jamais été abordée -à la différence de la Damnation de Faust ou du Te Deum. C’était un travail raisonnable qui nous permettait de poser tout de suite des exigences de justesse, de couleur. C’est un très beau souvenir.
Christoph Eschenbach avait souhaité réaborder les grandes œuvres, à terme, mais on avait aussi senti qu’il avait de la curiosité au-delà de ça, qu’il était ouvert à nos propositions.
D’entrée de jeu, par exemple, nous lui avions proposé le Stabat Mater de Szymanovski, il avait adhéré d’emblée, et l’avait programmé dans les dates encore disponibles.
Dès le début, notre tandem a permis de faire des répétitions “en partielles” : l’un de nous s’occupait d’un pupitre, l’autre des trois voix restantes. C’était capital pour réamorcer une sonorité.

Le chœur est véritablement devenu structure de formation. On a réellement pris des gens en dépit de leur audition et sur lesquels on a misé. On a intégré les cours de chant et d’aide au déchiffrage au fonctionnement du chœur, avec des professeurs que nous avons choisi, qui restent en contact avec nous pour nous aider à suivre les chanteurs. Cela représentait un coût plus important que par le passé, mais Christoph Eschenbach a pesé pour ça, avec Laurence Equilbey.
D’une certaine façon, le Chœur de l’Orchestre de Paris adoptait une démarche à deux sens, apportant une formation en échange de la prestation des amateurs. On tenait compte de la personne et pas seulement de nos besoins. Inversement, on posait notre exigence: chanter ici n’est ni une détente, ni une vanité que la présence des grands chefs peut toujours nourrir.

Nous avons aussi institué un concert a cappella avec tout l’effectif chaque année. Christoph Eschenbach est venu l’entendre à Mogador, la deuxième saison, c’était un programme Mittel Europa. Il applaudissait à tout rompre, il était vraiment heureux…
Même s’il y eut parfois léger désaccord, sa confiance a été constante.
Il a été très enthousiaste lorsque nous avons souhaité organiser la première Académie d’été du Chœur de l’Orchestre de Paris pour préparer la
Missa Solemnis de Beethoven à l’occasion du centenaire Karajan.
Petit à petit, nous sommes revenus aux œuvres emblématiques du répertoire :
Requiem de Verdi -pour le 30e anniversaire du chœur-, au Requiem de Brahms, à la Neuvième de Beethoven !
Pour autant, rien n’est jamais acquis: 100 personnes ne signifient pas une solidité de roc. Et -d’une façon probablement paradoxale en apparence, augmenter à nouveau la taille du chœur se ferait au détriment de la qualité.
Car un chœur amateur reste toujours fragile, il repose sur des leaders de pupitre, qui deviennent moins opérants si l’effectif grandit…

A ce moment-là, Geoffroy Jourdain se lève, il est 20 heures, il y a une répétition du Chœur de l’orchestre de Paris qui doit démarrer. Didier Bouture reste encore quelques instants pour évoquer tout un pan de l’activité que ce « duo de chefs » a souhaité mettre en place dès son arrivée: projets avec les scolaires (des dizaines de classe accueillies ou visités, voir les posts du blog consacrés à « De chœur en orchestre » également), accueil de jeunes chefs de chœur, d’enseignants élèves de l’IUFM… Il faut partir. Pour répéter. Partir aussi, pour de bon. Rester pour soi ? rester pour le confort ? Rester trop longtemps… une histoire de tempo.

Pour la Fête de la musique, le Choeur de l’Orchestre de Paris donnera un concert a cappella “Nuit d’été”, le 21 juin à 20h à la Salle Pleyel.
Entrée libre, sans réservation
» Programme détaillé du concert