Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

LE JARDIN YOSHIKIEN / STRAVINSKI

Ses bassins incrustés comme des émeraudes dans un collier d’argent donnent à ce jardin une allure de joyau. Conversant par d’avenantes cascades dispersées ça et là tels des cheveux d’anges répandus par le vent, ils nous prendraient volontiers pour confidents. Les érables s’inclinent avec patience pour abreuver leur dentelle translucide au milieu d’eulalies frémissantes. Des volubilis capturent quelques papillons consentants aux ailes mouchetées tandis que des araignées d’eau nous orientent de leurs ricochets agiles.
Jeté parmi les nénuphars, un roc moussu crisse légèrement sous les pattes d’un héron cendré. Le cou en S majuscule strié de noir et de blanc, les yeux enchâssés à la racine d’un bec aux reflets orangés, une huppe au noir tranchant qui prolonge les flancs du crâne, quelques chatoiements bleutés au coin des ailes, l’oiseau scrute impitoyablement le fond de l’étang. Ses mouvements semblent faire écho à la vie aquatique qui nous est cachée. Son attitude, l’angle que fait son corps avec ses échasses, son immobilité ou son relâchement, la fixité du regard, la distraction trahie par un bâillement, tout dans son comportement nous signale en miroir les faits et gestes de sa prochaine victime. Sa patience est infinie. Nous redoutons même le silence qui règne sous la surface d’une onde trop calme. Là-haut, le bleu du ciel nous avait boudé depuis Paris. Un couple de libellules frivoles tourbillonne en composant des irisations rouges et vertes. Une feuille morte vrille une dernière fois autour d’un rayon de lumière avant de rejoindre ses congénères pour bâtir la frêle sépulture de l’été.
Subitement, il s’est fait félin en plongeant. Le poisson-martyre forme désormais une croix de convulsion avec un bec triomphant qui pointe le zénith. Un rétablissement bien ajusté et le gosier jouit.
Aujourd’hui et demain, nous jouons L’Oiseau de feu.
(Le jardin Yoshikien est à Nara, pès de Kyoto)

1 commentaire

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  1. Arietta

    :,-)
    Etienne Pfender, vous avez raté votre vocation… Vous auriez du être poète ! Si vous jouez du violon comme vous faites de la poésie ce doit être magique de vous entendre

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