Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

L’envers d’un concert/Kyoto

Le son est feutré, créant un espace bleuté duquel s’évapore sans crainte le plus puissant fortissimo.
Quelques rangées de chaises vagues jalousent une flight-case parfumée par deux somptueux bouquets qui se disputent déjà leur destination : chef ou soliste ? La serviette-éponge soigneusement pliée, accompagnée de son alter ego le gobelet d’eau fraîche, attendent leurs moments de gloire. Entrouvert négligemment, un étui de violoncelle semble éventré de part en part, régurgitant son capitonnage, les cordes de rechange, une étoffe verte pour calmer la colophane.

La distance n’entame en rien la véhémence du concerto de Tchaïkovski.
Des chuchotements inaudibles commentent les minutages accrochés aux diodes d’un tableau de bord dont l’écran de contrôle ne fixe que la pénombre. Les cloches de la Symphonie « Fantastique » dorment sur pied dans leur manteau de cuir : ce n’est pas ce soir qu’elles ponctueront le Dies Irae.

Virtuosité époustouflante, virevoltante.
Les gaines de câbles pour les caméras de télévision cavalent au sol, scotchées en sinuosités sophistiquées. Un rai de lumière vive s’échappe des machines à café, là-bas, faisant cligner l’entrée des artistes. Les plateformes de déchargement sont muettes.

Entre les mouvements, tous les publics du monde ont les mêmes petites manies : on tousse, on se recale dans
son fauteuil, on manifeste sa satisfaction dans un bref conciliabule.

Préparant leur tout à l’heure, des musiciens en frac et en silence, réchauffent d’un souffle familier des instruments susceptibles, assouplissent leurs phalanges, se concentrent ou ne pensent plus à rien. La proximité de l’entracte qui fait naître une discrète excitation les rapproche de l’entrée de scène, à jardin.

Mesures finales, crépitement des applaudissements, ovation épurée par la trajectoire compliquée des ondes sonores, rappels, bis, retour en loge.
Vue des coulisses, à peu de choses près dans toutes les salles du monde.

Écrire un commentaire

Votre commentaire

Retour à la page d'accueil