Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

vu à la télé

Il a une drôle de mailloche de grosse caisse, celui-là, elle est toute jaune. Et il faut voir comment il s’en sert. Un peu à la manière d’un énorme stylet de PDA. Il touche des cases et déclenche l’affichage de nuages, de grilles de températures calculées heure par heure. Il est 18h55 et sur la NHK, c’est la météo. Dans le studio, face au mur de moniteurs, cinq personnes s’apprêtent. Dans quelques minutes, le concert de l’Orchestre de Paris dans la grande salle de l’audiovisuel public japonais sera diffusé en direct à la radio et filmé pour retransmission dans une semaine. La NHK, c’est l’ORTF, radio et télévision ensemble, un complexe qui occupe un pâté de maison dans l’Est de Tokyo, avec une salle de 4000 places.

Le programme est copieux, Carnaval Romain (Berlioz), L’Oiseau de Feu (Stravinski) puis une seconde
partie Ravel: Ma Mère L’Oye, La Valse, Boléro.
Tout se déroule dans le plus grand calme. Le réalisateur a le geste clair pour indiquer ses changements de caméra. J’aime son joli lift de la main droite pour signifier un fondu-enchaîné (même si je n’aime pas particulièrement ses fondus-enchaînés). C’est un peu trop souvent sur l’action, sur l’instrument lui-même alors qu’une embouchure ou un regard seraient peut-être plus vivants, mais la captation de concert est un sport compliqué. Le meilleur vient de l’inattendu et il est parfois difficile à pincer. Comme au moment des saluts, allez savoir dans quel ordre le chef va désigner les solistes aux applaudissements du public…
Le clou du concert, depuis le studio, bien sûr c’est le Boléro. On voit chaque soliste en gros plan et immanquablement on se demande à quoi ils pensent, ce qu’ils regardent.
« Je regarde le maestro, toujours, pour avoir un contact »
Giorgio Mandolesi, basson solo
« Mon regard oscille entre la partition et le chef, je suis juste en face de lui. En fait, je regarde à la fin de mes demi-phrases, quand je respire. La caisse claire est plus bas –et je suis dans son dos, il ne me voit pas »
Pascal Moragues, clarinette solo
« Je regarde la partition. Ou, disons, plutôt vers le bas. Le hautbois d’amour a une tenue différente du hautbois, assez verticale, ça conditionne un peu le regard »
Benoît Leclerc, hautbois solo
« Je connais mon solo par cœur, je pense à la nature, à mes enfants »
Vincent Lucas, flûte solo
« Je regarde la partition pour trouver la concentration maximale. On attaque à froid, sans avoir joué une note avant, c’est dans l’extrême de l’instrument, techniquement aux limites. C’est un des solos les plus difficiles du répertoire »
Christophe Sanchez, trombone solo

Le réalisateur revient régulièrement sur Christoph Eschenbach. Son jeu de scène est bien réglé. Le chef ne décolle pas les bras du corps avant l’explosion finale. À l’écran, on le voit de face. Comme ligoté, encerclé par ces indiens et leur tambour au rythme impitoyable, il déforme son visage d’un gros œil, d’un coup de menton, pour donner les départs, les nuances.
«C’est sa façon, ajoute Giorgio Mandolesi. Que faire de mieux, il ne peut pas battre la mesure du début à la fin…
On m’a dit que Barenboïm donnait le départ et puis quittait le pupitre !
»
Quoi ?? Je demande confirmation à Pascal Moragues. « Oui, il sortait de scène. Une fois aussi, il a demandé qu’on prépare une seconde caisse claire à côté de la première. Et, quand l’orchestre devient plus sonore, il a pris les baguettes pour renforcer la pulsation du soliste ! »
On a filmé ça ?

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