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LE JARDIN MEIJI JINGU

En plein cœur de Tokyo, un jardin se souvient toujours des promenades dont l’empereur Meiji l’honorait volontiers. Ses nombreux feuillus se plaisent à former d’épais nuages d’où pleut une molle verdoyance. Bordant des allées ponctuées de marches de rondins humides au nez desquelles semblent s’envoler quelques champignons plats, des arceaux de bambous nous bercent en nous conduisant vers l’étang. Des carpes à moustaches nous observent, et tout en bullant d’énigmatiques commentaires, elles s’enfuient apeurées vers l’enclos aux iris qui entame son hibernation sous les soins des jardiniers.

Le silence est l’apparat de ces lieux, le repos son parfum, l’instant y est infini.

Gardiennes de cette sérénité, d’oblongues araignées nous surveillent de loin en loin. Elégance raffinée de pied en cape, un mauve tendre habillant l’abdomen, bleu pâle et jaune clair s’accordant en une pèlerine veloutée, on les croirait en train de jouer au mikado avec leurs interminables pattes aux segments bicolores. Ici elles s’attendrissent sur la jeune pousse d’un ginkgo qui caresse une souche évidée telle une infante au chevet de son aïeul. Là, elles encouragent les azalées qui nous couronnent de leurs bouquets finissants. Partout elles flottent dans des toiles larges comme des filets de pêcheurs, amarrées en de si nombreux points qu’elles cisèlent jusqu’au dièdre fatal. Des chapelets de brindilles égarées s’y baignent paresseusement, à moins qu’ils ne servent de leurre pour insectes insouciants. Leur reine est celle dont le reflet se devine dans une source à l’eau si claire que les entrailles de la terre semblent à portée de main…

La ronde fracassante d’un hélicoptère de la sécurité civile nous rappelle sèchement que l’éternité aussi peut mourir.

Photo Momoko Kato

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