Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Suntory Hall


Jamais l’orchestre n’a joué comme il a joué au Suntory Hall de Tokyo. Mais pas seulement lui, Lang Lang aussi a réussi un magnifique 1e concerto de Beethoven, dans lequel il semblait doubler l’étendue de ses possibilités expressives. Alors on n’ira pas fouiner dans les superlatifs. Juste recueillir les impressions « du dedans ». Que se passe t-il au Suntory Hall ? Qu’est-ce qui en fait une des meilleures salles de concert au monde ? Côte à côte, un habitué de quatorze années, Bruno Tomba (trompette solo), et quatre jeunes musiciens dont c’étaient les premiers concerts là, Benoît de Barsony (cor solo), Elise Thibaut (violon 2), Nicolas Peyrat (alto) et Lola Descours (basson).

(E) Suntory Hall c’est un mythe, j’avais hâte. Il y a une énergie particulière dans cette salle, on sait que tous les plus grands sont passés ici. Elle est grande, mais ça ne se voit pas, elle est intime, on a l’impression de remplir tout l’espace.

(L) Ce que j’aime dans cette salle, c’est qu’on entend énormément les contrebasses. Beaucoup de basses, ça porte tout l’orchestre ! On s’entend bien individuellement, mais il y a aussi un son collectif, contrairement à d’autres salles où l’on s’entend bien mais avec l’impression de jouer tout seul, là on forme un tout.

(Br) Entendre tout, soi-même et les autres, ça fiche la pétoche quand on joue de petits solos : on se sent tout seul, mais c’est bien ! On a un bon retour de la salle, on sent ce qui passe. En même temps, si on se concentre sur un des membres de l’orchestre, on l’entend parfaitement. Il y a la globalité, le son de l’orchestre dans la salle et les détails sur scène, les deux en même temps c’est parfait. Des salles comme le Suntory Hall, il n’y en a pas beaucoup.

(Be) Cette qualité d’acoustique produit un effet sur les équilibres à l’intérieur de l’orchestre, entre les cuivres et les cordes.
Nous, cornistes, ne sommes pas obligés de forcer, c’est possible de jouer la nuance dynamique telle que le compositeur l’a indiquée, ce n’est pas nécessaire de jouer plus -ou moins- fort, ce n’est pas besoin de rééquilibrer, ni de compenser, ni le manque d’une salle mate (et jouer plus) ou qui résonne trop (et jouer moins).
On trouve très vite ses repères, c’est très étonnant.
Parfois, vous jouez dans une salle qui sonne bien mais qui n’est pas très agréable sur scène. Celle–ci très bien d’un côté comme de l’autre. On trouve tout de suite le son, on est à l’aise au sein du pupitre et il y a une sorte de liant qui produit un vrai son d’orchestre, c’est assez rare. Au Japon, les salles sont toujours bonnes, un peu comme en Allemagne. D’ailleurs, les concepteurs ici se sont inspirés de la Philharmonie de Berlin, ils ont choisi ce qui marchait déjà, c’est plutôt intelligent comme démarche.

(Br) Nous, on est derrière. Sentir qu’on passe facilement sans être obligé de forcer, sans que le chef nous demande de jouer agressif, cela nous permet de nous concentrer sur la qualité du son et pas sur la puissance, les autres vont nous sentir plus à l’aise, et ça fait tâche d’huile. L’environnement c’est aussi un instrument.

(E) Comme violoniste-tuttiste, on ne s’entend pas toujours très bien individuellement, on est dans un bloc. Et hier soir, de surcroît, je jouais dans une position inconfortable, excentrée, un peu noyée dans le pupitre voisin, donc c’était délicat. Mais l’acoustique ici simplifie les choses, nous l’avons tous constaté : à Kyoto, l’avant-veille, nous avions joué la Fantastique dans une acoustique très bonne, mais ici c’était plus évident.

(N) On fait des beaux concerts en partie grâce à la salle.
Quand on commence à jouer, on entend que le son est très clair et très beau. On sent comme une proximité avec le public, comme si les auditeurs étaient tout près et qu’il n’y avait pas d’effort à faire pour leur transmettre la musique. C’est un moment qu’on vit ensemble, grâce à la salle. L’interprétation se magnifie, la Symphonie Fantastique hier était vraiment réussie grâce à ça. Tout prend plus d’ampleur, ça galvanise, il y a un effet boule de neige : le plaisir est plus fin, l’exigence plus grande.

(E) Bien s’entendre permet un éventail de nuances deux fois plus grand. Personne ne force, on peut aller chercher des pianos extrêmes, des forte aussi, sans rien sacrifier. Le son est ample, rond, timbré, on est moins dans l’agressivité. J’avais un grand souvenir du Concertgebouw d’Amsterdam, c’était pour moi la plus belle salle au monde, maintenant il y en a deux.

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