Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Partage, émotions.

Une pluie de bisous, je reçois une pluie de bisous de mes collègues au sortir de scène !!!
Nous venons de jouer avec mon quatuor, le Quatuor Thymos, en alternance avec l’Orchestre, tel un écho, la Suite Lyrique de Berg, puis les Cinq Mouvements Op. 5 de Webern dans leur deux versions –de chambre et symphonique.
L’orchestre est en place, nous rentrons sur scène avec le Maestro et c’est la prise de contact avec le public. Christoph Eschenbach reste debout sur son podium à nous écouter et regarder jouer; c’est impressionnant, curieusement, cela nous porte, sa présence est toute pleine de bienveillance.
Un halo de lumière délimite le quatuor. On ne verra le public qu’avec l’éclairage de l’orchestre. La concentration est à son maximum, ces deux chef-d’œuvres font en effet partie des partitions les plus redoutables du répertoire du quatuor à cordes, tant d’un point de vue technique que musical. Nous commençons donc par la Suite Lyrique que nous jouons avec ferveur. Juste avant de rentrer sur scène, nous nous disions que nous allions essayer de raconter une histoire (d’amour…). Cette Suite Lyrique est une véritable esthétique de la passion… Nous jouons, donc, reliés par un fil invisible qui nous unit, tel une danse…

L’Orchestre joue Berg à son tour, le son est alors puissant, beau, rond, véritable souffle. Je sens Christoph Eschenbach qui dirige juste derrière moi, (le plateau bouge!!! ça travaille!!!), je sens la puissance de cet orchestre, (mon orchestre!!) et son tempérament fort… C’est impressionnant, bizarre.
Bizarre aussi d’être sur scène en attente, participant bel et bien, malgré nous. Impression d’être en pleine mer avec une grosse houle, vagues d’émotions… Nous sommes pris dans cet univers que nous avons décortiqué pendant des heures, où chaque note raconte une histoire (cryptogrammes, mystère, citation, synapses…). Et moi de me dire que notre son de quatuor doit paraître bien maigrichon en comparaison… Mais non, notre son mène sa vie avec aisance et fluidité, il voyage… c’est un peu comme deux univers distincts, deux textures différentes.
Je me demande comment l’auditeur reçoit ces deux masses sonores…?
On ne manie pas un orchestre comme un quatuor…Alors recevoir, quel aventure!

L’Œil écoute, le son touche, la main parle…

Webern, maintenant, c’est une autre histoire!!!
Atonalité, petite forme, modes de jeux aux premiers plans (col legno, pizzicato, battuto, sourdine, sul ponticello…), musique de contrastes, de tendresse et de violence, œuvre d’une intensité rare faite d’esthétisme, d’une sensibilité extrême… Musique quasi-cinématographique… Webern prend le parti de véritablement remanier sa pièce pour l’orchestre à la différence de Berg qui utilise les deux formations de manière presque identique.

Coda:
Nous avons eu beaucoup de plaisir, d’émotion pour ce moment fort dans la vie de notre quatuor, cette grande aventure…
Un grand bravo à nos collègues qui ont monté des œuvres si difficiles en si peu de temps, et un grand merci pour leur gentillesse… Mais quand même, vous nous avez drôlement foutu le trac!!!
Un grand merci au Maestro Eschenbach pour ses conseils et son précieux soutien, sa confiance, sans oublier le public par sa présence attentive et chaleureuse…

J’ai le cœur qui bat… pour nous quatre.
Thymos veut dire souffle de l’âme, du cœur, dans la Grèce ancienne.

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