Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Le choeur plongé dans l’orchestre

La Deuxième Symphonie de Mahler est une partition à l’orchestre opulent dans laquelle le chœur n’intervient, avec une large palette de nuances et de couleurs, que dans les dernières minutes. Cette fois-ci c’est donc à Lille que la “Résurrection” va être jouée. Pour moi, la découverte de cette œuvre avait eu lieu en septembre 2006 lors de la réouverture de la Salle Pleyel. J’avais été ébloui par cette étonnante composition.

L’opportunité de la rechanter et donc de la redécouvrir sous la baguette de Jean-Claude Casadesus me conforte dans mon sentiment de joie et de bonheur face à cette musique. Paradoxalement, je vais décrire les sensations vécues de l’intérieur de l’orchestre, alors que je suis choriste dans le pupitre des barytons-basses. Effectivement, la disposition géographique des instrumentistes et du chœur dans l’Auditorium du Nouveau Siècle m’a placé à un endroit inhabituel. Je suis communément situé derrière le pupitre des sopranos. Aujourd’hui, je suis au premier rang derrière les deux timbaliers et à ma gauche commence le pupitre des voix d’alti.

Les trois premiers mouvements sont purement instrumentaux, c’est dire que j’ai tout loisir pendant une heure d’observer le chef, le voir insuffler son énergie, son enthousiasme, ses convictions à tout l’orchestre. Les timbaliers sont si proches que j’arrive à lire leurs partitions. A gauche les “Pauken 2″ tenues par une femme, à droite les “Pauken 1″ jouées par son collège masculin. Quatre fûts de cuivre aux peaux tendues, une armada de mailloches disposées sur un plateau , en bois pour les frappés secs ou en boules de feutre. Mahler n’a pas ménagé ces deux instrumentistes, qui en permanence vont déployer leur nuancier. Légèrement surélevés, en équilibre sur leur haut tabouret pivotant, les pieds actionnant les pédales, les mains réglant la tension de chaque peau. Jonglant d’une paire de mailloches à l’autre selon l’effet souhaité, la replaçant promptement, en saisissant une autre.

Pages à tourner, paume apposée au centre de la peau, extrémités des phalanges effleurant la peau pour étouffer ou éteindre la vibration, œil sur le chef, oreilles vers les autres comparses de l’orchestre. Regards échangés de complicité et d’accord, connivence non verbale…Vérification constante de la justesse, le corps fléchi vers cette caisse de cuivre, l’oreille accolée à la peau. Changement d’armature, changement de tonalité … le timbalier ajuste incessamment. Toujours aux aguets, sa place centrale face au chef, anciennement percussionniste qui plus est ne l’autorise pas à divaguer. La force implacable du rythme l’entraîne vers un déploiement physique visuellement envoûtant. Il conjugue avec les cuivres dans le 1er mouvement des accents incantatoires.

Mes tympans ressentent vivement ces ondes percussives ! Mais quel bonheur de vivre d’une nouvelle façon cette musique. Aussi, quand arrive le dernier mouvement qui va permettre au chœur de célébrer la résurrection, c’est un immense plaisir qui envahit chaque choriste baigné dans cette atmosphère de lumière, de contraste, de féérie de cette symphonie.
Le chœur chante tout d’abord assis, pianissimo a cappella, lentement il se lève avant la deuxième intervention, les deux solistes femmes le rejoignent et progressivement l’ascension vers la conclusion s’élabore. Implacablement mais sûrement, les voix atteignent une plénitude réjouissante pour chanter cette résurrection initialement annoncée. Les voix interviennent sur une courte durée, mais une énergie considérable est demandée, justesse, déclamation audible du texte allemand, équilibre des pupitres et des nuances, engagement dynamique sans forcer les voix. Peu d’œuvres condensent ainsi de telles exigences.

La joie de chanter s’amplifie en écoutant les autres voix à côté de soi, derrière soi. Ce partage, c’est la spécificité d’un choeur. Elle est difficilement explicable, il faut la vivre de l’intérieur comme j’ai eu la chance ce soir avec l’orchestre. Je pense aux jeunes et suis convaincu que la musique symphonique leur serait plus familière en la côtoyant au plus près, installés par exemple au cœur de l’orchestre.
Crescendo vocal, crescendo orchestral , une dernière envolée et pirouette du chef d’orchestre vient clore la magie symphonique.
Les bras encore en l’air, des bravi fusent !

Mahler, Symphonie n°2
Orchestre national de Lille
Jean-Claude Casadesus, direction
Chœur de l’Orchestre de Paris
Auditorium du Nouveau Siècle, Lille, le 27 mars 2009
Salle Pleyel, Paris, le 28 mars 2009

1 commentaire

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  1. de Hager

    bonjour je suis Hager je vous remercie de toutes vous surprises que vous nous avez faites merci!!!!!!!!!!!!!!!!Beaucoup!!!!!!!!
    (orchestre sans frontière)

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