Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Du concertiste au guitar hero

J’ai animé pendant une heure un atelier auprès d’élèves du lycée technique Jacquard en amont de leur venue à la répétition générale des concerts des 21 et 22 octobre. Au programme, deux compositeurs incontournables, et comparables dans le sens où chacun à sa manière pousse au plus haut l’esthétique de son temps; Mozart pour le classicisme (Trente-quatrième symphonie et Concerto pour clarinette) et Brahms pour le romantisme (Troisième symphonie).

J’ai donc évidemment abordé tout ce que m’offrait d’emblée ce “duo”: comparaison entre les styles, amélioration de la lutherie, apparition de nouveaux instruments, évolution dans la façon de jouer, développement de l’orchestre, vie et état d’esprit des compositeurs, etc…
Mais je me suis aussi et surtout placé en interprète de mon temps; je venais voir ces élèves en tant qu’altiste et je tenais à avoir un regard sensitif et pas seulement didactique.
Alors que je les questionnais sur leur vision de l’orchestre au sens large, l’un d’eux m’a parlé de “métal symphonique” (le métal est un style de musique électrique hyper énergétique hérité du rock), qui n’est autre finalement qu’un très lointain descendant du concerto (en l’occurrence, un “guitar hero” ou un groupe face à un orchestre symphonique).
Dans le passé, les concertos ont souvent été inspirés par la virtuosité d’un interprète en particulier; c’est toujours le cas dans la musique contemporaine mais aussi dans les musiques qu’écoute plus facilement cette génération. En effet, le rock ou le jazz recèlent de grands génies de leur instrument ou des groupes pour lesquels ont été écrites des pièces les mettant en valeur, sans oublier évidemment le bon vieux solo de sax, synthé ou autre guitare au milieu de la chanson de pop (dont la forme est héritée du Rondo classique…); on est toujours dans l’esprit du concerto !
Dans un cadre plus symphonique, je leur ai parlé d’autres filiations entre “leur” musique et la “nôtre”, une des plus palpables étant par exemple l’influence de Bruckner, Mahler, Debussy, Stravinski, Holst sur des compositeurs tels que John Williams, Howard Shore…

La musique classique, toute savante et riche qu’elle soit, peut s’aborder à mon sens avec simplicité et le meilleur chemin que j’imagine pouvoir amener un jeune à s’interroger, s’ouvrir et finalement venir de lui-même écouter un concert symphonique, c’est partir de ce qu’il connaît et aime, et remonter le temps afin de former son oreille à pouvoir apprécier ce que nous considérons comme les “joyaux”.
Loin de toute démagogie (dans la mesure où on est sincère dans cette vision des choses), j’ai expliqué finalement très simplement à ces jeunes personnes que cette fameuse musique dite “classique” n’est autre que le fondement d’une bonne partie de ce qu’ils écoutent (pas mal d’entre nous aussi après l’orchestre d’ailleurs…) au même titre que nos instruments acoustiques sont les précurseurs de ceux utilisés dans les stades par les superstars d’aujourd’hui…

A travers cette approche spontanée, les élèves se sont montrés extrêmement attentifs et impatients de découvrir la musique de Mozart et Brahms, comme on s’apprête à rencontrer un cousin éloigné, inconnu mais pourtant de la même famille, qui reviendrait d’un long voyage de plusieurs centaines d’années les poches remplies de souvenirs…

1 commentaire

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  1. Michel OUVRARD

    Sujet très intéressant. La filiation entre la musique classique et le hard rock est évidente. Il suffit pour s’en convaincre de lire les remerciements sur les pochettes des albums : les guitar heroes citent bien souvent les grands noms du répertoire. A tels points que bons nombres de groupes n’hésitent pas à reprendre des morceaux classiques avec leurs instruments ou à enregistrer leurs albums (voire même à se produire sur scène) avec un orchestre symphonique. Le guitar hero le plus emblématique de cet état de fait est pour moi Uli Jon Roth. Il est fort possible que Mozart (par exemple), s’il avait vécu à notre époque, serait de ceux-là !

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