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Musique de chambre, magie des chiffres

Petit théâtre d’ombres à l’Auditorium du Musée d’Orsay. Dans la pénombre, les pupitres et les chaises se multiplient, disparaissent, reviennent. Chaque changement de plateau tient d’un tour de roulette. Combien seront-ils maintenant ? Pair ou impair ?
C’est toujours la magie de la musique de chambre que de se métamorphoser en assemblages inédits. Un quintette avec deux clarinettes, un contrebasson seul, un sextette de vents (le basson n’est plus contre-, mais l’une des clarinettes s’est faite basse, on rajoute flûte, cor et hautbois), puis retour des trois cordes du début (violon, alto, violoncelle) pour faire 6+3= nonette !

nonette de Martinu

Outre le plaisir de jouer ensemble, les musiciens peuvent ici faire entendre les partitions aux dispositifs les plus improbables, puisque l’Orchestre de Paris offre un effectif, un réservoir, sinon inépuisable du moins exhaustif.
J’ai connu André Cazalet, cor solo de l’Orchestre de Paris, qui a imaginé ce concert tchèque, il y a près de trente ans en Bourgogne. C’est là que j’ai découvert cette musique à géométrie variable, qui propulsait la curiosité au-delà des sonates avec piano, des quatuors à cordes, formations traditionnelles et chargées de chefs d’œuvres, pour fabriquer des orchestres miniatures, des partis-pris de couleurs d’une variété réjouissante.
C’était aujourd’hui un concert mystérieux, énigmatique. Qu’il s’agisse de Martinů ou de Janáček, la joie, le rythme, les couleurs presque naturelles, quasi chants d’oiseaux, sont constamment équiibrés par autre chose, plus sombre, plus grave: de courts épisodes qui se succèdent sans laisser rien s’installer. Les deux partitions de Martinů étaient remarquables, musique très précise, alliages toujours surprenants, comme si Janáček rencontrait Stravinski…  Et le solo de contrebasson écrit par Erwin Schulhoff, pas tant une bizarrerie qu’une réussite qu’on voudrait mettre en image… Mladi, le sextette de Janáček, est depuis longtemps une œuvre repérée pour ce qu’elle est: une merveille.

Ce concert invite à entendre plus et encore Martinů, qui sera à l’affiche de l’Orchestre de Paris les 19 mai avec un poème symphonique, Lidice, et les 2-3 juin avec Les fresques de Piero della Francesca. La musique de chambre au Musée d’Orsay revient, elle, fin mai, avec un parfum plus français.

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