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Dix ans à la tête du Chœur de l’Orchestre de Paris

Christoph Eschenbach donnera ses derniers concerts avec le Chœur de l’Orchestre de Paris les 16 et 17 juin. Les deux chefs du chœur ayant décidé de quitter leur fonction en même temps que lui, j’avais pensé soumettre à Geoffroy Jourdain et Didier Bouture un questionnaire type “vous jugez votre collaboration avec le Chœur de l’Orchestre de Paris très satisfaisante, satisfaisante, peu satisfaisante…” Finalement, cela m’intéressait plus de savoir comment tout avait commencé, il y a dix ans. Citations à deux voix.

C’est Laurence Equilbey qui a piloté le projet et nous a contactés tous les deux, connaissant notre profil à chacun (Geoffroy Jourdain dirigeait déjà les Cris de Paris et co-dirigeait le Jeune Chœur de Paris, Didier Bouture riche d’expériences très diverses dans le répertoire d’oratorio à la tête de son ensemble orchestral Harmonia Nova dirigeait le Centre d’Art Polyphonique de l’ARIAM d’Ile de France).
Christoph Eschenbach était récemment nommé, cela faisait partie de ses responsabilités d’avoir une ligne d’exigence avec le chœur, comme avec l’orchestre. Nos propositions ont tout de suite gagné sa confiance, on y dessinait la pédagogie musicale nécessaire pour recoudre ce chœur, avec un nombre limité d’ouvrages à aborder chaque saison et certaines œuvres majeures que l’on ne souhaitait pas programmer dans l’immédiat.
Aussi, cette « direction à 4 bras » a pu surprendre mais Christoph Eschenbach a tout de suite saisi notre complémentarité. Il y avait aussi un avantage à succéder à deux au fondateur du chœur après 25 ans, c’était d’invalider a priori toute comparaison.
Le premier rendez-vous avec notre futur patron eut donc lieu dans les bureaux de l’ancienne Salle Pleyel, avant le déménagement pour Mogador. Disons-le, nous étions dans nos petits souliers, et lui, toujours avec ce regard mêlant point d’interrogation et autorité bienveillante. Il nous a montré qu’on aurait sa confiance.

C’est un musicien pétri de répertoire d’oratorio, c’est un accompagnateur de lieder, c’est quelqu’un qui connaît très bien la voix et qui prête une attention extrême au texte.
Il voulait faire des
Requiem de Brahms, des symphonies de Mahler, la Missa Solemnis… Le chœur et son fondateur formaient un groupe uni, historique, mais peut-être figé dans le souvenir de certains moments exceptionnels. Christoph Eschenbach ne souhaitait sans doute pas hériter uniquement de cela. Il avait envie que ce groupe soit positionné sur des bases plus actuelles dans le fonctionnement et le rendu artistique. Il fallait parler technique: solfège, intonation, vocalité et ne plus seulement brandir la dimension subjective de la musique.
C’est toujours le danger pour des ensembles amateurs -quelque soit leur niveau- de recourir à l’affect pour qu’ils se dépassent. Cela peut produire des choses magiques … mais rarement pérennes, avec l’écueil de n’augmenter ni le potentiel du groupe, ni celui des individus.
La réforme a été d’une certaine manière provoquée par le déménagement à Mogador puisque la taille du théâtre imposait un effectif maximum de 100 chanteurs. Nous avons organisé des auditions dans lesquelles nous donnions, à niveau égal, la priorité aux anciens. Sur les 140 qui se sont présentés -d’autres avaient choisi de quitter le chœur en même temps qu’Arthur Oldham- nous avons retenu environ 80 chanteurs, il va sans dire que cette tâche n’était pas la plus agréable.
Pour nous, tout cela était plein d’incertitudes: nous nous étions engagés dans une programmation sans savoir comment sonnerait le chœur ensuite…

La première chose qu’on a montée avec Christoph Eschenbach, c’était L’Enfance du Christ de Berlioz. Une œuvre très intéressante pour le chœur, car elle se termine par un mouvement a capella. L’œuvre n’avait jamais été abordée -à la différence de la Damnation de Faust ou du Te Deum. C’était un travail raisonnable qui nous permettait de poser tout de suite des exigences de justesse, de couleur. C’est un très beau souvenir.
Christoph Eschenbach avait souhaité réaborder les grandes œuvres, à terme, mais on avait aussi senti qu’il avait de la curiosité au-delà de ça, qu’il était ouvert à nos propositions.
D’entrée de jeu, par exemple, nous lui avions proposé le Stabat Mater de Szymanovski, il avait adhéré d’emblée, et l’avait programmé dans les dates encore disponibles.
Dès le début, notre tandem a permis de faire des répétitions “en partielles” : l’un de nous s’occupait d’un pupitre, l’autre des trois voix restantes. C’était capital pour réamorcer une sonorité.

Le chœur est véritablement devenu structure de formation. On a réellement pris des gens en dépit de leur audition et sur lesquels on a misé. On a intégré les cours de chant et d’aide au déchiffrage au fonctionnement du chœur, avec des professeurs que nous avons choisi, qui restent en contact avec nous pour nous aider à suivre les chanteurs. Cela représentait un coût plus important que par le passé, mais Christoph Eschenbach a pesé pour ça, avec Laurence Equilbey.
D’une certaine façon, le Chœur de l’Orchestre de Paris adoptait une démarche à deux sens, apportant une formation en échange de la prestation des amateurs. On tenait compte de la personne et pas seulement de nos besoins. Inversement, on posait notre exigence: chanter ici n’est ni une détente, ni une vanité que la présence des grands chefs peut toujours nourrir.

Nous avons aussi institué un concert a cappella avec tout l’effectif chaque année. Christoph Eschenbach est venu l’entendre à Mogador, la deuxième saison, c’était un programme Mittel Europa. Il applaudissait à tout rompre, il était vraiment heureux…
Même s’il y eut parfois léger désaccord, sa confiance a été constante.
Il a été très enthousiaste lorsque nous avons souhaité organiser la première Académie d’été du Chœur de l’Orchestre de Paris pour préparer la
Missa Solemnis de Beethoven à l’occasion du centenaire Karajan.
Petit à petit, nous sommes revenus aux œuvres emblématiques du répertoire :
Requiem de Verdi -pour le 30e anniversaire du chœur-, au Requiem de Brahms, à la Neuvième de Beethoven !
Pour autant, rien n’est jamais acquis: 100 personnes ne signifient pas une solidité de roc. Et -d’une façon probablement paradoxale en apparence, augmenter à nouveau la taille du chœur se ferait au détriment de la qualité.
Car un chœur amateur reste toujours fragile, il repose sur des leaders de pupitre, qui deviennent moins opérants si l’effectif grandit…

A ce moment-là, Geoffroy Jourdain se lève, il est 20 heures, il y a une répétition du Chœur de l’orchestre de Paris qui doit démarrer. Didier Bouture reste encore quelques instants pour évoquer tout un pan de l’activité que ce « duo de chefs » a souhaité mettre en place dès son arrivée: projets avec les scolaires (des dizaines de classe accueillies ou visités, voir les posts du blog consacrés à « De chœur en orchestre » également), accueil de jeunes chefs de chœur, d’enseignants élèves de l’IUFM… Il faut partir. Pour répéter. Partir aussi, pour de bon. Rester pour soi ? rester pour le confort ? Rester trop longtemps… une histoire de tempo.

Pour la Fête de la musique, le Choeur de l’Orchestre de Paris donnera un concert a cappella “Nuit d’été”, le 21 juin à 20h à la Salle Pleyel.
Entrée libre, sans réservation
» Programme détaillé du concert

1 commentaire

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  1. rouaix danielle

    J’ai fait partie de ce choeur à sa création pendant trois années…. formidables
    Il est intéressant d’apprendre ce que pense ses derniers chefs de choeur bien que leurs propos sur “l’affect” , sur “la vanité que la présence de grands chefs peut nourrir” soient assez choquants.

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