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Color, point de contact


Il est 8h30 et on répète déjà ! La Salle Pleyel est passée au rythme scolaire et à l’heure où l’on entre dans la première heure de cours, les élèves du Lycée Racine sont sur scène. Dans la salle, un auditeur à part, Marc-André Dalbavie que toute l‘équipe du projet retrouve ensuite pour échanger.

“Vous avez fait quelque chose de très réussi. J’aime les livres qui me font penser et ici ma musique vous a fait créer, c’est le plus beau cadeau qu’on puisse me faire”, dit-il en demandant que tous les élèves lui dédicacent la partition de leurs Regards sur Color.

“Au début, quand l’Orchestre de Paris m’a présenté ce projet, j’étais très étonné. Je l’ai pris comme un hommage, un cadeau. Mais j’étais très curieux de venir voir. Souvent au cours de mes voyages j’ai pensé à vous, je me disais : mais qu’est-ce qu’ils peuvent donc bien faire !”
Retour sur Color. Le compositeur avoue qu’il a du mal à parler de sa musique -il se refuse d’ailleurs à écrire les notes de programme quand ses œuvres sont jouées- car pour lui la musique est ouverte, son sens est multiple (dans l’art, le sens explose, dit-il exactement).

Marc-André Dalbavie revient sur les circonstances particulières dans lesquelles l’œuvre s’est achevée. “J’ai terminé en octobre-novembre 2001. Donc après le 11 septembre. On voit dans la partition quand ça arrive. Le dernier tiers est plus dramatique. C’est très rare, car je suis peu perméable à l’actualité. Mais moi qui aime les boucles, j’étais horrifié par l’acte terroriste et comment cet acte devenait un spectacle planétaire diffusé en boucle”.

Sur le processus :
Je mets longtemps à écrire. C’est un peu comme un peintre japonais qui reste des mois devant la toile vide puis trace quatre traits définitifs d’un coup.
Je fais des croquis, des détails, des petites choses d’orchestration mais je n’écris que quand l’œuvre est là toute entière. Je sens quand les choses sont en moi, ça va très vite ensuite.”

Sur le compositeur :
“Le compositeur est un peu autiste
(rires), il écrit pour lui. Mais ce qui est magnifique dans toutes les démarches artistiques -et la musique en particulier- c’est qu’elles laissent au public toute liberté pour rentrer dans l’œuvre. Et pour y revenir, en y trouvant chaque fois des sens différents. C’est extraordinaire.”

Sur sa vocation :
“J’ai su très jeune que je serais compositeur. A 12-13 ans j’étais fou de littérature et je voulais être écrivain. Mais j’étais musicien d’abord, la musique était mon langage. J’étais pianiste, je faisais mes gammes, mais mon intérêt allait surtout à l’acte créatif, à la composition. J’ai créé en utilisant l’outil le plus intime à ma disposition.”

Un élève interroge le compositeur sur son rapport à la théorie.
“C’est comme un flûtiste qui pense chaque doigt, chaque souffle au début et puis ensuite se libère de tout ça. Il faut faire un grand effort théorique quand on est jeune et puis l’oublier -ou en tout cas, il faut que ça devienne organique.”

La couleur ?
“J’aime rentrer dans le son comme on rentre dans la matière avec un microscope. Mais j’ai une passion depuis très jeune pour le chant grégorien. Et ça, c’est la ligne, pas la couleur. Donc c’est un peu contradictoire !”

Le compositeur préféré :
“Debussy. Debussy est très important à cause du travail sur la couleur, cette tentative de capter la vibration du son. Comme Monet qui voulait peindre la moiteur, la fumée ! Mais j’aime aussi Ravel. Et aussi Mozart… et Machaut ! En fait, j’aime parfois quelques pièces seulement. Parfois dix mesures d’un compositeur que je n’aime pas par ailleurs !”

Marc-André Dalbavie laisse à son tour sa dédicace sur la partition de la classe.
“Pince-moi, je rêve… !”

Regards sur Color, œuvre composée par une classe de Terminale du lycée Racine, et Color de Marc-André Dalbavie, œuvre  au programme du baccalauréat 2011,  ont été données le 3 février 2011 à la Salle Pleyel.

» Toutes les activités Jeune public de l’Orchestre de Paris

1 commentaire

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  1. edrik gillot

    Mes élèves n’ont malheureusement pas pu assister au concert. La vidéo de cette oeuvre très intéressante sera t-elle mise en ligne?

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