Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Quand les saxos… sonnet

Après une saison 2010/11 qui les a vu pointer leur bec plus qu’anecdotiquement (Berg, Duruflé, Prokofiev, Bernstein, Chostakovitch et, bien sûr, le Boléro), nous comptons de nouveau dans nos rangs, pour cette belle série Rachmaninov, un saxophone (Danses symphoniques, op.45).
La nomenclature officielle de l’orchestre symphonique faisant l’impasse sur ce valeureux chanteur, les saxophonistes ne nous visitent qu’au gré des caprices de la programmation, de loin en loin, tels les musiciens itinérants qu’ils sont par la force des choses.

Mais que fait donc le saxophoniste quand il n’est pas à l’orchestre, épanchant dans un lyrisme parfois un peu mondain une de ces sinuosités crépusculaires dont il a le secret ou plaçant, posément toujours, les exactes ponctuations d’accords au teint aqueux ?
Eh bien, cette “pipe d’or à fumer de la nuit“, comme l’appelait Nougaro, il va l’agiter, le soir, dans les caves enfumées, où, tel une locomotive haut-le-pied, il prend le sien avec panache. Impérial ! Impétueux ! Il pétune ! Il la bouffe, sa bouffarde, ô rutilant reptile. Le roseau qu’il n’embrassait que du bout de ses lèvres, voilà qu’il le chique à gencives glorieuses et le Dr Jekyll est un Hyde splendide, grimaçant et tribal, tonitruant totem, un sorcier du be-bop… un homme averti en vaudou, si j’ose dire.

Un petit clin d’œil, donc, à ces Janus qui savent nous faire apprécier leur jeu, mais aussi le cacher.

Quasimodo ma non troppo

Dans votre pavillon miroitent
Le rond de vos joues enjouées,
Vos prestes phalanges rouées,
Pythies de la note adéquate.

Nantie d’un bec, non pas cloué,
Que suce ou mord ce masque moite,
Voilà votre crânienne boîte,
À mesurer le vent vouée.

De vos clartés nimbées de croches
Et de cette beauté bancroche
J’aime le désaccord tacite ;

Tandis que dans votre prunelle
Quelqu’africaine ritournelle
Jette son éclair anthracite.

» Soirée Rachmaninov les 19 et 20 octobre 2011 à la Salle Pleyel

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