Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Les tribulations des partitions au Japon

Si vous étiez musicien dans un orchestre partant pour une extraordinaire tournée en Asie, quel serait votre pire cauchemar ?
Peut-être ouvrir votre chemise de partitions en entrant sur scène, et la découvrir affreusement vide… Rassurez-vous ! Une personne volera immédiatement à votre secours : le (ou la) bibliothécaire d’orchestre. Mais avant de pouvoir vous sauver sur scène, il aura fallu un long travail en amont !

Quelques mois avant…

Remontons ensemble en mars-avril 2011. La programmation de la saison suivante se dessine déjà dans les arcanes de l’orchestre de Paris… Et pour la bibliothèque d’orchestre, il est l’heure de solliciter les chefs pour connaître quelques grandes lignes du travail à accomplir (quelle édition le maestro souhaite-t-il utiliser ? Et quels coups d’archet ?). C’est dès cette période que la bibliothèque vérifie également les instruments nécessaires à l’exécution de chaque œuvre. Il est en effet assez utile de savoir, pour la disposition du plateau comme pour des raisons budgétaires, que la flûte 2 jouera aussi du piccolo, ou qu’il faut prévoir 5 percussionnistes.

Quelques semaines avant…

Deux mois environ avant le départ, le matériel est rendu disponible aux musiciens. Pour une tournée d’une telle ampleur, l’effervescence est palpable et les instrumentistes sont beaucoup plus nombreux que d’habitude à vouloir “potasser” les partitions chez eux très tôt. Surtout quand le programme cumule quelques œuvres peu jouées et/ou difficiles !
J-14 avant le décollage : les répétitions commencent à Paris. C’est aussi là que les premières failles apparaissent, heureusement colmatables sans trop de problèmes vu que tout est disponible sur place. Une différence entre la partition du chef et celle d’un musicien, une tourne de page mal placée, un bout de scotch à ajouter pour réparer une vieille partition…. Le bibliothécaire d’orchestre est un vrai infirmier prêt à réparer tous les bobos de la musique écrite, pour qu’un accroc sur la partition n’empêche pas la musique de se faire magnifiquement interpréter.

Quelques jours avant le départ…

En fonction de ses impressions à l’issue des premières répétitions, Paavo Järvi peut décider d’ajouter un bis au programme prévu… Dans ce cas-là, le même travail minutieux que d’ordinaire s’impose (commande auprès de l’éditeur, signature de contrats, vérification de l’état du matériel et de l’effectif requis, relecture et copie des coups d’archet pour les cordes…), mais il faut accomplir toutes les étapes beaucoup plus vite ! Et il ne faut pas oublier de prévenir la production : si le bis est joué sur un matériel de location, cela change le budget des concerts !

Nous y sommes !

Il est finalement l’heure de quitter la salle Pleyel pour le Japon. Pas moins de 60 kg de partitions partent dans une caisse spéciale, au milieu de celles prévues pour les instruments de l’orchestre. Le bibliothécaire méticuleux aura pris soin d’y joindre ce qui constitue sa trousse à outils : crayons de papier, gommes, scotch, pour réparer les accidents éventuels. Au prix de quelques heures de travail, il aura aussi préparé des photocopies de « secours » de toutes les partitions, prêtes à être sorties in extremis, au cas où un musicien aussi sérieux qu’étourdi oublierait la sienne dans sa chambre d’hôtel…

À  suivre…

4 commentaires

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  1. Marie-Christine Serraille

    Quelle responsabilité !!
    Bravo.
    Bonne fin de tournée et à très bientôt .

  2. Emma

    Très intéressant!! Merci de nous faire découvrir les coulisses d’une tournée…

  3. Marie

    Bonjour !
    C’est un métier qui m’attire beaucoup ! Est-ce qu’il serait possible d’en savoir un peu plus ? Je sais qu’il n’existe pas de formation à proprement parler, qu’on apprend sur le terrain. Vers qui se tourner pour faire ses premiers pas ?
    Merci beaucoup

  4. Mathilde Serraille, bibliothécaire

    Bonjour Marie,

    Merci de votre message sur le blog ! Je comprends votre intérêt pour ce métier passionnant, à la fois primordial et dans l’ombre… Malgré quelques tâches apparemment répétitives, chaque concert est unique dans sa préparation. Et quel privilège de travailler pour un orchestre professionnel !

    Au niveau des connaissances, c’est évident, il est absolument fondamental de savoir lire la musique, et de posséder quelques connaissances de solfège (notamment en transposition). Quant aux compétences, vu la multitude de tâches à accomplir pour chaque œuvre, il va de soi qu’une bonne organisation et une bonne anticipation des événements sont de mise. D’autre part, il faut parfois un certain « self control »… mais ça s’acquiert aussi avec l’expérience !

    Voici maintenant quelques précisions au niveau de la formation proprement dite. Il en existe une à Nancy : j’ai rencontré une étudiante issue de la licence professionnelle métiers de la scène lyrique, option ressources documentaires musicales (http://formations.univ-nancy2.fr/ALED/PGMNC2-PROG16313), qui travaillait en apprentissage à l’orchestre de Lille pendant sa formation (voir annonce : http://biblioemplois.wordpress.com/2012/06/19/une-bibliothecaire-lille-59-6).

    Je pense toutefois que si vous postulez pour intégrer une bibliothèque d’orchestre, vous pourrez susciter l’intérêt sans nécessairement passer cette licence. Lorsque j’ai démarré dans ce métier - très récemment : en 2009 - , il n’existait pas de formation à ma connaissance, ni à celle de mon employeur : j’ai donc été embauchée pour apprendre « sur le tas », après avoir travaillé quelques mois dans le cadre d’une bibliothèque de conservatoire. Je vous copie ci-dessous un extrait de mon CV pour vous donner une idée de mon parcours – et surtout pour vous montrer qu’on peut passer par plein d’autres cases avant d’atterrir dans une bibliothèque d’orchestre !

    Petit truc, vous pouvez proposer vos services comme copiste de musique auprès d’orchestres de votre ville, pour vous faire connaître d’eux. Ainsi, à l’orchestre national de Lyon, c’est une des copistes qui a rejoint l’équipe lorsqu’un congé maternité a exigé un remplacement temporaire !

    Bon courage et bonne chance ! Si vous avez besoin d’éléments plus précis, n’hésitez pas à me recontacter.

    Bien à vous,

    Mathilde

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