Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Notes de spectacle

Poupées russes est un spectacle musical conçu comme un dialogue entre le texte et la musique. J’ai pris comme point de départ le début de l’histoire de Vassilissa-la-très-belle et sa poupée magique, ainsi que les musiques de Moussorgski (Tableaux d’une exposition) et de Stravinski (l’Oiseau de Feu), qui mettent en scène les personnages emblématiques de Baba Yaga (Cabane sur des pattes de poule) et de Kachtchéi l’Immortel (Danse infernale). J’ai écrit l’histoire en même temps que j’ai choisi les musiques, avec des bribes de contes, des éléments qui pour moi sonnaient « typiquement russe » : la troïka qui vole (Lieutenant Kijé de Prokofiev), la pelote qui se déroule, le fil d’or qui ne se casse jamais…La seule œuvre que j’ai choisie après l’écriture complète de l’histoire est le Quatuor n°13 de Miaskovski, qui était programmé dans la saison de musique de chambre des artistes musiciens de l’Orchestre de Paris. Son adéquation totale avec le début de l’histoire a représenté un de ces chocs qui se produisent dans la création quand tout s’imbrique parfaitement sans qu’on sache complètement comment ou pourquoi.

J’avais comme contrainte le principe des poupées gigognes, qui me permettait de faire entendre l’orchestre dans des effectifs qui s’emboîtent les uns dans les autres, du quatuor à cordes au grand orchestre symphonique, et ainsi de mettre en valeur des timbres et des familles d’instruments (les vents, les cordes…). Et je souhaitais qu’il y ait une interaction constante entre l’histoire et la musique : ainsi, à chaque fois que Vassilissa demande de l’aide à sa poupée pour surmonter une épreuve, la poupée s’ouvre et fait appel à des musiciens, qui viennent grossir l’effectif initial, comme si son pouvoir/savoir grandissait au fur et à mesure que les musiciens et la musique aidaient la jeune fille à avancer dans la vie.

Sur ce projet, j’ai une double casquette : en tant que responsable de l’action culturelle à l’Orchestre de Paris, j’assure aussi l’organisation et le suivi de la mise en œuvre du spectacle, dans ses aspects artistiques, techniques, pédagogiques… J’ai eu grand plaisir à faire appel à des musiciens de l’Orchestre pour les interventions dans les écoles (et parfois à y participer moi-même), et de voir que certains d’entre eux acceptaient d’intervenir dans le spectacle sous forme de petites surprises… L’aspect visuel, représenté par les illustrations de Sacha et Hélène et par la création lumière de Régis, sera également un support de narration de l’histoire, qui viendra en contrepoint du texte et de la musique. A une semaine de la Première, alors que les répétitions en “tutti” ne commencent que mardi prochain, j’attends avec impatience de voir ce que l’ensemble va donner (par rapport à ce que j’avais en tête au départ)… c’est angoissant et excitant à la fois… C’est un des plus beaux moments, quand chacun s’est approprié sa part du projet et arrive en répétition pour que tout s’emboîte… comme des Poupées russes

Retenir

Laure Gauger 02Christian FromontLaure Gauger 01 Poupées Russes, c’est un conte. Sur la scène, c’est la comédienne Laure Gouget qui va le raconter. Elle a appris son texte, comme s’il s’agissait d’une pièce de théâtre et elle travaille avec le metteur en scène Christian Fromont, pour trouver la meilleure façon de le dire.

Car le texte va souvent se superposer à l’orchestre, le spectateur va suivre deux fils en même temps, écouter à la fois la comédienne et les musiciens qui jouent, comprendre les mots et se laisser imprégner du rythme, des mélodies.

Mais on ne réserve pas une oreille pour l’un et une pour l’autre. Tout le plaisir du spectacle vient de l’interaction qui se fabrique. Une musique, au départ, c’est abstrait, mais si le récit parle d’un château, d’une forêt, la partition devient un décor et l’imagination y incruste les personnages, les fait bouger au son de l’orchestre.

C’est simple en apparence, et pourtant cela demande un important travail de dosage. Il ne faut pas trop en faire –juste comme si on lisait le texte, pour se fondre dans la musique, être aussi ample qu’elle, sans trop prêter attention au détail des mots, à leur articulation, étirer la parole. Et s’habituer au volume de la musique, sans vouloir être aussi puissante qu’elle.

C’est pour régler tous ces détails que Laure et Christian travaillent avec des enregistrements des différentes musiques, comme si l’orchestre était là.

Parfois la comédienne n’est plus une narratrice mais devient un personnage. Juste pour une exclamation, un soupir. Et puis à peine la surprise a t-elle opéré que Laure reprend le fil tranquille de sa lecture à voix haute. Parfois Christian intervient, d’une grosse voix ou très haut perchée… C’est dans le texte ? Oui, plusieurs personnages au fil de l’histoire seront joués par des musiciens dans l’orchestre…

Déroulons le décor !

Poupées Russes sera un spectacle autant qu’un concert. Son décor, je l’ai vu se fabriquer, c’était à la fin du mois de mars…Un long rouleau de papier traverse toute la pièce. Hélène est penchée dessus et ajoute encore de minuscules détails au dessin : un oiseau, des branches… Sacha, elle, est installée à la table devant la fenêtre et met en couleur les poupées russes qui viendront se poser sur ces images, au fil du conte. La fresque fait six mètres de long. Elle représente les différents lieux de l’histoire : le château, la forêt, la fête du mariage. Quand les enfants et leurs familles viendront Salle Pleyel, ces dessins seront projetés, comme un film, sur un écran derrière les musiciens.
Sacha Poliakova et Hélène Rajcak se connaissent depuis l’époque de leurs études. Comme ce long travail était urgent, elles se sont mises à deux pour le réaliser. Et pour que ce soit vraiment une seule peinture, elles se sont croisées dessus,
l’une commençant un arbre, une cabane, l’autre prenant le relais pour achever le motif. Elles s’entendent à merveille, tout est calme. Il faut juste éviter de marcher sur le dessin ou de mettre le pied sur un tube de peinture… “Nous n’avons pas la pression de la scène, celle des comédiens ou des musiciens qui vont jouer”, disent-elles. Sacha vient de Russie, elle y a grandi. La famille
d’Hélène aussi a des racines à l’est de l’Europe. Mais leur dessin , leur façon de peindre ne sont pas particulièrement russe. Le château du prince est ce qu’il y a de plus russe. “Je ne sais pas construire un château, alors je me suis documentée”, explique Sacha en riant. Les personnages qui peuplent les contes russes, en revanche, elle les connaît bien, depuis son enfance.
Sur la fresque, j’ai reconnu Baba Yaga et sa cabane qui marche sur des pattes de poules. Mais je n’aurais pas reconnu Kastchei. À cause des musiques de Stravinski (L’Oiseau de Feu) ou de Rimski Korsakov (Kastchei l’Immortel), qui sont très puissantes, je m’imaginais un personnage entre guerrier et empereur. Sacha me répond que Katschei a beaucoup de pouvoirs, mais qu’il est avare, sombre, un mort-vivant. “Un peu comme Voldemort dans Harry Potter”.
Et aujourd’hui, en effet, j’ai lu un article sur internet qui faisait le rapprochement entre la légende russe et l’auteur JK Rowlings. Leur créature cache son pouvoir hors d’elle et pour la vaincre, il faut le dénicher. Celui de Kastchei est logé
dans une aiguille, cachée dans un œuf, caché dans, caché dans… jusqu’à un coffre enterré au pied d’un chêne… Encore une histoire en forme de poupées russes !

De Vienne à Valladolid

De Vienne à Valladolid, via Berlioz, Dvorák, Ravel, Zemlinsky…
Les partitions sont parmi les chemins les plus sûrs pour atteindre la félicité…
Cette tournée de dix jours commence en Autriche et la salle de concerts mythique du Musikverein, à Vienne, la plus belle du monde. Rectangulaire et de grande envergure elle est dominée par un plafond à caissons magistral orné de peintures en médaillons et de dorures ouvragées. Dix lustres scintillants surplombent les fauteuils d’orchestre. Le parquet patiné de la scène garde les traces de tous les chefs illustres. En entrant dans ce temple de la musique, l’émotion est si grande que l’on a envie de se signer. Le soir, au moment où Christoph Eschenbach lève la baguette, ils sont là, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert et tant d’autres, présents dans notre coeur et dans l’âme des viennois pour toujours.
L’étape suivante va nous dépayser totalement : Oviedo, capitale des Asturies, où au IXème siècle le roi Alfonso II fit ériger à Compostelle une basilique dépositaire des reliques de saint Jacques. Le chemin que le monarque emprunta pour se rendre d’Oviedo à Compostelle par les montagnes escarpées est encore la route de référence des pèlerins et les pavés de la ville marqués de coquilles de cuivre guident les voyageurs dans leur périple. Nous avons le temps de nous évader pour découvrir la côte découpée et la lande en fleurs tellement semblables aux Côtes d’Armor.
Au concert du lendemain, Christoph Eschenbach n’est pas avec nous car il a dû se rendre d’urgence aux USA. Josep Pons le remplace au pied levé dans les 8e et 9e symphonies de Dvorák. Un raccord pour “lire” les deux oeuvres et concert dans la foulée !
Puis nous traversons l’Espagne d’ouest en est pour Valence. Le concert a lieu au Palau de la Musica, une salle qui nous étonne par sa conception et sa merveilleuse acoustique. Nous y donnons la Symphonie Lyrique de Zemlinsky, oeuvre qui nous bouleverse particulièrement ce soir-là car un deuil a touché notre Maestro.
Mardi 8, dernier concert à Valladolid où une salle gigantesque nous attend. La verrière du hall est si haute que des palmiers d’au moins 20 mètres poussent à l’intérieur ! Cette construction a 6 mois et de grands espaces sont encore vides. La grande salle où nous jouons est en bois clair et les fauteuils en cuir grège… C’est démesuré ! Nous nous prenons à rêver de la future Philharmonie de Paris au Parc de la Villette prévue pour 2012…
En attendant que la réalité dépasse la fiction, nous serons toujours heureux d’être reçus dans les pays qui donnent à la musique une place prépondérante.

Impressions viennoises

La première impression lorsque l’on arrive a Wien est celle d’être au cœur d’un musée a ciel ouvert. Riche de son histoire impériale, de sa culture et de ses traditions, Wien est une ville grandiose et le reflet d’une époque ou les arts occupaient et occupent toujours une place prépondérante. Un paradis pour un musicien classique qui peut se sentir a l’aise dans une ville ou la musique est tellement présente et visible. Il est difficile lors d’une promenade de ne pas croiser le nom d’un compositeur… Mozart, Haydn, Schubert, Beethoven… ou bien alors de ne pas rencontrer un musicien avec son étui sur le dos, le long d’une rue menant a l’une des plus belles salles de concert du monde, le Musikverein. Les Autrichiens ont de quoi être fiers de leur patrimoine musical et des moyens mis en œuvre pour que leur culture puisse vivre au plus haut niveau international.
Un concert de l’Orchestre de Paris dans cette “Mecque” de la musique classique est toujours un “challenge”, celui de prouver que notre formation est aussi du plus haut niveau artistique. Le succès dans un lieu aussi prestigieux est un grand plus pour notre moral car a Paris, la critique a plutôt tendance a considérer les “formations invitées” (orchestres étrangers) avec plus de bienveillance que leur propre orchestre.
Ce soir le succès est éclatant et le public autrichien a été enthousiaste comme nous le sommes ! La musique française est très appréciée du public comme nous l`avons déjà constate lors de notre présence au Festival de Salzbourg en 2000 dans les Troyens de Berlioz. Nous espérons que les affinités entre notre orchestre et le public viennois seront une aussi belle histoire que celle que je vis plus particulièrement avec mes deux petites filles franco-autrichiennes Clara et Elisa et leur maman née a Salzbourg.