Cela fait 30 ans que j’ai joué pour la première fois au Musikverein, c´était en mai 1978* et je venais de rentrer à l’Orchestre de Paris.
C´est émouvant pour moi de revoir les lieux de la première tournée que j´ai faite avec l’orchestre, à l´époque sous la direction de Daniel Barenboim. Coïncidence, Daniel Barenboim joue avec le Wiener Philharmoniker dans les prochains jours et il est venu nous saluer et assister a la répétition ce matin… J’ai d’ailleurs croisé quelques musiciens du Philharmoniker hier, un violoniste est passé et a joué quelques notes d´un concerto de Mozart… Cet après-midi, ils répètent à leur tour dans la salle. On voit passer un des luthiers permanents qui s’occupent des instruments du Philharmoniker et les mettent en place dans les racks avant les répétitions. Ils accompagnent l’orchestre partout en tournée…
La première chose qui m’a frappé en arrivant dans la salle est la disposition des musiciens, qui change complètement de celle que nous avons à Pleyel. La scène est étroite, la distance entre le podium et l´harmonie est inférieure de moitié à celle de Pleyel. Les chaises sont d´ailleurs taillées en fonction des gradins, elles ont les pieds arrière sciés et on ne peut donc pas les déplacer. On est beaucoup plus contraints qu´à Pleyel où nous pouvons prendre nos aises. Cette contrainte de proximité apporte énormément a l’homogénéité du son, la communication est plus facile et on s’entend mieux.
Les fois précédentes, nous sommes souvent venus au Musikverein pour un concert unique, au milieu d´une tournée en Autriche qui nous emmenait aussi à Linz ou à Graz. C´est important pour l´orchestre de pouvoir montrer ses couleurs dans deux programmes très différents comme ceux que nous donnons cette semaine : Zemlinsky et Dvorák puis Ravel. Le fait de faire plusieurs répétitions et deux concerts dans la salle nous permet également de nous familiariser avec l’acoustique, très différente de celle de la salle Pleyel et beaucoup plus réverbérante. Sur plusieurs jours, nous avons la possibilité de gagner en homogénéité.
* pour deux concerts les 30 et 31 mai 1978 avec La Mer de Debussy, la Symphonie fantastique de Berlioz, le Château du Diable de Schubert, le Concerto pour piano n°27 de Mozart et l’Héroïque de Beethoven.
Retour à Vienne ou l’orchestre ne s’était pas produit depuis mai 1998, sous la direction de Semyon Bychkov avec Radu Lupu.
Quelques heures après leur arrivée les musiciens répètent déjà la Symphomie lyrique de Zemlinsky avec Matthias Goerne et Michaela Kaune. Ils se familiarisent avec cette salle mythique toute en bois (les pupitres des musiciens ne dérogent pas à cette règle) dont l‘acoustique est chaleureuse et ronde et qui semble s’être figée dans le temps. Peu de place sur la scène, les Viennois sont habitués à jouer au coude à coude, les effectifs importants requis pour la Symphonie lyrique peinent à rentrer et les musiciens doivent trouver leurs marques. Les violons installés tout au fond demandent à Christoph Eschenbach d‘amplifier ses gestes pour mieux le voir. Entre deux reprises d’une partie plus difficile, les regards se distraient pour admirer les plafonds de la salle et les dorures…
Demain soir, l’orchestre jouera aussi la 8eme symphonie de Dvorák.
De sueur et d’eau, d’ors et de courbes
Il n’est certes pas économe,
Non plus que de son chant qui tonne,
Et l’ignorer serait d’un fourbe.
Dans le contour de sa couronne
Se presse, cocasse anamorphose,
Tout un petit peuple virtuose,
C’est sa fratrie qui s’époumone.
Ses élans généreux, ses frasques,
Sont gages d’une nature bonne,
Celle d’un luron qui gasconne
En s’amusant de ses bourrasques.
Aussi Maestros, épigones,
Amis, magnanimes soyez
Si d’aventure vous oyez
La grande voix qui fanfaronne.
Car il vaut bien qu’on lui pardonne,
Le gai trombone.