Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Deconcerto - Strauss, Don Quichotte



L’Orchestre de Paris poursuit son partenariat avec l’Ecole Estienne, Ecole Supérieure des Arts et Industries graphiques. Réalisés par les étudiants de la section BTS communication visuelle option multimédia, ces clips ont pour objectif pédagogique de mettre en scène un ou des musiciens de l’Orchestre de Paris au regard d’une œuvre ou d’un compositeur de la saison 2011/12.

Strauss, Don Quichotte
Don Quichotte, poème symphonique de Richard Strauss, reprend l’oeuvre de Miguel de Cervantes et illustre parfaitement l’aventure chevaleresque et rocambolesque d’un héros autoproclamé. La bataille contre les moulins est l’extrait le plus impressionnant et emblématique.
Le film reprend ce combat en illustrant la rencontre burlesque entre Don Quichotte, rêveur irraisonné, et le symbole du moulin porté par un monstre colossal infaillible. Les couleurs du monde imaginaire du héros reflètent la richesse musicale du poème symphonique.

Réalisé par Laura Pierquin, étudiante en BTS Communication Visuelle Multimédia à l’école Estienne. 2011-2012.
Avec la participation de Thomas Duran, violoncelliste à l’Orchestre de Paris.

Le violoncelliste Truls Mork jouera accompagné de l’Orchestre de Paris dans le poème symphonique “Don Quichotte” de Richard Strauss les 21 et 22 mars 2012 à la Salle Pleyel.
» Concerts des 21 et 22 mars 2012

Deconcerto - Gershwin, Rhapsody in blue



L’Orchestre de Paris poursuit son partenariat avec l’Ecole Estienne, Ecole Supérieure des Arts et Industries graphiques. Réalisés par les étudiants de la section BTS communication visuelle option multimédia, ces clips ont pour objectif pédagogique de mettre en scène un ou des musiciens de l’Orchestre de Paris au regard d’une œuvre ou d’un compositeur de la saison 2011/12.

Gershwin  Rhapsody in blue
Le film présente le musicien baladant ses mains sur les touches d’un piano laqué noir. Et c’est à travers cette ballade mélodique, que le pianiste se voit petit à petit contrôler la gestuelle et les mouvements d’une silhouette. Cette dernière est alors tirée dans un Paris à la fois intemporel mais semblable aux années 1930.
De Montmartre au Paris Haussmannien, l’homme déambule dans un noir et blanc contrasté, alterné par un plan du pianiste en plongée. Le rendu se veut graphique, subtile et minimaliste. En somme, ce film est un hommage au génie Gershwin, à la ville ainsi qu’à Woody Allen et son chef d’œuvre Manhattan.

Nathaniel Benitah et Suzon Hauchard, étudiants en BTS Communication Visuelle Multimédia à l’école Estienne. 2011-2012.
Avec la participation, au piano, de Stanislas Kuchinski, contrebassiste à l’Orchestre de Paris.

Soirée Gershwin sous la baguette de Riccardo Chailly les 29 février et 1er mars 2012 à la Salle Pleyel.
» Concerts des 29 février et 1er mars

Le voyage des enfants de la Fondation “La Vie au Grand Air” à Aix en Provence

Une aventure aixoise qui se prépare….

La fabrique de calissons

Vendredi 20 janvier, un sextuor à cordes retrouve sur le quai du RER B le chef pâtissier Philippe, pour aller ensemble à la rencontre d’une dizaine d’enfants à la maison de l’enfance de Verrières le buisson.
Sur leur dos et dans leurs sacs des instruments et des ustensiles pour donner un avant-goût de ce que sera le séjour en pays d’Aix de Killian, Océanne, Maxime, Camille, Marine, Sophia, Solange, Émilie, Ophélie et de Jessica en compagnie de l’Orchestre de Paris.

Au menu un concert de musique de chambre pour découvrir la musique de Brahms, au programme des deux concerts auxquels ils assisteront au Grand Théâtre d’Aix en Provence. Les musiciens commencent par le premier sextuor à cordes de ce compositeur allemand. Les enfants ouvrent grands leurs oreilles et dégustent avec beaucoup d’attention les couleurs chaudes et romantiques des violons, des altos et violoncelles.

Après une présentation de ce que sera leur séjour (Musée Granet, fabrique des santons Fouque, jeu de piste dans la ville d’Aix) chaque enfant reçoit la photo d’un musicien de l’orchestre qui sera son parrain ou sa marraine pendant le voyage et est invité à remplir un questionnaire sur ses goûts pour faciliter les premiers échanges.
La deuxième partie de soirée continue par un atelier pratique mené par Philippe : petits et grands mettent la main à la pâte pour fabriquer les fameux calissons.
Enfin les musiciens oublient presque de troquer leurs toques et tabliers avant de reprendre les partitions de Brahms et interpréter les fameuses danses hongroises. Après avoir gouté les calissons dont le glaçage avait séché le temps du repas, enfants et musiciens se donnent rendez-vous le vendredi suivant a la gare de Lyon pour le grand départ.

Le départ

En train vers Aix

8h30, gare de Lyon, les enfants, photos et carnets de route en main sont aux aguets : ils tentent souvent avec succès de reconnaitre leurs parrains ou marraines : certaines rencontres sont faciles et naturelles d’autres un peu plus timides. Une timidité qui se dissipera vite autour des petits tours de magie et autres jeux avec les musiciens dans le train.

Arrivés à Aix en Provence, l’après-midi est dense : les enfants n’ont que le temps de déposer leurs bagages à l’hôtel avant de rejoindre le cours Mirabeau pour un rapide déjeuner. Ils ont rendez-vous avec leurs parrains et marraines sur la place de la Rotonde à 14h30 pour aller ensemble visiter la fabrique des santons Fouque. Un temps qui permet de tisser des liens avec les musiciens et d’avoir déjà pour certains une réelle complicité.

La visite achevée, les enfants se dépêchent de retourner à l’hôtel pour se mettre sur leur 31 avant de rejoindre l’orchestre pour assister au raccord, sur scène au milieu des musiciens. Une expérience fabuleuse d’écouter la symphonie de Brahms, en étant face au Maestro Järvi tout en écoutant les explications ( ou les plaisanteries) des musiciens autour. Une soirée marathon pour ces enfants qui courent diner rapidement pour être à l’heure au concert du soir.

Une journée pleine mais fatigante. Les enfants trouvent cependant la force de de rentrer à l’hôtel en courant. Inutile de préciser que leur sommeil fut profond et réparateur.

Au revoir les musiciens !

Au revoir les musiciens !

Samedi matin les enfants retrouvent l’orchestre pour un concert en famille. Les musiciens sur scène sont bizarrement accoutrés : ils portent des bonnets et des écharpes. Ont-ils senti la neige qui allait s’abattre sur la région deux jours plus tard ? Mais non, ils sont prêts à escalader la Seconde symphonie de Brahms jusqu’à son sommet !
Une randonnée alpestre en quatre mouvements dirigée par le chef d’orchestre Julien Masmondet et la guide expérimentée Emmanuelle Cordoliani ! Les enfants profitent de ce concert car ils se sont bien familiarisés a la musique de Brahms. Et lorsqu’Emmanuelle Cordoliani, juste avant le 3ème mouvement de la symphonie, explique au public que Brahms aimait beaucoup les danses tziganes et que le pupitre des premiers violons se met à jouer la Danse hongroise n°5, les enfants sont en terrain conquis ! La même danse que les musiciens leur avaient jouée à Verrière le Buisson la semaine précédente !

Le concert est un succès, les enfants filent à l’entrée des artistes féliciter l’orchestre. Un moment d’émotion car c’est le temps des au revoir. L’orchestre rentre à Paris. Les enfants prolongent leur séjour jusqu’au dimanche soir : il reste tant de choses à visiter. Dimanche, on ressent le vide laissé par les musiciens mais la présence du soleil est réconfortante. Sous sa belle lumière les enfants retrouvent leur énergie et courent partout, curieux et joyeux.
Un week-end riche en rencontre, en partage et en émotion.

Le programme en partenariat avec la fondation “La Vie au Grand Air” bénéficie du soutien des Fondations Edmond De Rothschild.

Deconcerto - Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel



L’Orchestre de Paris poursuit son partenariat avec l’Ecole Estienne, Ecole Supérieure des Arts et Industries graphiques. Réalisés par les étudiants de la section BTS communication visuelle option multimédia, ces clips ont pour objectif pédagogique de mettre en scène un ou des musiciens de l’Orchestre de Paris au regard d’une œuvre ou d’un compositeur de la saison 2011/12.

Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel
Promenade onirique du Petit Poucet à travers un paysage enchanté et bucolique. Un espace qui mêle le rêve et la métamorphose d’un homme. Le décor en perpétuel croissance s’accorde avec le dynamisme de l’oeuvre musicale de Ravel. Un monde mystérieux… Une balade colorée qui respire la fraîcheur.

Marie Eyriès  et Hugo Raulo, étudiants en BTS Communication Visuelle Multimédia à l’école Estienne, 2011-2012, avec la participation de David Braccini, violon.

» Soirée Ravel dirigée par Lorin Maazel les 1er et 2 février 2012 à la Salle Pleyel

Beethoven, Cinquième symphonie : le match… en images !

Feuilletant le blog de l’Orchestre pendant la trêve des confiseurs il m’est apparu que le récent texte d’Etienne Pfender sur la 5e Symphonie de Beethoven vue comme un match de foot entre philosophes offrait un terrain favorable à l’illustration picturale, si possible aussi cocasse et irrespectueuse que le texte d’origine.
A vous de jouer, donc, et, vous aidant de ce dernier, d’affubler de vénérables et illustres patronymes tous ces petits Mickey pleins de folie.
Cliquez sur les images et amusez-vous bien !

BeethovofootPhilosophoot

Le 4 octobre 2011, Etienne Pfender, violoniste à l’Orchestre de Paris, a écrit :

Beethoven occupe la tribune d’honneur.En composant sa Cinquième symphonie, il a convoqué tout ce que le gratin de l’humanité comporte en matière de penseurs pour soutenir ou réfuter sa thèse selon laquelle “le destin frappe à la porte”. Le destin, c’est le nom de code donné au concept du déterminisme, selon lequel, quoique tu fasses, c’était écrit, et tu ne peux influer en rien sur le cours des événements. Mais les théoriciens du libre arbitre s’y opposent farouchement : pour eux, rien n’est joué d’avance.

Beethoven semble leur donner raison. En parcourant toute la symphonie, son thème se transforme sous sa plume, se cache parfois, ou réapparaît délivré de ses attributs menaçants. Ainsi, pétrissant un langage nouveau en s’adossant sur l’acquis (à quoi se reconnaissent les chefs-d’œuvre : ses quatuors sont emblématiques à cet égard), le malaxant, le tordant tel un forgeron amenant son fer à l’incandescence et le frappant de toutes ses immenses forces pour le porter à l’idée, perdant même conscience de limites qu’il respecte pourtant et les repoussant ainsi paradoxalement, Beethoven devient libre par création.

Différent de l’effort naturel et instinctif du prédateur s’efforçant de chasser la proie qui s’efforce à son tour de fuir, l’effort de création de l’homme devient signature de sa liberté.
Déterminisme contre liberté, donc. Fatalisme contre libre arbitre. La bataille fait rage à travers les siècles dans la pensée des philosophes. Car les enjeux sont colossaux. Si les déterministes ont raison, plus de responsabilité, donc plus de justice possible ! Si les déterministes ont raison, adieu tout effort, adieu tout courage, adieu toute morale ! Si les déterministes ont raison enfin, plus aucune action n’a de sens et l’homme cesse d’être élevé au rang d’animal supérieur pour n’être plus soumis qu’aux instincts et pulsions que la nature lui impose pour la survie de l’espèce. Sa raison même, son entendement, sa logique, ses sentiments, sa créativité, sans être niés en tant que tels, sans cesser d’être réels pour autant, n’en seraient pas moins qu’une immense illusion de liberté et ne proviendraient pas de l’homme lui-même, contrairement à ce qu’il s’imagine, mais simplement d’une équation monstrueuse… mais laissons là … la partie va débuter.
Les équipes en présence ne manquent pas de talent dans leurs rangs, comme nous le verrons. A ma gauche (la sinistre ! ), les maillots sont noirs, couleur du destin tragique ! A ma droite, les tenants de la liberté sont tout de vert vêtus. C’est la couleur de l’espoir !

Le coup d’envoi est donné par un certain Homère, fataliste convaincu, qui expédie fort loin le ballon avec la mort d’Hector, preuve irréfutable selon lui :
Alors le Père étendit ses balances d’or. Il y plaça deux sorts de la mort qui couche l’homme, celui d’Achille, et celui d’Hector dompteur de chevaux. Il souleva le fléau par le milieu ; alors s’abaissa le jour fatal d’Hector : il allait chez Hadès, et Phébus Apollon l’abandonna.” (L’Iliade, chant XXII).

La passe vise Diodore dont les coach, anciens prêtres Babyloniens, enseignaient que, semblables aux astres, les hommes sont conduits où le ciel ordonne. Les sophistes de Mégare (3ème s. av JC), ses supporters fanatiques, hurlent des travées leurs encouragements : si une chose existe en vérité et puisque la vérité est éternelle, alors il était également vrai d’affirmer, de toute éternité, que cette chose existera. Furieux, le joueur Aristote intercepte immédiatement le ballon à l’aide de l’expérience qui
nous montre que les choses futures ont leur principe dans la délibération et dans l’action” (De l’interprétation chap IX),
tançant ses adversaires englués dans
les absurdités où l’on est entraîné si l’on admet […] qu’il n’existe aucune indétermination dans le devenir, mais qu’au contraire toutes choses sont et deviennent par l’effet de la nécessité. En vertu de ce raisonnement, il n’y aurait plus ni à délibérer, ni à se donner de la peine. ” (ibid ).

Prolongeant la trajectoire d’Aristote, Épicure attaque en profondeur :
La nécessité n’est pas responsable, la fortune est instable et ce qui dépend de nous est sans maître.” (lettre à Ménécée, § 133)

puis centre vers Lucrèce :
“d’où vient cette volonté arrachée aux destins qui nous permet d’aller où nous conduit notre plaisir et d’infléchir nous aussi nos mouvements, non pas en un moment ni en un lieu fixés, mais suivant l’intention de notre seul esprit ?
” (De la Nature, chant II).

Les verts semblent prendre l’avantage, mais Virgile surgit et tente de redorer le blason des noirs (d’un air de dire : ce n’est pas parce que le destin est implacable qu’il est forcément méchant) :
Souvent le temps qui produit des effets divers dans son cours inconstant, a rétabli des destinées brisées ; souvent la fortune revenant à ceux qu’elle avait abattus, s’est fait un jeu de les remettre en lieu sûr.” (Énéide XI, 425).

Épictète, à portée, le tacle sans pitié et déclare avec les stoïciens qu’il convient de faire la part de ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas, ouvrant une brèche de liberté au sein de la Destinée, brèche qui s’élargit à mesure que l’on domine sa propre imagination, car
ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais leur jugement sur les choses” ( Manuel V).

A l’affût, Laplace croit bénéficier d’un coup franc et réplique aussitôt avec son fameux démon … trop long …  :
Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si, d’ailleurs, elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule le mouvement des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle et l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux.” ( Essai philosophique sur les probabilités, chap 1).

La balle à Descartes, qui lie le degré de liberté à celui de la connaissance :
Si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire ; et ainsi je serais entièrement libre” (Méditations métaphysiques, IV)
concédant toutefois que :
l’accord du libre arbitre et de la Providence est incompréhensible ” (Principes de la philosophie, I, 41).

Le jeu s’embrouille : si Descartes n’est pas clair, où va-t-on ?
Spinoza en profite hardiment, jette un froid en investissant la surface de réparation des verts et tire du droit un véritable coup de canon :
Les hommes se croient libres pour la seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés ” (Éthique III prop 2, scolie).

Par chance, le gardien Rousseau réalise une sortie de but exemplaire et bloque souverainement le boulet :
Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme. ” (Le Contrat social).

Il laisse les noirs groggy et opère une remise en jeu fulgurante en direction de son partenaire Sartre qui passe un peu pour le Schtroumpf grognon de l’équipe. Jugez plutôt :
Nous sommes condamnés à être libres.” (L’existentialisme est un humanisme).

La liberté étant indissolublement liée au choix, il est impossible de la nier puisque nous sommes en permanence confrontés à de multiples choix, et nous sommes même sommés de choisir. Et ne pas choisir, c’est encore choisir. Humm ! pas toujours facile de jouer avec le camarade Sartre… D’ailleurs, il se fait marquer par Platon, en grande forme, celui-là, qui veut faire la distinction entre l’âme libre et le corps prisonnier de la destinée :
Âmes éphémères, vous allez commencer une nouvelle carrière et renaître à la condition mortelle. Ce n’est point un génie qui vous tirera au sort, c’est vous-mêmes qui choisirez […] la vie à laquelle vous serez liés par la nécessité.” (La République, Ch X, mythe d’Er).

C’est le moment choisi par Bergson pour entrer dans la partie. Lui aussi veut distinguer physique et psychologie :
S’il y a une causalité psychologique réelle, elle doit se distinguer de la causalité physique, et puisque celle-ci implique que rien ne se crée dans le passage d’un moment au moment suivant, celle-là implique au contraire la création par l’acte lui-même, de quelque chose qui n’existait pas dans les antécédents.” (lettre à Léon Brunschvicg du 26 février 1903).

L’acte créateur est donc preuve de liberté. Voilà qui devrait conforter l’ami Beethoven. Mais c’est compter sans Voltaire qui trépigne et, comme à son habitude, persifle :
Il serait plaisant qu’une partie de ce monde fût arrangée, et que l’autre ne le fût point. Quand on y regarde de près, on voit que la doctrine contraire à celle du destin est absurde ; mais il y a beaucoup de gens destinés à raisonner mal, d’autres à ne point raisonner du tout, d’autres à persécuter ceux qui raisonnent.” (Dictionnaire philosophique).

Le jeu s’accélère lorsque les “maîtres du soupçon” Marx, Nietzsche et Freud avancent de façon spectaculaire, dribblant leurs adversaires en dénonçant comme pure illusion la notion de libre arbitre : il est impensable de pouvoir se déterminer soi-même en faisant totalement abstraction du contexte économique et social, de ses instincts vitaux ou de son inconscient :
On a dépouillé le devenir de son innocence chaque fois que le fait d’être comme ceci ou comme cela est ramené à la volonté, à des intentions, à des actes de responsabilité.” (Nietzsche, Crépuscule des idoles).

Bottant en touche, Kant démontre dans la 3ème antinomie de La Critique de la Raison Pure, qu’il est impossible de trancher en faveur de l’un ou l’autre parti, déterminisme ou liberté. En effet, d’un côté, une chose n’arrivant pas sans cause, on doit pouvoir remonter la chaîne des causes jusqu’à la première. Mais si on a vraiment la chance de rencontrer la première, cela signifie qu’elle est apparu librement, puisque sans cause. 1-0. D’un autre côté, si un événement inconditionné inaugure une série nouvelle, il échappe de fait totalement à la loi de la nature et à son principe de causalité.
Car au regard d’un tel pouvoir de liberté, n’obéissant à aucune loi, on ne peut plus guère penser une nature puisque les lois de cette dernière sont continuellement transformées par les influences qu’exerceraient cette liberté et que le jeu des phénomènes, régulier et uniforme selon la simple nature, est ainsi rendu confus et incohérent

Ce n’est donc qu’une idée, non une réalité. 1-1. Balle au centre. Préconisant dans la foulée de poser la liberté comme axiome servant de base à la morale, il est immédiatement sifflé hors-jeu.
C’est alors que, faisant référence aux sophistes, Schopenhauer en profite pour brailler ” il m’égare” et tout de go, règle ses comptes avec l’école kantienne
“dont le secret est simple : mystifier, en imposer, tromper, jeter de la poudre aux yeux, gasconner
. [..] Il ne s’agit plus pour les philosophailleurs de ce temps d’instruire […] mais de séduire.” (Le Fondement de la Morale).

Devant cette attaque déloyale totalement hors sujet, Schopenhauer reçoit immédiatement un carton rouge et se voit expulsé du terrain en vociférant des injures contre
cet épais, ce grossier charlatan de Hegel” (ibid)
qui, n’étant pas encore intervenu, n’en demandait pas tant.

Visiblement, la partie dégénère et les nombreux joueurs qui rongent leur frein sur le banc de touche ( Cicéron, Hobbes, Locke, Leibniz, Heidegger… ) commencent à s’exciter gravement.
Pour couper court au péril montant, on siffle la mi-temps…

Lassé par ces disputes interminables, Beethoven s’est éclipsé depuis longtemps. Promeneur solitaire, il s’est endormi au pied d’un chêne. Il rêve. C’est son espace de liberté.

Beethoven, 5ème symphonie
Concerts des 14, 15, 17 septembre 2011