Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Premier concert du cycle de musique de chambre


Jeudi après-midi, ce soir concert mais le plateau est encore vide et la salle à peine éclairée. Dans la loge toute proche, on répète. Le trio à cordes de Gaëlle Barbaron, Delphine  Biron et Sophie Divin avec Caroline Esposito au piano (droit, pour l’instant) travaillent le Quatuor avec piano n°1 de Gabriel Fauré. L’espace est réduit, l’acoustique serrée, mais pour une première lecture l’essentiel est de tout entendre, de ne rien laisser passer, de détecter les pièges qu’une partition dissimule par sa beauté (comme ici la lenteur dangereuse du deuxième mouvement). Le concert est vendredi 12 février à la Sorbonne, ouvrant cette nouvelle série de musique de chambre des musiciens de l’Orchestre de Paris, sous le double signe de Lalo et Fauré.

» Programme du concert

Concerts de Midi en Sorbonne
Renseignements : 06.89.17.49.35
Accès : entrée par le 17, rue de la Sorbonne, Paris 5e
Vente des billets à la caisse de l’Amphithéâtre Richelieu, à partir de 11h30 le jour du concert.
Tarif réservé aux abonnés de l’Orchestre de Paris, sur présentation de leur carte 2009/2010 : 6€ (au lieu de 12€).

Entrons dans le vif du sujet

Jeudi 11 février

Ce matin, - 6 degrés ! La récréation a été écourtée et les enfants sont un peu dissipés. Qu’à cela ne tienne, Eric Tanguy qui mène la séance captive dès les premières minutes la classe :
J’ai trouvé l’idée musicale sur laquelle je veux travailler. J’ai choisi deux gammes car vous savez, fabriquer une musique c’est comme bâtir une maison ou encore faire un gâteau et…” ” il faut monter les blancs en neige” remarque ingénument un des enfants.
Rires d’Eric Tanguy !

Mais tout de suite on retourne au travail : Eric propose, Didier dirige et les enfants se concentrent.
On va partir d’une gamme à laquelle j’enlève une note. Je vous la joue et ensuite vous me la chantez ! Je joue toutes les notes de cette gamme sauf une note. A vous de trouver la note manquante“.
Après deux tentatives, la bonne réponse arrive : il s’agit de la note si .
Félicitations d’Eric et tout de suite, on chante cette gamme sans le si, d’abord en montant puis en descendant. “C’est comme si arrivés au la on sautait une marche” explique Eric.
Après quelques tentatives, on met des chiffres sur les différents paliers et finalement on obtient un résultat satisfaisant.
Eric explique : “cette gamme a une jolie couleur. Si je veux dire des choses agréables, je vais l’utiliser. Chantons-la avec l’accompagnement que j’ai préparé”.
Maintenant que vous avez bien la gamme dans l’oreille, on va l’essayer en canon”.Deuxième étape, deuxième ambiance : “Voici une autre gamme à laquelle j’ai également enlevé une note“. Les enfants se prêtent aux mêmes exercices que pour la gamme de ré majeur. C’est un peu plus délicat mais on y arrive !
Nouvelles explications d’Eric : “Vous pouvez entendre que cette deuxième gamme a une couleur différente, elle est plus tendue que la première. Si je veux décrire un climat plus sombre, c’est plutôt elle que je vais utiliser”.

Mais on ne s’arrête pas là, il reste du pain sur la planche :
A partir de ces deux gammes, je vais vous proposer un motif de quatre notes ascendantes ou descendantes“.
Quelques recommandations de Didier : “Concentrez-vous, écoutez bien ce qu’Eric joue pour reproduire ce que vous entendez. On va faire cet exercice plusieurs fois sans s’arrêter
Une fois ce travail d’oreille accompli, Eric explique aux enfants qu’il a exploré ce travail musical sur une mise en musique d’un poème Hymne à l’été qu’il a commandé à Alain Duault pour sa composition.

On finit la séance en lisant le début du poème et en s’attardant sur le premier vers : “grande houle de blé sur le sol alangui par les rayons dorés…”
Après une petite explication de texte, les enfants chantent les paroles sur la musique composée par Eric ; celle-ci repose essentiellement sur les deux gammes travaillées dans la matinée. Les essais s’avérant concluants, ce premier vers est chanté en polyphonie puis en canon.

Une bonne séance de travail qui permet de dire à Eric qu’après sa prochaine visite prévue au mois de Mars, la partie musicale des enfants sera pratiquement achevée. Il rassure Magali et Didier en leur rappelant que pour la partie délicate à chanter pour les enfants, passage de “triton” pour les connaisseurs, il a prévu une parade : le soutien du Chœur !

De Chœur en orchestre
Projet participatif associant deux classes de CM1-CM2 de l’école élémentaire Alésia, le Chœur de l’Orchestre de Paris et Eric Tanguy

À  suivre …

Entrer en immersion

L’espace d’un concert, entrer en immersion, depuis ce silence qui se crée quand le chef lève sa baguette jusqu’à celui où elle tombe pour la dernière fois.

Dès la première seconde, je me suis senti pleinement impliqué dans tout ce qui se déroulait.
Pour mon dernier concert avec le Chœur de l’Orchestre de Paris j’ai voulu essayer de vivre le concert comme un acteur de théâtre : plutôt que d’attendre ma courte intervention, chanter ce que je vois sur la partition puis attendre la suivante, je ne suis pas sorti de cette constante attention nécessaire quand on chante. J’ai tâché de vivre toute la musique, aussi parce que le poids dramatique de l’œuvre l’exigeait. Mon intervention a pris un sens nouveau, un peu comme une prise de parole dans une conversation ; ce n’était pas un événement : elle coulait de source, il suffisait d’écouter ce qu’il y avait avant. J’ai aussi essayé de chanter le plus par cœur possible, et là encore, j’ai senti une grande liberté. Les chefs de chœur nous avaient dit après la générale qu’il fallait lâcher le plus possible ce bout de papier qui crée une distance entre nous et le public, mais aussi entre nous et le chef. Concrètement, mes yeux n’ont pas quitté le chef ou le public, j’ai essayé de faire le moins de mouvement possible quand je n’avais pas la parole, j’ai agi comme si le public me regardait toujours.

J’ai vraiment vécu un moment extraordinaire, je me suis laissé agir par cette musique lourde de sens. Merci à Didier et Geoffroy, mais aussi à Ingo Metzmacher qui nous a constamment poussés à jouer l’œuvre pour ce qu’elle est à la base : une messe pour les morts.

Britten, War Requiem
Paris - Salle Pleyel, 20 et 21 janvier 2010

Rencontre avec … Eric Tanguy

Mardi 19 janvier : C’est le grand jour !
Qui est ce compositeur surprise qui va travailler avec les deux classes de l’école Alésia ?

Arrivés dans la classe Magali remarque : “Voici notre invité surprise ; on a déjà la réponse à votre première question, nous avons avec nous non pas une compositrice mais un compositeur. Reste à trouver son nom” ; toute la classe réplique en chœur : “Eric Tanguy !
Quel indice vous a aidé ? Les réponses fusent : “ j’ai vu sur internet qu’il a gagné les Grammy Awards 2008 ! Tu es sûr qu’il s’agissait des Grammy Awards ? Non c’était Les Victoires de la Musique.

De là s’enchaîne tout à fait naturellement une série de questions à Eric Tanguy :
Quel effet ça vous a fait de gagner les victoires de la musique ?
Pourquoi vous voulez faire ce projet avec nous ?
Vous aimez les enfants ?
Quelles sont les musiques que vous aimez ?
A quel âge vous avez commencé à être compositeur ?
Qu’est ce qui est ennuyant dans votre métier ?….

Eric se prête volontiers au jeu des questions-réponses et nous savons maintenant qu’il est fan de Supertramp, qu’il aime les enfants et qu’il a composé environ 90 œuvres !

Mais Eric n’est pas dans l’école uniquement pour discuter avec les enfants. Il a besoin de les entendre : il sort son cahier de musique et note, au fur et à mesure que Didier propose des exercices aux élèves, les procédés qui fonctionnent et qu’il pourrait exploiter dans sa composition. Lorsqu’Eric demande à écouter une mélodie plus rythmique, c’est tout simplement un extrait du dies irae de l’imposant War Requiem de Benjamen Britten que Didier leur fait travailler. Il faut dire que la majorité des enfants accompagnés de leurs parents assisteront le soir même à la répétition générale de cette œuvre à la Salle Pleyel. Une occasion de voir sur scène le Chœur de l’Orchestre de Paris avec lequel ils seront amenés à travailler dans le courant de l’année.
Le répertoire des enfants est très varié : chant de la Renaissance mais aussi chant à deux voix superposant les deux célèbres chansons Frère Jacques et Au clair de la lune. Résultat étonnant qui nous plaît à tous ! On s’approche de la fin de la séance mais Eric est curieux d’entendre un canon. Ce sera donc un canon en quatre groupes, une réussite !
Alors qu’Eric et Didier remercient et félicitent les enfants, c’est une véritable ruée sur Eric Tanguy pour lui réclamer un autographe. Décidément cette rencontre avec le compositeur mystérieux est un succès !

De Chœur en orchestre
Projet participatif associant deux classes de CM1-CM2 de l’école élémentaire Alésia, le Chœur de l’Orchestre de Paris et Eric Tanguy

À  suivre …

L’invité mystère

Vendredi 15 janvier

Didier Bouture, chef du chœur de l’Orchestre de Paris, reprend contact avec les élèves de CM1-CM2 de l’école Alésia.
Il arrive en leur annonçant pour la semaine suivante la visite d’un compositeur mystérieux. Pour les mettre sur la piste, il leur donne 5 petites enveloppes, chacune contenant un indice pour les mettre sur la voie. Dans l’une d’elle on peut lire : ” il a reçu Les Victoires de la musique Classique en 2008 dans la catégorie compositeur de l’année“, dans l’autre : ” Rostropovitch a créé son Deuxième concerto pour violoncelle” etc…

Après avoir bien attisé leur curiosité, Didier explique aux enfants le projet qu’ils vont vivre jusqu’au mois de juin:
Ce compositeur ou cette compositrice va venir vous rencontrer mardi prochain pour faire votre connaissance mais aussi pour vous écouter car il/ elle va passer l’année avec vous et écrire une pièce pour Chœur et enfants que nous donnerons en concert à la Salle Pleyel. Ce sera l’aboutissement de nos trois années passées ensemble
Pour écrire cette musique, le compositeur ou la compositrice a besoin de savoir ce que vous savez faire avec votre voix pour composer quelque chose adaptée à ce que vous pouvez chanter
.”

Les enfants se lèvent et chantent - devant Didier, puis dirigés par Didier-, le répertoire qu’ils ont travaillé depuis le mois de septembre avec Magali Ankaert, professeur de la ville de Paris et également membre du Chœur de l’Orchestre de Paris.

De Chœur en orchestre
Projet participatif associant deux classes de CM1-CM2 de l’école élémentaire Alésia, le Chœur de l’Orchestre de Paris et Eric Tanguy

À  suivre …