Écouter Dalbavie

Écouter Dalbavie, c’est entrer dans un monde de reflets.
Monde pastel et fugace, énigme du furtif et de l’irréel, émoi et grandeur de l’éphémère.
Mais que sont les reflets sinon ce qui jaillit au-delà du réel et l’acclame sans bruit ?
Que sont-ils, sinon l’offrande de l’esprit libéré de l’esclavage de l’utile, l’oraison de l’inspiration affranchie de la sagesse, l’embrasement fragile du vide contre le frivole ?
Que sont-ils d’autre que la réverbération secrète d’une conscience délivrée de sa pesanteur même ?
Confidence infinie, émerveillement fulgurant de l’éclair qui frappe en plein visage sans jamais aveugler, monument nu de toute fondation, le reflet s’enracine profondément comme souvenir d’un rêve indicible. Souverainement libre aussi, car la main qui se hâterait de le saisir dépouillerait aussitôt par son impulsivité les yeux de leur joyau.
Tel le cœur éperdu d’un oiseau blessé malgré le geste empressé, le reflet redoute qu’on le sonde car il y perdrait sens et vie. L’espace indispensable à sa contemplation est semblable à l’interligne qui dévoile les mots, aux silences de l’éloquence qui divulguent la poésie, aux ajours d’une broderie qui éclairent plus que son or, à l’eurythmie des saisons offrant à toute créature le temps de vivre et celui de mourir.
Écouter Dalbavie, c’est franchir une cascade d’arcs-en-ciel, myriade de reflets au-delà desquels éclot l’imaginaire. Où la transparence donne à voir d’autres réalités, où de nouveaux mystères sont révélés par une limpidité semblable à celle d’un océan qui serait vu du plus haut que nous puissions nous élever dans le ciel et dont l’épaisseur vaudrait comme loupe bleue découvrant ce qu’on ne verrait jamais de près. La plus petite forme au plus profond de ces gouffres coraillés, inaccessibles par d’autres moyens, devenant épanchement secret au creux d’un regard, chuchotement de la vision qui, comme les courants marins déforment la perception que nous avons des objets, nous les rend beaux en exprimant le salutaire renoncement au seul rationnel et l’accession par l’imagination naissante au frémissement de l’Être.
Soie des cordes immobiles, attentives, contenues. Elle est l’imperceptible brise de mer qui gonflera bientôt la voile de tous nos sens et les fera éclater comme feux d’artifices au firmament de leurs étreintes, unifiant corps et âme, danse et joie, point et cosmos, l’instant et l’éternel.
Sonnerie de cuivres où sont projetées dans l’univers de grosses gouttes d’une pluie lente et chaude, lourde du chant sacré de la mémoire, portique auguste de l’intuition mais aussi seuil intime vers l’horizon inviolé des songes dont ne demeurent longtemps après que les reflets incertains de l’inconscient.
Puis les dernières perles de harpe, comme rosée du sang de la terre dont l’ultime larme engloutira les cieux : évanouissement soudain de l’arc irisé déposant son empreinte dans nos entrailles comme strate fondatrice de l’émotion.
La pièce de Marc-André Dalbavie Color qui figurait au programme du baccalauréat en juin 2012 fut créée par l’Orchestre de Paris. C’était le 30 janvier 2002, à New-York, parmi des œuvres de deux des grands compositeurs français du XXe siècle: Ravel et Messiaen.
Nous vous proposons de revoir l’intégralité de l’interprétation de l’œuvre de Marc-André Dalbavie par l’Orchestre de Paris sous la direction d’Andris Poga le 7 avril 2012 et d’écouter les clés d’écoute données par l’altiste Marie Poulanges en introduction au concert.
» Color de Marc-André Dalbavie







