Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

La partie Surprise

Nous avons vécu trois semaines sous tension. Programmes contemporains difficiles mais passionnants, la Suite Lyrique d’Alban Berg, la présence de Pierre Boulez, plusieurs de ses œuvres…
Nous pouvons maintenant nous détendre en préparant le 40ème Anniversaire de l’Orchestre !
Faire la fête avec le public est un événement assez rare : le musicien est blagueur de nature, mais dès l’entrée en scène, rien n’en doit paraître.
Pourtant, dans ce métier de funambule où tout le travail qui mène au concert peut s’écrouler en un instant faute de concentration, l’humour est notre meilleur anti-stress !

Mercredi et jeudi prochains, nous pourrons partager cette connivence de coulisses avec les auditeurs et briser le socle sur lequel se juchent les idées reçues qui cantonnent l’interprète de la Musique Classique dans un rôle de prélat.
Gerard Hoffnung, un musicien anglais disparu en 1959, avait saisi les limites comiques des grands compositeurs et réussi grâce à son esprit subtil, à nous faire rire en appuyant le trait, sans écorner l’image de ces génies.

Dans notre programme du 40ème, une des surprises est un petit pastiche de C.D. Ludwig, un compositeur allemand qui démontre que des oeuvres très connues peuvent cohabiter sur une même grille harmonique et nous lance des clins d’œil malicieux sur ces parentés à travers quatre variations très courtes ” à la manière de “.
Nous sommes justement quatre, amies depuis plus de quarante ans - l’une était à la création de l’orchestre-, à vous présenter ce petit bijou. D’y penser, des picotements de plaisir s’éparpillent dans ma poitrine !
Plus que 3 jours…
Joyeux Noël à tous!

Partage, émotions.

Une pluie de bisous, je reçois une pluie de bisous de mes collègues au sortir de scène !!!
Nous venons de jouer avec mon quatuor, le Quatuor Thymos, en alternance avec l’Orchestre, tel un écho, la Suite Lyrique de Berg, puis les Cinq Mouvements Op. 5 de Webern dans leur deux versions –de chambre et symphonique.
L’orchestre est en place, nous rentrons sur scène avec le Maestro et c’est la prise de contact avec le public. Christoph Eschenbach reste debout sur son podium à nous écouter et regarder jouer; c’est impressionnant, curieusement, cela nous porte, sa présence est toute pleine de bienveillance.
Un halo de lumière délimite le quatuor. On ne verra le public qu’avec l’éclairage de l’orchestre. La concentration est à son maximum, ces deux chef-d’œuvres font en effet partie des partitions les plus redoutables du répertoire du quatuor à cordes, tant d’un point de vue technique que musical. Nous commençons donc par la Suite Lyrique que nous jouons avec ferveur. Juste avant de rentrer sur scène, nous nous disions que nous allions essayer de raconter une histoire (d’amour…). Cette Suite Lyrique est une véritable esthétique de la passion… Nous jouons, donc, reliés par un fil invisible qui nous unit, tel une danse…

L’Orchestre joue Berg à son tour, le son est alors puissant, beau, rond, véritable souffle. Je sens Christoph Eschenbach qui dirige juste derrière moi, (le plateau bouge!!! ça travaille!!!), je sens la puissance de cet orchestre, (mon orchestre!!) et son tempérament fort… C’est impressionnant, bizarre.
Bizarre aussi d’être sur scène en attente, participant bel et bien, malgré nous. Impression d’être en pleine mer avec une grosse houle, vagues d’émotions… Nous sommes pris dans cet univers que nous avons décortiqué pendant des heures, où chaque note raconte une histoire (cryptogrammes, mystère, citation, synapses…). Et moi de me dire que notre son de quatuor doit paraître bien maigrichon en comparaison… Mais non, notre son mène sa vie avec aisance et fluidité, il voyage… c’est un peu comme deux univers distincts, deux textures différentes.
Je me demande comment l’auditeur reçoit ces deux masses sonores…?
On ne manie pas un orchestre comme un quatuor…Alors recevoir, quel aventure!

L’Œil écoute, le son touche, la main parle…

Webern, maintenant, c’est une autre histoire!!!
Atonalité, petite forme, modes de jeux aux premiers plans (col legno, pizzicato, battuto, sourdine, sul ponticello…), musique de contrastes, de tendresse et de violence, œuvre d’une intensité rare faite d’esthétisme, d’une sensibilité extrême… Musique quasi-cinématographique… Webern prend le parti de véritablement remanier sa pièce pour l’orchestre à la différence de Berg qui utilise les deux formations de manière presque identique.

Coda:
Nous avons eu beaucoup de plaisir, d’émotion pour ce moment fort dans la vie de notre quatuor, cette grande aventure…
Un grand bravo à nos collègues qui ont monté des œuvres si difficiles en si peu de temps, et un grand merci pour leur gentillesse… Mais quand même, vous nous avez drôlement foutu le trac!!!
Un grand merci au Maestro Eschenbach pour ses conseils et son précieux soutien, sa confiance, sans oublier le public par sa présence attentive et chaleureuse…

J’ai le cœur qui bat… pour nous quatre.
Thymos veut dire souffle de l’âme, du cœur, dans la Grèce ancienne.

bonne mémoire

Nous avons fait mardi notre rentrée à la Salle Pleyel ; très heureuse en ce qui me concerne de retrouver mes amis musiciens ; beaucoup de souvenirs grâce aux photos rappelant les instants du voyage, les très grandes salles de concert, les escapades touristiques et les restaurants où arrive sur la table un plat pointé du doigt sur une carte incompréhensible… Je n’oublierai pas qu’un jour pendant ce voyage j’ai cru acheter un super vinaigre de bambou pour épater et régaler la famille et les amis à mon retour… après de très laborieux échanges avec la vendeuse, j’ai compris qu’il s’agissait d’un détergent à moquette… On pardonne tout pour trois semaines de très beaux moments musicaux !

Retour sur terre

Ça y est. Suis chez moi! 5h00 du matin, impossible de trouver le sommeil -vive le décalage horaire! Je pense que c’est la première fois que je profite autant d’une tournée de l’Orchestre; tant humainement que musicalement parlant. Que d’émotions, de richesses, d’humour aussi malgré les moments de fatigue… Et puis ces asiatiques m’impressionnent, organisation, gentillesse, efficacité… Un public chaleureux et enthousiaste; Des salles de concerts avec de vraies acoustiques où l’on peut travailler la texture du son, sentir, écouter, percevoir la masse dans son ensemble aussi bien que son voisin de pupitre ou son collègue à l’autre bout de la scène..
Je croise les doigts pour notre nouvelle salle en 2012… Un grand bravo à toute la Technique, pour leur efficacité, leur gentillesse.. Pour Myriam, François, Julie, Isabelle, Chantal, Cécile.. Sans oublier les parisiens!
Pour nos solistes et le Maestro. A Christian Leblé pour sa qualité d’écoute et ce blog, lieu d’échange et d’expression et à tous mes collègues de l’orchestre.
Je me souviens de M. Rostopovitch rentrant sur scène lors d’une répétition, et nous disant avec sa générosité: “Amour, Amour toujours Amour, je vous aime!!!”.
Voilà, je vais essayer de me rendormir à présent.

dernières images


La tournée en Asie prend fin. Le dernier concert vient d’avoir lieu au Seoul Arts Center, un grand complexe dans le sud de la ville, associant opéra, musée et auditorium de 2350 places.
La salle est très belle, en bois sombre, avec une disposition du public qui comme au Suntory Hall vient entourer l’orchestre. Le programme est très copieux, c’est celui qu’a filmé la NHK à Tokyo et que la télévision japonaise diffusait hier au soir (voir post “Vu à la télé” du 5 novembre). Le public a été très chaleureux, son enthousiasme a grimpé jusqu’au Boléro final et ne voulait pas s’épuiser. J’ai saisi cette image d’un jeune homme qui applaudit d’une main plâtrée…
Aussitôt après les instruments ont été remis en caisses, les musiciens sont rentrés à l’hôtel, invités à dîner par Christoph Eschenbach. Les deux avions s’envolent demain.