Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Nanta

On nous a recommandé un spectacle le jour de notre arrivée à Seoul, Nanta.
L’affiche montre quatre jeunes Coréens armés chacun de deux grands couteaux de cuisine.
Le noir se fait dans la salle, un brouillard artificiel monte doucement de la scène. Les quatre personnages entrés dans un parfum d’encens se sont assis en tailleur devant une table basse et délivrent de douces vibrations de gong.
Soudain le plateau s’illumine, la musique éclate. Les baguettes trépident sur le bois, les rythmes tombent et pas un visage ne bouge. Nous sentons les vibrations en nous, jusqu’à la battue finale, nette comme un couperet.
Et c’est un ballet qui commence. Les kimonos volent, les tables roulent, la cuisine prend vie et tout y passe: casseroles, saladiers, bassines, couvercles…, une symphonie exécutée de mémoire. Chacun joue avec sa vaisselle en acrobate. Choux, carottes, courgettes sont découpés avec l’adresse d’un samouraï et volent en gerbes légères. La bonne humeur nous gagnent, nous devenons lames de couteau et dansons avec eux au fond des marmites. Mais les percussions se font encore plus intenses, au-delà de l’audible, leur énergie n’a plus de limite. Sur des tambours géants, les coups rapides s’entrechoquent en syncopes complexes de plus en plus rapprochées. C’est fascinant, à la limite du douloureux et quand tout cesse, pas une perle de sueur ne brouille l’harmonie sereine des traits ni le sourire jubilatoire des acteurs.

Revoir Paris (2)

La partition de Chronochromie (Olivier Messiaen) déborde de la caisse des percussions, au milieu des mailloches. L’orchestre est en tournée mais pense à son retour. A ce concert avec Pierre Boulez, le 28 novembre, où cette oeuvre sera jouée. A celui des 22 et 24 aussi, pour lequel les parties du sextuor à cordes de Capriccio (Richard Strauss) ont été demandées depuis Taipei. Premier concert post-tournée, moins d’une semaine après l’atterrissage et donc conçu en conséquence, avec une première partie en forme de musique de chambre, réduisant aux extraits de Salomé le travail d’orchestre.

Les cloches sont remballées.

Le grand complexe culturel où joue l’orchestre affiche aussi Notre Dame de Paris. Dans les rues du centre de Seoul, on distribue des grandes sucettes pour annoncer la sortie locale du film La Vie en rose (elles sont… roses, à part ça je ne vois pas le rapport…). Et ce matin, les cuivres ont entonné la Marseillaise pour marquer le 11 novembre. Tout en ce moment nous ramène à la France !
Le concert a lieu à Ilsan, à une quarantaine de minutes en bus du centre de Seoul (nous avons compris ici que le nom de la capitale coréenne ne se découpe pas en Sé/oul comme implicitement vu de France mais Seo/ul, la première syllabe se prononçant courte « Sô », Sohoul). C’est une ville nouvelle créée dans les années 80, quinze ans après nos Cergy-Pontoise et Melun-Senart. La salle est belle et neuve, tout en bois. Elle n’a pas un an et ça sent la planche fraîchement découpée. Assez petite (1350 places), elle va se révéler très sonore pour un orchestre de cette taille.
L’harmonie et les percussions débordent. Mais les musiciens vont littéralement passer outre, délivrant après le concerto de Dvorak (avec le violoncelliste formé à Paris Sung Won Wang) une Symphonie Fantastique puissante que le public saluera debout en hurlant.
Chaque fois que l’orchestre l’aura jouée au cours de cette tournée, le cor anglais Gildas Prado aura imaginé une façon différente de mener le jeu de scène qu’il a proposé à Christoph Eschenbach. Comme il n’intervient que dans la troisième partie (Scène aux champs) en dialogue avec le hautbois en coulisse, il n’entre lui-même qu’à ce moment comme un personnage de théâtre extérieur à l’orchestre. Le chemin dépend de la configuration de la salle, de l’humeur. Cette fois, après sa première intervention, il s’est assis sur le podium, au pied des contrebasses, a laissé passer le long développement, repris sa partie encore assis, comme un pâtre sur son rocher, puis à l’appel des timbales il a longé tout l’orchestre pour sortir de scène, guidé par l’écho du hautbois venant de la coulisse. Gildas m’avait dit sur le quai de la gare à Tokyo « je fais du théâtre ». Ça ne m’étonne pas…
Le public reçoit en cadeau le bis de Smetana. Tout ça, c’est la dernière fois. Demain, l’orchestre déménage au Seoul Arts Center au sud de la capitale pour son dernier concert, finir sa tournée sur une Valse et un Boléro.
Comment sonnera la salle ? Et que réserve t-elle comme indicatif de fin d’entracte ? Ici au Aram Concert Hall, des chants d’oiseaux, de l’eau qui roule, un instrument flûté, tout cela rythmé par une pulsation de cloches. On aurait dit que Francis Brana chauffait celles de la coulisse pour le Sabbat de cette cinquième et dernière Fantastique !

Dernière étape

L’orchestre est arrivé en Corée hier. C’est son deuxième séjour ici, le premier date de 1984 avec Daniel Barenboim.
L’automne est beaucoup plus avancé qu’au Japon, même si nous n’avons franchi que 600 kilomètres depuis Kitakyushu, tous les arbres sont rouges, il fait frais, ça change!
Les bus sont partis à la rencontre de la salle dans laquelle aura lieu le premier concert ce soir, récemment inaugurée dans l’ouest de Séoul. La répétition avec Sung Won Wang, soliste d’un soir dans le concerto de Dvorak, a commencé.

Voici un site qui présente une photo de la salle
http://www.korea.net/news/news/NewsView.asp?serial_no=20070510040∂=106&SearchDay=

Dernier concert au Japon!

Ca y est!

Nous avons posé la dernière note de musique au Japon à Kitakyushu. C’était un beau concert malgré des conditions difficiles.

La journée avait bien commencé avec un voyage en avion sans encombre et …sans repas entre Tokyo et Kitakyuchu. Nous sommes arrivés à l’hôtel vers 15h 15 fatigués et affamés ! …. La répétition a donc été annulée de façon à ce que chacun puisse avaler quelque chose et se reposer avant le concert à 19h dans une salle qui pour le Japon est de qualité médiocre. Il faut dire qu’ici les salles de concerts ont poussé comme des champignons et que rares sont celles qui ne sont pas bonnes. Malgré cela, les musiciens avaient le sourire en jouant la Symphonie Fantastique et notre cher Christoph aussi!

Donc beaucoup de plaisir ce soir. Peut-être qu’inconsciemment le fait de savoir que nous approchons de la fin de la tournée (plus que trois jours!) et que nous allons enfin revoir nos familles et notre bon vieux pays y est pour quelque chose? Car le temps commence à nous sembler long (j’en profite pour souhaiter un Joyeux Anniversaire à ma fille Chiara qui fête ses 4 ans le 10 novembre!).

Demain dernier saut de puce pour Séoul en Corée et les deux derniers concerts avant le grand retour à Paname mardi prochain.