L’orchestre revient pour la troisième fois au Royal Albert Hall, à Londres, dans le cadre du festival de la BBC, les Prom’s. Le lieu est étonnant. 5000 places. Barnum hérité du XIXe siècle, qui accueillit des courses, des matchs, des spectacles en tout genre, il tient plus de l’arène romaine que de l’auditorium moderne. Du cirque.
La raison principale en est peut-être que le parterre est entièrement vide : pas de fauteuil, une zone où le public se tient debout.Ou assis, ou couché d’ailleurs, comme dans la symphonie de Gustav Mahler. La tête dans les étoiles, c’est à dire ici de grandes soucoupes violettes, des M&M’s géants, suspendus au plafond pour rectifier l’acoustique du dôme concave. Dans les accords plaqués, on entend le son rebondir sur les murs, roulant comme une vague. Mais cette enveloppe riche n’est pas un problème, les musiciens s’entendent bien, sans fatigue.L’ambiance d’un concert ici est unique. Et multiple.
Tout en haut, la galerie est un monde en soi. Le public apporte des couvertures, s’allonge, s’enlace et se baigne dans la musique. Juste en dessous, au Circle, les places offrent la meilleure acoustique et c’est l’espace qui se vend en premier. Le dénivelé y est alpin. On se croirait hissé là comme par une machine de foire. Puis les trois niveaux de loges -dont celle de la Reine. Et on se retrouve au niveau du sol.
Un monsieur en costume de bureau, sa cravate encore au cou, sort de son attaché-case un carré gonflable. La toile défraîchie a dû -heureusement- voir aussi le soleil ! Gonfle et s’assied. Ici dans l’arène dont on vend les places 5 £ le jour même, ceux qui veulent rester assis se placent plutôt en arrière. Le reste se lève quand le chef arrive et écoute le concert debout. Le premier rang de ces supporters forme encore une catégorie à part : accoudée à une solide rambarde de métal rouge, il ne reste entre elle et l’estrade des musiciens qu’un étroit passage où se faufilerait à peine un taurillon un jour de corrida. Ceux-là, le concert leur appartient.
Il y a des rentrées plus ou moins agitées et celle-ci s’annonce rude pour un violon solo: Missa Solemnis de Beethoven avec ce grand solo après 50 minutes de musique puis la semaine d’après, Shéhérazade de Rimski-Korsakov! La programmation m’a gâté!
C’était sans compter avec les aléas de la vie: accident de trottinette (celle de ma fille) et hop fracture (légère) de la base du cinquième doigt de la main gauche. Pas de chance! Alors depuis une semaine, c’est la course contre la montre pour arriver à me rétablir pour ne pas manquer le rendez-vous. Vais-je pouvoir jouer malgré la douleur, je ne sais pas encore….
Vendredi 29 août 2008 : 6H30-Réveil. 7H30-RER B, direction CDG. 9H - Arrivée aéroport. 9H20 - enregistrement des bagages. 10H30- Décollage. 11H45- Arrivée Zürich. 12H15- Départ des cars pour Lucerne. 13H30-Arrivée à Lucerne. Une majorité de chambres ne sont pas prêtes… Les musiciens vont déjeuner.15H00 Repos ou travail individuel dans les chambres. 17H30- Raccord qui débute à 17H50 (Raison secrète !)18H50 fin du raccord. Les musiciens se changent. 19H30-Début du concert 21H45-Fin du concert.
Depuis le matin, mon cœur bat, et le parcours épuisant fait d’attentes successives, instrument sur le dos et valise à la traîne n’a pas entamé mon enthousiasme. Depuis 17 ans (!) l’Orchestre de Paris ne s’est pas produit dans cette ville coquette située au bord du lac des Quatre Cantons où les souvenirs ressurgissent fortement, principalement ceux des ”Années Barenboïm” où nous avions ici nos “quartiers” et qui m’ont inféodée au répertoire symphonique post-romantique.
Au raccord, nous testons l’acoustique qui semble bonne. Cette salle haute et blanche est nouvelle pour nous. Derrière la scène se dressent des orgues majestueuses et rutilantes qui font oublier le décor un peu froid de l’architecture.
Les Rückert-Lieder de Mahler accompagnent sa Symphonie n°1 dite “Titan”. Chants parmi les plus émouvants que je connaisse. Christine Schäfer a la voix pour chanter ces poèmes, souple et sensible, au legato sans rupture. Son timbre velouté atteint les “forte” sans dureté et domine l’orchestre comme un soleil.
Un concert est unique en soi en regard de tous les paramètres mis en jeu. C’est toujours l’aboutissement d’un travail individuel, puis commun, de l’état d’esprit et de la forme de chacun, du degré d’hygrométrie, de la température de la salle, de la hauteur de la chaise, du confort des chaussures (sans rire) et de ce que le chef d’orchestre va nous transmettre au moment où il lève sa baguette…
Le Maestro est en forme et nous emmène dans l’univers mahlérien avec une foi toujours grandissante. Ces œuvres l’inspirent et le public est très concentré. L’acoustique de la salle pleine tient ses promesses et nous nous sentons gratifiés par le retour du son. Nous nous entendons distinctement et la résonance générale relie les instruments entre eux… C’est idéal et le dernier accord vibre encore quand les applaudissements crépitent, enthousiastes et prolongés, une marque de reconnaissance sans prix. Dans ces moments de pur bonheur, où la grâce est passée, nous nous demandons qui du public ou de l’orchestre, remercie l’autre d’être venu…
L’Académie d’été du Chœur de l’Orchestre de Paris vient de conclure sa semaine de stage à l’Abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson. Découvrez-en le blog sur le lien suivant :
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Retrouvez toutes les photos des répétitions du concert de l’Orchestre de Paris au festival d’Athènes
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