Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

TENTATIVES DE HAÏKU/MA MERE L’OYE

Nous jouons Ma Mère L’Oye (cinq contes enfantins, musique de Maurice Ravel, suite de concert) demain lundi à Tokyo et à Paris en février 2008.

Pavane de la belle au bois dormant
Le son du roseau
Tresse un écrin nuptial
Vierge endormie

Le petit Poucet
Satin orchestral
Sous les croches égrenées
Perles de mie

Laideronette, impératrice des pagodes
Au front de larmes
L’onction d’Eau de Discrétion
Beauté recouvrée

Les entretiens de la belle et la bête
Un pas de valse
A dénoué l’effroi
Métamorphose

Le jardin féerique
Majeur diamanté
Il scintille de nacre
L’infini rivage

LE JARDIN YOSHIKIEN / STRAVINSKI

Ses bassins incrustés comme des émeraudes dans un collier d’argent donnent à ce jardin une allure de joyau. Conversant par d’avenantes cascades dispersées ça et là tels des cheveux d’anges répandus par le vent, ils nous prendraient volontiers pour confidents. Les érables s’inclinent avec patience pour abreuver leur dentelle translucide au milieu d’eulalies frémissantes. Des volubilis capturent quelques papillons consentants aux ailes mouchetées tandis que des araignées d’eau nous orientent de leurs ricochets agiles.
Jeté parmi les nénuphars, un roc moussu crisse légèrement sous les pattes d’un héron cendré. Le cou en S majuscule strié de noir et de blanc, les yeux enchâssés à la racine d’un bec aux reflets orangés, une huppe au noir tranchant qui prolonge les flancs du crâne, quelques chatoiements bleutés au coin des ailes, l’oiseau scrute impitoyablement le fond de l’étang. Ses mouvements semblent faire écho à la vie aquatique qui nous est cachée. Son attitude, l’angle que fait son corps avec ses échasses, son immobilité ou son relâchement, la fixité du regard, la distraction trahie par un bâillement, tout dans son comportement nous signale en miroir les faits et gestes de sa prochaine victime. Sa patience est infinie. Nous redoutons même le silence qui règne sous la surface d’une onde trop calme. Là-haut, le bleu du ciel nous avait boudé depuis Paris. Un couple de libellules frivoles tourbillonne en composant des irisations rouges et vertes. Une feuille morte vrille une dernière fois autour d’un rayon de lumière avant de rejoindre ses congénères pour bâtir la frêle sépulture de l’été.
Subitement, il s’est fait félin en plongeant. Le poisson-martyre forme désormais une croix de convulsion avec un bec triomphant qui pointe le zénith. Un rétablissement bien ajusté et le gosier jouit.
Aujourd’hui et demain, nous jouons L’Oiseau de feu.
(Le jardin Yoshikien est à Nara, pès de Kyoto)

Bienvenue au Japon!

Nous voilà donc à Kyoto au Japon après un voyage serein pour ceux qui n’aiment pas les secousses en avion, mais très fatigant.

Donc, journée de repos bien méritée (surtout pour les “bronchitiques” comme moi!) ou chacun a organisé sa vie comme il l’entend (visite de temples, shopping, ballade ou….sieste!). De plus, cette première journée bénéficie d’un temps magnifique, sous un ciel bleu et un soleil que nous n’avions plus vu depuis notre départ de Paris un peu à cause du mauvais temps mais surtout d’une pollution inimaginable (je plains les athlètes des futurs J.O de Pékin!).

Ce qui me surprend à chaque fois lorsque je viens au Japon, c’est ce sentiment de sécurité, d’ordre et de propreté qu’on ne trouve nul part ailleurs! Un exemple, dans le métro, les gens font la queue à l’heure de pointe de chaque côté du wagon sans se bousculer en suivant un ligne jaune sur le sol. Difficile d’imaginer cela à Paris vers 18h un jour de semaine! En fait, chacun à droit à sa place et respecte l’autre, c’est presque idéal….

Demain est une journée difficile: nous partons de l’hôtel vers 9h30 en y laissant nos bagages que nous retrouverons à Tokyo le soir dans notre chambre. Puis répétition, concert à Kyoto à 15h avec un nouveau programme, puis train JR Shinkansen (TGV local) et arrivée à Tokyo vers 21h…

Ici c’est la nuit et il est tard, je vais me coucher!

Bonne journée à Paris!

Dernière image de Taipei


11h30. Dans une heure, l’autobus pour l’aéroport et le voyage vers Osaka. Préparer la valise, calculer son temps, que faire encore… Un violon vient du couloir. J’ouvre ma porte, c’est juste en face. Privacy please est accroché à la poignée. Je frappe, sans savoir qui va m’ouvrir. Le visage qui apparaît est celui de Chihoko Maupetit, venue de ce Japon vers lequel l’orchestre s’envole. Ne pas tourner en rond, utiliser son temps d’attente. Travailler son instrument, la valise faite.

Beau soir

Une petite annonce au micro pour demander qu’on éteigne les portables, histoire de se mettre en condition. Puis un 1er Concerto de Beethoven très bien équilibré, avec ce qu’il faut d’intensité, mais beaucoup de concentration chez Lang Lang, et d’homogénéité, lui qui parfois taquine le Tout-en-Un. L’orchestre a très bien épaulé le jeune soliste chinois qui, en bis, a donné avec Christoph Eschenbach un quatre-mains de Debussy. Lang Lang avait des gestes de chat, plongeant la patte dans le piano, là où il avait posé la partition, grattant les touches. Il s’emboîtait entre son partenaire et le clavier. La scène était drôle –l’interprétation s’effaçait derrière le plaisir de jouer- et déclencha des fous rires dans l’orchestre.

Et puis ce fut une belle Fantastique. L’œuvre de Berlioz était plus compatible avec cette salle flatteuse mais potentiellement brouillonne que celle de Brahms, donnée la veille. Et l’orchestre avait eu le temps de s’adapter. Les solistes ont été merveilleux, les cordes bien en bloc, les vents à la parade. La Scène aux Champs avec ses échos entre cor anglais et hautbois était très attachante, la Marche au supplice très impressionnante et le Sabbat final a arraché des hurlements au public ! L’orchestre aurait pu mettre le feu aux rideaux!