Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Deconcerto - Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel



L’Orchestre de Paris poursuit son partenariat avec l’Ecole Estienne, Ecole Supérieure des Arts et Industries graphiques. Réalisés par les étudiants de la section BTS communication visuelle option multimédia, ces clips ont pour objectif pédagogique de mettre en scène un ou des musiciens de l’Orchestre de Paris au regard d’une œuvre ou d’un compositeur de la saison 2011/12.

Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel
Promenade onirique du Petit Poucet à travers un paysage enchanté et bucolique. Un espace qui mêle le rêve et la métamorphose d’un homme. Le décor en perpétuel croissance s’accorde avec le dynamisme de l’oeuvre musicale de Ravel. Un monde mystérieux… Une balade colorée qui respire la fraîcheur.

Marie Eyriès  et Hugo Raulo, étudiants en BTS Communication Visuelle Multimédia à l’école Estienne, 2011-2012, avec la participation de David Braccini, violon.

» Soirée Ravel dirigée par Lorin Maazel les 1er et 2 février 2012 à la Salle Pleyel

Beethoven, Cinquième symphonie : le match… en images !

Feuilletant le blog de l’Orchestre pendant la trêve des confiseurs il m’est apparu que le récent texte d’Etienne Pfender sur la 5e Symphonie de Beethoven vue comme un match de foot entre philosophes offrait un terrain favorable à l’illustration picturale, si possible aussi cocasse et irrespectueuse que le texte d’origine.
A vous de jouer, donc, et, vous aidant de ce dernier, d’affubler de vénérables et illustres patronymes tous ces petits Mickey pleins de folie.
Cliquez sur les images et amusez-vous bien !

BeethovofootPhilosophoot

Le 4 octobre 2011, Etienne Pfender, violoniste à l’Orchestre de Paris, a écrit :

Beethoven occupe la tribune d’honneur.En composant sa Cinquième symphonie, il a convoqué tout ce que le gratin de l’humanité comporte en matière de penseurs pour soutenir ou réfuter sa thèse selon laquelle “le destin frappe à la porte”. Le destin, c’est le nom de code donné au concept du déterminisme, selon lequel, quoique tu fasses, c’était écrit, et tu ne peux influer en rien sur le cours des événements. Mais les théoriciens du libre arbitre s’y opposent farouchement : pour eux, rien n’est joué d’avance.

Beethoven semble leur donner raison. En parcourant toute la symphonie, son thème se transforme sous sa plume, se cache parfois, ou réapparaît délivré de ses attributs menaçants. Ainsi, pétrissant un langage nouveau en s’adossant sur l’acquis (à quoi se reconnaissent les chefs-d’œuvre : ses quatuors sont emblématiques à cet égard), le malaxant, le tordant tel un forgeron amenant son fer à l’incandescence et le frappant de toutes ses immenses forces pour le porter à l’idée, perdant même conscience de limites qu’il respecte pourtant et les repoussant ainsi paradoxalement, Beethoven devient libre par création.

Différent de l’effort naturel et instinctif du prédateur s’efforçant de chasser la proie qui s’efforce à son tour de fuir, l’effort de création de l’homme devient signature de sa liberté.
Déterminisme contre liberté, donc. Fatalisme contre libre arbitre. La bataille fait rage à travers les siècles dans la pensée des philosophes. Car les enjeux sont colossaux. Si les déterministes ont raison, plus de responsabilité, donc plus de justice possible ! Si les déterministes ont raison, adieu tout effort, adieu tout courage, adieu toute morale ! Si les déterministes ont raison enfin, plus aucune action n’a de sens et l’homme cesse d’être élevé au rang d’animal supérieur pour n’être plus soumis qu’aux instincts et pulsions que la nature lui impose pour la survie de l’espèce. Sa raison même, son entendement, sa logique, ses sentiments, sa créativité, sans être niés en tant que tels, sans cesser d’être réels pour autant, n’en seraient pas moins qu’une immense illusion de liberté et ne proviendraient pas de l’homme lui-même, contrairement à ce qu’il s’imagine, mais simplement d’une équation monstrueuse… mais laissons là … la partie va débuter.
Les équipes en présence ne manquent pas de talent dans leurs rangs, comme nous le verrons. A ma gauche (la sinistre ! ), les maillots sont noirs, couleur du destin tragique ! A ma droite, les tenants de la liberté sont tout de vert vêtus. C’est la couleur de l’espoir !

Le coup d’envoi est donné par un certain Homère, fataliste convaincu, qui expédie fort loin le ballon avec la mort d’Hector, preuve irréfutable selon lui :
Alors le Père étendit ses balances d’or. Il y plaça deux sorts de la mort qui couche l’homme, celui d’Achille, et celui d’Hector dompteur de chevaux. Il souleva le fléau par le milieu ; alors s’abaissa le jour fatal d’Hector : il allait chez Hadès, et Phébus Apollon l’abandonna.” (L’Iliade, chant XXII).

La passe vise Diodore dont les coach, anciens prêtres Babyloniens, enseignaient que, semblables aux astres, les hommes sont conduits où le ciel ordonne. Les sophistes de Mégare (3ème s. av JC), ses supporters fanatiques, hurlent des travées leurs encouragements : si une chose existe en vérité et puisque la vérité est éternelle, alors il était également vrai d’affirmer, de toute éternité, que cette chose existera. Furieux, le joueur Aristote intercepte immédiatement le ballon à l’aide de l’expérience qui
nous montre que les choses futures ont leur principe dans la délibération et dans l’action” (De l’interprétation chap IX),
tançant ses adversaires englués dans
les absurdités où l’on est entraîné si l’on admet […] qu’il n’existe aucune indétermination dans le devenir, mais qu’au contraire toutes choses sont et deviennent par l’effet de la nécessité. En vertu de ce raisonnement, il n’y aurait plus ni à délibérer, ni à se donner de la peine. ” (ibid ).

Prolongeant la trajectoire d’Aristote, Épicure attaque en profondeur :
La nécessité n’est pas responsable, la fortune est instable et ce qui dépend de nous est sans maître.” (lettre à Ménécée, § 133)

puis centre vers Lucrèce :
“d’où vient cette volonté arrachée aux destins qui nous permet d’aller où nous conduit notre plaisir et d’infléchir nous aussi nos mouvements, non pas en un moment ni en un lieu fixés, mais suivant l’intention de notre seul esprit ?
” (De la Nature, chant II).

Les verts semblent prendre l’avantage, mais Virgile surgit et tente de redorer le blason des noirs (d’un air de dire : ce n’est pas parce que le destin est implacable qu’il est forcément méchant) :
Souvent le temps qui produit des effets divers dans son cours inconstant, a rétabli des destinées brisées ; souvent la fortune revenant à ceux qu’elle avait abattus, s’est fait un jeu de les remettre en lieu sûr.” (Énéide XI, 425).

Épictète, à portée, le tacle sans pitié et déclare avec les stoïciens qu’il convient de faire la part de ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas, ouvrant une brèche de liberté au sein de la Destinée, brèche qui s’élargit à mesure que l’on domine sa propre imagination, car
ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais leur jugement sur les choses” ( Manuel V).

A l’affût, Laplace croit bénéficier d’un coup franc et réplique aussitôt avec son fameux démon … trop long …  :
Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si, d’ailleurs, elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule le mouvement des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle et l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux.” ( Essai philosophique sur les probabilités, chap 1).

La balle à Descartes, qui lie le degré de liberté à celui de la connaissance :
Si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire ; et ainsi je serais entièrement libre” (Méditations métaphysiques, IV)
concédant toutefois que :
l’accord du libre arbitre et de la Providence est incompréhensible ” (Principes de la philosophie, I, 41).

Le jeu s’embrouille : si Descartes n’est pas clair, où va-t-on ?
Spinoza en profite hardiment, jette un froid en investissant la surface de réparation des verts et tire du droit un véritable coup de canon :
Les hommes se croient libres pour la seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés ” (Éthique III prop 2, scolie).

Par chance, le gardien Rousseau réalise une sortie de but exemplaire et bloque souverainement le boulet :
Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme. ” (Le Contrat social).

Il laisse les noirs groggy et opère une remise en jeu fulgurante en direction de son partenaire Sartre qui passe un peu pour le Schtroumpf grognon de l’équipe. Jugez plutôt :
Nous sommes condamnés à être libres.” (L’existentialisme est un humanisme).

La liberté étant indissolublement liée au choix, il est impossible de la nier puisque nous sommes en permanence confrontés à de multiples choix, et nous sommes même sommés de choisir. Et ne pas choisir, c’est encore choisir. Humm ! pas toujours facile de jouer avec le camarade Sartre… D’ailleurs, il se fait marquer par Platon, en grande forme, celui-là, qui veut faire la distinction entre l’âme libre et le corps prisonnier de la destinée :
Âmes éphémères, vous allez commencer une nouvelle carrière et renaître à la condition mortelle. Ce n’est point un génie qui vous tirera au sort, c’est vous-mêmes qui choisirez […] la vie à laquelle vous serez liés par la nécessité.” (La République, Ch X, mythe d’Er).

C’est le moment choisi par Bergson pour entrer dans la partie. Lui aussi veut distinguer physique et psychologie :
S’il y a une causalité psychologique réelle, elle doit se distinguer de la causalité physique, et puisque celle-ci implique que rien ne se crée dans le passage d’un moment au moment suivant, celle-là implique au contraire la création par l’acte lui-même, de quelque chose qui n’existait pas dans les antécédents.” (lettre à Léon Brunschvicg du 26 février 1903).

L’acte créateur est donc preuve de liberté. Voilà qui devrait conforter l’ami Beethoven. Mais c’est compter sans Voltaire qui trépigne et, comme à son habitude, persifle :
Il serait plaisant qu’une partie de ce monde fût arrangée, et que l’autre ne le fût point. Quand on y regarde de près, on voit que la doctrine contraire à celle du destin est absurde ; mais il y a beaucoup de gens destinés à raisonner mal, d’autres à ne point raisonner du tout, d’autres à persécuter ceux qui raisonnent.” (Dictionnaire philosophique).

Le jeu s’accélère lorsque les “maîtres du soupçon” Marx, Nietzsche et Freud avancent de façon spectaculaire, dribblant leurs adversaires en dénonçant comme pure illusion la notion de libre arbitre : il est impensable de pouvoir se déterminer soi-même en faisant totalement abstraction du contexte économique et social, de ses instincts vitaux ou de son inconscient :
On a dépouillé le devenir de son innocence chaque fois que le fait d’être comme ceci ou comme cela est ramené à la volonté, à des intentions, à des actes de responsabilité.” (Nietzsche, Crépuscule des idoles).

Bottant en touche, Kant démontre dans la 3ème antinomie de La Critique de la Raison Pure, qu’il est impossible de trancher en faveur de l’un ou l’autre parti, déterminisme ou liberté. En effet, d’un côté, une chose n’arrivant pas sans cause, on doit pouvoir remonter la chaîne des causes jusqu’à la première. Mais si on a vraiment la chance de rencontrer la première, cela signifie qu’elle est apparu librement, puisque sans cause. 1-0. D’un autre côté, si un événement inconditionné inaugure une série nouvelle, il échappe de fait totalement à la loi de la nature et à son principe de causalité.
Car au regard d’un tel pouvoir de liberté, n’obéissant à aucune loi, on ne peut plus guère penser une nature puisque les lois de cette dernière sont continuellement transformées par les influences qu’exerceraient cette liberté et que le jeu des phénomènes, régulier et uniforme selon la simple nature, est ainsi rendu confus et incohérent

Ce n’est donc qu’une idée, non une réalité. 1-1. Balle au centre. Préconisant dans la foulée de poser la liberté comme axiome servant de base à la morale, il est immédiatement sifflé hors-jeu.
C’est alors que, faisant référence aux sophistes, Schopenhauer en profite pour brailler ” il m’égare” et tout de go, règle ses comptes avec l’école kantienne
“dont le secret est simple : mystifier, en imposer, tromper, jeter de la poudre aux yeux, gasconner
. [..] Il ne s’agit plus pour les philosophailleurs de ce temps d’instruire […] mais de séduire.” (Le Fondement de la Morale).

Devant cette attaque déloyale totalement hors sujet, Schopenhauer reçoit immédiatement un carton rouge et se voit expulsé du terrain en vociférant des injures contre
cet épais, ce grossier charlatan de Hegel” (ibid)
qui, n’étant pas encore intervenu, n’en demandait pas tant.

Visiblement, la partie dégénère et les nombreux joueurs qui rongent leur frein sur le banc de touche ( Cicéron, Hobbes, Locke, Leibniz, Heidegger… ) commencent à s’exciter gravement.
Pour couper court au péril montant, on siffle la mi-temps…

Lassé par ces disputes interminables, Beethoven s’est éclipsé depuis longtemps. Promeneur solitaire, il s’est endormi au pied d’un chêne. Il rêve. C’est son espace de liberté.

Beethoven, 5ème symphonie
Concerts des 14, 15, 17 septembre 2011

Deuxième clip de la série Deconcerto (saison 2011/12) : Strauss, Symphonie alpestre



L’Orchestre de Paris poursuit son partenariat avec l’Ecole Estienne, Ecole Supérieure des Arts et Industries graphiques. Réalisés par les étudiants de la section BTS communication visuelle option multimédia, ces clips ont pour objectif pédagogique de mettre en scène un ou des musiciens de l’Orchestre de Paris au regard d’une œuvre ou d’un compositeur de la saison 2011/12.

La Symphonie alpestre de Richard Strauss narre la traversée d’un paysage alpin, de l’aube au crépuscule.
L’orage est un passage particulièrement fort du récit. Durant cet instant, l’homme semble être déstabilisé par la tempête dominante. La pluie, le vent et l’orage prennent vie et entravent le bon déroulement de sa musique.

Clothilde Fura et Laura Lonni, étudiantes en BTS Communication Visuelle Multimédia à l’école Estienne, 2011-2012, avec la participation de Andreï Iarca, violon.

Andris Nelsons dirigera l’Orchestre de Paris dans la Symphonie alpestre de Richard Strauss les 18 et 19 janvier 2012 à la Salle Pleyel.
» Concerts des 18 et 19 janvier 2012

Premier clip de la série Deconcerto - saison 2011/12


L’Orchestre de Paris poursuit son partenariat avec l’Ecole Estienne, Ecole Supérieure des Arts et Industries graphiques. Réalisés par les étudiants de la section BTS communication visuelle option multimédia, ces clips ont pour objectif pédagogique de mettre en scène un ou des musiciens de l’Orchestre de Paris au regard d’une œuvre ou d’un compositeur de la saison 2011/12.

Une vie de héros est une œuvre d’une grande puissance musicale où son talentueux compositeur, Richard Strauss, met en scène son chemin vers la gloire malgré les embûches. Elle est composée de 9 parties. Ici, on s’intéresse à la 5e partie de l’œuvre, “Le champs de bataille“: les musiciens, en “Dieux” de la guerre, se livrent un combat sans merci chacun commandant une armée de petits soldats en plastique.

Estelle Chassagnole et Joseph Rozier, étudiants en BTS Communication Visuelle Multimédia à l’école Estienne. 2011-2012

Gloria : Vivaldi versus Poulenc

Ce mardi 13 décembre, les élèves de l’internat d’excellence de Marly-le-roi assistent à la générale de l’Orchestre de Paris. Le 22 novembre dernier, ils ont reçu la visite de Marie Poulanges, musicienne de l’Orchestre de Paris, venue leur présenter le programme de cette soirée. Récit de cette soirée.

Les mardis soirs sont devenus des soirées hors du commun pour ces 24 élèves volontaires. Chaque semaine ils attendent avec enthousiasme les trois musiciens de l’Orchestre de Paris qui se déplacent pour les initier à la pratique instrumentale.

Ils découvrent avec surprise le programme de cette séance un peu particulière.
Marie Poulanges, altiste de l’orchestre, est venue à Marly pour préparer la première visite des jeunes apprentis musiciens à la Salle Pleyel. Dans deux semaines, ils vont avoir la grande chance d’assister à la répétition générale du Gloria de Francis Poulenc avec le Chœur et l’Orchestre de Paris. Ils retrouveront à cette occasion leurs “professeurs” sur scène, dans leur quotidien de musicien.

Marie leur décrit tout d’abord la personnalité de Francis Poulenc, qui lui semble importante pour comprendre sa musique. Elle leur traduit le texte latin du Gloria puis leur fait écouter tour à tour le Gloria de Poulenc et celui de Vivaldi, une vraie traversée dans le temps !
En quelques minutes ils sont capables de reconnaitre s’ils écoutent Vivaldi ou Poulenc, et deviennent imbattables au quizz de Marie !

Les adolescents plongent complètement dans le monde imaginaire de l’œuvre de Poulenc. Il est parfois difficile de qualifier ses sentiments à l’écoute d’une œuvre. Ce soir-là, l’écoute du Gloria se traduit en “joyeux” et “vivant”, mais aussi “mélancolique” et “calme”. Certains commentent même la structure de l’œuvre, en remarquant qu’à certains passages le chœur dialogue avec l’orchestre.

Marie leur explique enfin pour quelles raisons cette œuvre religieuse a pu être qualifiée de provocante en 1959. Ils ne tardent pas à citer les extraits de l’œuvre dont il est question !
L’intérêt pour le Gloria est bien éveillé chez les jeunes, plus rien ne peut s’opposer à la découverte de l’œuvre entière. Vivement la répétition générale !

Ce projet bénéficie du soutien d’AXA Private Equity Mécénat.