Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Lionel Sow explique aux enfants les indispensables du chanteur

Vendredi 25 novembre, Lionel Sow se rendait au collège Vincent d’Indy pour une première répétition avec les jeunes élèves impliqués dans le projet ” de Chœur en Orchestre”.
Après un an de rencontres avec les musiciens de l’Orchestre de Paris, de venues à des répétitions générales, aux concerts éducatifs et du soir, les élèves préparent leur propre concert qu’ils donneront avec le Chœur de l’Orchestre de Paris le 25 juin prochain : le compositeur Karol Beffa achève en ce moment
Fragments de l’Enéide, pour ce chœur d’enfants et le Chœur de l’Orchestre de Paris.

Après une première rencontre pour faire connaissance avec le nouveau chef de chœur de l’Orchestre de Paris, les élèves du collège Vincent d’Indy vivent leur première séance de travail avec Lionel Sow.

La position, l’écoute et … l’enthousiasme

Tous s’attendaient à une séance classique avec partitions, paroles à articuler, travail d’intonation, de mémorisation … Mais avant d’aborder le répertoire vocal et déchiffrer Fragments de l’Enéide, œuvre écrite spécifiquement pour eux et le chœur de l’Orchestre de Paris, les élèves redécouvrent “les indispensables du chanteur” à savoir la position, l’écoute et … l’enthousiasme.

Après quelques exercices ludiques de position : “position déprimée, fatiguée”, tous adoptent la posture idéale pour chanter, bien droits, les pieds ancrés dans le sol.

Le travail d’écoute requiert de l’attention et le respect de l’autre car dit Lionel : “c’est l’écoute qui dose l’énergie, c’est l’écoute qui permet de se corriger, c’est l’écoute qui permet de ne pas écraser les autres… écouter, insiste Lionel, peut-être même plus important que chanter. On peut passer une répétition entière à écouter puis on chante un peu et là … c’est beau“.

Pour prendre conscience de ce travail d’écoute et d’oreille, des exercices délicats se succèdent : des cellules rythmiques à reproduire en canon puis des petites mélodies improvisées par les uns et les autres. Ecouter puis refaire, les enfants y parviennent sans souci mais, lorsqu’il s’agit de reproduire et de prêter attention à une autre proposition vocale en même temps, c’est une autre histoire ! Pourtant, écouter en chantant autre chose est un véritable exercice préparatoire au chant polyphonique.

Le travail d’écoute se fait également sur des exercices de pulsation et pour ne pas agir par mimétisme, les enfants ferment les yeux. Certains s’aperçoivent qu’improviser des petites mélodies n’est pas si simple alors qu’il “suffit de se laisser aller” conseille Lionel.

Différentes entrées pour pénétrer l’instrument vocale : le mouvement, le rythme, la reproduction, tout cela pour réussir à créer “un son entre nous et qu’il faudra transmettre au chœur de l’Orchestre de Paris.

Les conseils du chef

La séance se clôt par quelques conseils du chef : “je sens que vous aimez chanter. Vous allez chanter dans une grande salle de concert, la salle Pleyel. La joie que vous avez, il faudra la multiplier par 1000. Chanter requiert de l’énergie mais il faut savoir la doser : dans un groupe il y a des leader et des gens qui suivent. Il faut trouver le juste équilibre. Il faut qu’on voie tout le monde, que pas un ne disparaisse. Apprenez donc à vous écouter avec force et attention“.

Les enfants applaudissent et sourient à l’idée de retrouver très vite Lionel pour une autre séance de travail.

» Concert du  Chœur de l’Orchestre de Paris le 25 juin 2012 à la Salle Pleyel

Ce projet bénéficie du soutien du fonds d’action SACEM. 

Impressions de concert au retour de la tournée

Un concert de musique de chambre au bénéfice de l’Orchestre du Sendai

Nous sommes rentrés hier.
Il serait quand même difficile de refermer cette tournée en Asie sans jamais prononcer le mot Fukushima…
Le 21 novembre, qui était jour de repos entre les concerts à Yokohama et à Fukuoka, nous avons donné à Tokyo un concert de musique de chambre au bénéfice de l’Orchestre du Sendai. Le Sendai est la région de Fukushima et cet orchestre -dont la salle de concert avait été totalement détruite- avait cessé ses activités entre le séisme de mars et juillet.
Cette manifestation était organisée par l’Association Paris-Tokyo que préside Madame Yuriko Nose. Le Violon solo de l’Orchestre du Sendai était là.
A notre quintette à vents (Philippe Berrod, Alexandre Gattet, Vincent Lucas, Pierre Martens et moi-même) s’est adjointe Kyoko Sasaki, une excellente jeune pianiste qui a effectué ses études au Conservatoire National Supérieur à Paris (CNSMDP). Nous avons joué Jacques Ibert, Albert Roussel, Alexandre Tansman, Jean Françaix et Francis Poulenc et nous avons reçu un accueil très enthousiaste, pour cette modeste contribution que nous souhaitions apporter à nos collègues.*

Deux concerts inoubliables

Et puis, je crois que je garderai tout particulièrement le souvenir de deux concerts.
D’abord au NHK Hall, la salle de la radio-télévision japonaise à Tokyo, notre premier concert. La tension, la qualité des silences, l’écoute qui s’est manifestée pendant l’exécution des Offrandes Oubliées de Messiaen étaient remarquables. Il n’y avait plus de tousseurs, plus de portables, plus rien de ce qui parfois, à Paris ou ailleurs gâche l’instant. Je n’étais sûrement pas le seul à ressentir cela. D’ailleurs Neeme Järvi, le père de Paavo, finissait une tournée au Japon au même moment et assistait à ce concert. Il ne connaissait pas l’œuvre et immédiatement il a dit qu’il voulait la diriger!
L’autre concert, c’est le dernier, à Séoul. La conjonction avec le public a été extraordinaire. Jamais nous n’avions rencontré un tel succès dans cette ville, c’était tout simplement électrique.

*NDLR : Avant que l’orchestre parte en tournée, Roland Daugareil, le violon solo, nous avait parlé de ses liens avec le Sendai où il a souvent enseigné. Il avait de sa propre initiative fait don de son cachet lors d’une master-class spéciale, il y a quelques mois. Et les cinq musiciens japonais de l’orchestre avaient eux aussi organisé de leur côté près de Paris un concert au profit des victimes du séisme.

Passe-moi ta note !

Un an avec - Le Gloria de Poulenc

Lundi 21 novembre 2011, Lionel Sow, le nouveau Chef de Chœur de l’Orchestre de Paris, accompagné de huit chanteurs du chœur (Alice et Anna, sopranos / Isabelle et Elsa, altos / Gilles et Denis, ténors / Patrick et Jérôme, basses), ont rendu visite aux élèves de 6e du collège Jean Jaurès à Clichy.
La classe a intégré le projet “Un an avec”, dispositif qui donne accès aux coulisses du Chœur et de l’Orchestre de Paris à travers répétitions générales, concerts et rencontres avec les artistes. Sous la houlette de leur professeur Myriam Ladjili, les enfants du collège travaillent cette année le
Gloria de Poulenc.

Se transmettre une note sans la laisser tomber

L’échauffement corporel, nécessaire pour placer la voix avant de chanter, passe parfois par d’étranges positions et quand Lionel Sow demande aux élèves de s’accroupir en essayant de garder le buste droit ou de se pencher en avant, les mains croisées dans le dos, certains perdent forcément l’équilibre et les rires fusent dans la classe. Lionel n’en a cure et de sa voix grave demande calmement de reprendre l’exercice. Alors tous s’exécutent, plus sérieusement cette fois-ci. La tension tombe, l’excitation fait place à la concentration.
On peut commencer les exercices vocaux : se transmettre une note sans la laisser tomber n’est pas si simple. Il faut la soutenir, la pousser sans la bousculer jusqu’à son voisin, qui doit alors la recevoir sans heurt et la transporter à son tour. Les deux premières notes s’éteignent vite, mais la troisième fait le tour de la classe : maintenant, chacun est à l’écoute de l’autre et on peut chanter ensemble. Du Gloria de Poulenc, les enfants ont préparé in excelsis deo et Laudamus te. Avec les huit voix d’adultes qui les entourent, ils chantent les pièces sacrées avec ferveur. Cela manque peut-être un peu de justesse et de nuances, mais le plaisir est là, l’attention et l’échange aussi.

“Un chef de chœur, à quoi ça sert ?”

Et lorsqu’ils posent les questions qu’ils ont préparées, Lionel et les membres du chœur y répondent avec générosité, visiblement ravis de leur curiosité. Les élèves ont du mal à comprendre la notion d’amateur, tant le chant nécessite du travail et du temps. Ils demandent quel est le rôle du chef de chœur. Lionel en invite alors quelques-uns à venir au milieu de la classe pour diriger les chanteurs et pour qu’ils comprennent l’importance des gestes.
Avant de quitter le collège, les élèves nous invitent au goûter qu’ils ont préparé et que nous partageons avec eux avec un bonheur et une faim non dissimulés.

Rendez-vous à la salle Pleyel le 13 décembre !

Les élèves de 6e ont d’autres rendez-vous pour mieux préparer l’œuvre de Poulenc :
Jeudi 24 novembre, ils bénéficieront d’un atelier musical animé par Isild Manac’h, du CREA
Mardi 29 novembre, la classe de 6e assistera à une séance de travail du Chœur de l’Orchestre de Paris
Enfin, ils viendront écouter la répétition générale de l’œuvre de Poulenc le mardi 13 décembre, à la Salle Pleyel avec l’Orchestre de Paris.

Ce projet bénéficie du soutien du fonds d’action SACEM.  

Bien logés !

La nouvelle salle de Pékin conçue par Paul Andreu

Pour n’importe quel orchestre, la salle de concert est un facteur déterminant à prendre en compte. Quand on dit la salle, on parle d’acoustique, c’est-à-dire la manière dont les musiciens vont percevoir le résultat sonore qu’ils produisent, comment cette musique arrive aux auditeurs.
L’Orchestre de Paris en a connu des vertes et des pas mûres, en la matière. Le Théâtre Mogador où il s’abrita pendant la rénovation de la Salle Pleyel n’était pas un modèle d’acoustique, par exemple. D’autant que les répétitions n’avaient pas toujours lieu sur place… histoire de faciliter l’affaire.

Jouer dans les plus belles salles du Japon

Alors qu’il guette l’inauguration de la grande Philharmonie de Paris, l’orchestre a toujours un faible pour les salles japonaises. Comme le Suntory Hall à Tokyo. Il faut dire qu’elle semble parfaite. On y entend tout, le moindre pianisssimo passe vers le public et l’orchestre peut parfaitement maîtriser chacune de ses nuances.

Le Japon possède une réputation en béton pour ce qui est des salles de concert. Je ne sais pas si l’expression est de mise, en fait. Car ce qui a surpris les musiciens lors de leur toute première tournée en 1970, c’était l’habillage de bois, qui donnait aux salles une acoustique chaude et délicate. Bizarrement, le Suntory Hall est tout en pierre. La réverbération est assez grande mais la définition de chaque note est très précise…
Béton ou pas, les Japonais n’ont pas pris de risques : ils ont copié le modèle le plus probant, le Musikverein de Vienne. C’est le cas des salles de Miyazaki et de Fukuoka : une capacité d’environ 1800 places et une forme invariable, parallélépipédique, la boîte à chaussures comme on l’appelle.
Le Suntory Hall est un peu plus vaste, 2000 places, et plutôt sur le modèle de la Philharmonie de Berlin, en terrasses.

Ce qui frappe surtout, c’est que sur une soixantaine de salles dans l’archipel, presque quarante ont été construites après 1990. Les trois salles que visite l’orchestre hors Tokyo sont dans ce cas (la salle de Kyoto fut inaugurée en 1995, par l’Orchestre de Paris entre autres). La date n’est pas significative en soi, simplement tous ces équipements sont récents et bien conçus.
Le Japon possède une salle de 1937 à Ube, proche de Fukuoka. Et une salle de 2700 places, le Festival Hall d’Osaka que l’Orchestre de Paris a visité à plusieurs reprises, aujourd’hui en travaux pour réouverture en 2013. On ne peut pas dire que les musiciens soient allés partout au Japon mais ils ont beaucoup sillonné le pays.

Un oeuf posé sur l’eau à Pékin

L’Orchestre de Paris connaît aussi la très belle salle de Séoul, très vaste (2350 places !), où il avait conclu sa tournée 2007 par un Boléro de Ravel hypnotique !
Mais la surprise de cette tournée 2011, c’est l’œuf sur l’eau posé à Pékin par l’architecte Paul Andreu, grand complexe artistique abritant un théâtre d’opéra occidental, une salle d’opéra chinois et une salle de concerts de 2000 places. Cet objet de titane avait été inauguré deux mois à peine après le dernier passage de l’orchestre à Pékin, en 2007, après six ans de travaux.
Cette fois, c’est la bonne !

» Découvrez la salle en images sur le site de l’architecte Paul Andreu

Les tribulations des partitions au Japon

Si vous étiez musicien dans un orchestre partant pour une extraordinaire tournée en Asie, quel serait votre pire cauchemar ?
Peut-être ouvrir votre chemise de partitions en entrant sur scène, et la découvrir affreusement vide… Rassurez-vous ! Une personne volera immédiatement à votre secours : le (ou la) bibliothécaire d’orchestre. Mais avant de pouvoir vous sauver sur scène, il aura fallu un long travail en amont !

Quelques mois avant…

Remontons ensemble en mars-avril 2011. La programmation de la saison suivante se dessine déjà dans les arcanes de l’orchestre de Paris… Et pour la bibliothèque d’orchestre, il est l’heure de solliciter les chefs pour connaître quelques grandes lignes du travail à accomplir (quelle édition le maestro souhaite-t-il utiliser ? Et quels coups d’archet ?). C’est dès cette période que la bibliothèque vérifie également les instruments nécessaires à l’exécution de chaque œuvre. Il est en effet assez utile de savoir, pour la disposition du plateau comme pour des raisons budgétaires, que la flûte 2 jouera aussi du piccolo, ou qu’il faut prévoir 5 percussionnistes.

Quelques semaines avant…

Deux mois environ avant le départ, le matériel est rendu disponible aux musiciens. Pour une tournée d’une telle ampleur, l’effervescence est palpable et les instrumentistes sont beaucoup plus nombreux que d’habitude à vouloir “potasser” les partitions chez eux très tôt. Surtout quand le programme cumule quelques œuvres peu jouées et/ou difficiles !
J-14 avant le décollage : les répétitions commencent à Paris. C’est aussi là que les premières failles apparaissent, heureusement colmatables sans trop de problèmes vu que tout est disponible sur place. Une différence entre la partition du chef et celle d’un musicien, une tourne de page mal placée, un bout de scotch à ajouter pour réparer une vieille partition…. Le bibliothécaire d’orchestre est un vrai infirmier prêt à réparer tous les bobos de la musique écrite, pour qu’un accroc sur la partition n’empêche pas la musique de se faire magnifiquement interpréter.

Quelques jours avant le départ…

En fonction de ses impressions à l’issue des premières répétitions, Paavo Järvi peut décider d’ajouter un bis au programme prévu… Dans ce cas-là, le même travail minutieux que d’ordinaire s’impose (commande auprès de l’éditeur, signature de contrats, vérification de l’état du matériel et de l’effectif requis, relecture et copie des coups d’archet pour les cordes…), mais il faut accomplir toutes les étapes beaucoup plus vite ! Et il ne faut pas oublier de prévenir la production : si le bis est joué sur un matériel de location, cela change le budget des concerts !

Nous y sommes !

Il est finalement l’heure de quitter la salle Pleyel pour le Japon. Pas moins de 60 kg de partitions partent dans une caisse spéciale, au milieu de celles prévues pour les instruments de l’orchestre. Le bibliothécaire méticuleux aura pris soin d’y joindre ce qui constitue sa trousse à outils : crayons de papier, gommes, scotch, pour réparer les accidents éventuels. Au prix de quelques heures de travail, il aura aussi préparé des photocopies de « secours » de toutes les partitions, prêtes à être sorties in extremis, au cas où un musicien aussi sérieux qu’étourdi oublierait la sienne dans sa chambre d’hôtel…

À  suivre…