Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Douzième clip de la série Deconcerto : Tchaïkovski



Ce projet évoque le combat que Tchaïkovski menait à la fois contre lui-même et contre la société. Tout en assumant son homosexualité, il restait convaincu qu’il s’agissait d’une maladie dont il pouvait guérir et ainsi mettre fin aux railleries de ses pairs. Il crée la Symphonie n°6, Pathétique peu avant sa mort. A travers cette œuvre censée représenter sa vision de lui-même, Tchaïkovski recourt à une dernière tentative de rédemption, d’exorcisation.

Pierre Fave, étudiant à l’École Estienne, BTS communication visuelle, option multimédia

» Concert des 15 et 16 juin 2011 “La Pathétique de Tchaïkovski”

Écouter Dvořák

Pénétrer dans un jardin d’Eden où lever le bras sans effort suffit à cueillir le fruit mûr de la joie et s’en délecter. Où sa couleur réjouit la vue, sa peau le toucher, sa pulpe odorante le palais puis l’esprit, les sens puis l’âme.
Nulle inquiétude ici. Point d’envieux non plus, possédés par “un refus de vouloir, avec une ivresse de désirer” (Alain). Ni haine ni vanité, cette “admiration de soi fondée sur l’admiration qu’on croit inspirer aux autres” (Bergson), ni sottise ni fanfaronnade. Certes, peut-être qu’ici l’éclosion du “meilleur [ qui ] contient la permission du mal” (Leibniz) se fait encore attendre… Peut-être qu’ici l’Homme n’est pas tout à fait devenu un homme, c’est-à-dire qu’il n’a encore ni appris à infliger la souffrance pour s’en croire grandi (Nietzsche) ni ne connaît à l’inverse cette ultime bonté qui fait poursuivre le bien d’autrui à ses propres dépens (Schopenhauer). Car ici ne fleurissent ni la compétition, ni la défiance, ni la gloire, qui sont les trois principales causes des conflits (Hobbes). Ici la quiétude est reine, la joie souveraine, et elles durent le temps d’une symphonie.

Mais pas seulement la quiétude. Pas seulement la sérénité, pas seulement cette sorte d’ingénue félicité qui pourrait s’apparenter à de l’insouciance, de l’indifférence ou du détachement. Car ici l’on est actif, et l’on croque à pleines dents le déroulé du temps, on l’enserre par la taille pour danser, on le caresse telle une chevelure enfantine, on le tutoie puisqu’il devient intime plutôt qu’objet de crainte, allié plutôt que concurrent. Il est recherché, non redouté, et sa compagnie fait grandir mais non vieillir.

Grandir, ici, c’est amonceler la joie, “dont personne ne peut se dire sans expérience” (Saint Augustin), alors que vieillir, c’est s’en dépouiller peu à peu. Grandir, c’est foisonner, fourmiller, regorger de joie, la voir occuper toujours plus d’espace et remplir l’outre de sa vie jusqu’à la fendre s’il était possible. Et tendre sa peau qui est élastique et souple si on le veut bien. Mais vieillir c’est la froisser. Vieillir, c’est friper cette peau qui se dessèche et consomme l’espérance, cet ersatz de joie, pour s’en frictionner en vain comme d’un baume de jouvence illusoire. Car là où demeure la joie, l’espérance est inutile. Grandir ? C’est être libre de tout rituel ankylosant, alors que vieillir flatte “l’habitude, cet animal qui vomit des chaînes et dont la queue est un pendule” (Paul Morand). Et si “ce qui effraye les hommes et les rend tristes, c’est qu’ils imaginent que l’avenir, qu’ils ne savent prévoir, est néanmoins prévu” (Alain), alors Dvořák nous libère de cet effroi et de cette tristesse par la joie destinée à ensemencer l’avenir et nous faire grandir jusqu’à la mort, mais non vieillir.
Le temps d’une symphonie, le temps du foisonnement de la joie, l’espace d’une confidence avec le temps, et nous voici prêts à repartir vers un monde ordinaire, le nôtre, pesant parfois, la liesse engrangée pour tendre vers le meilleur…

Dvořák, Symphonie N° 7, Concerto pour violoncelle
Paris, Vienne, 18, 19, 25, 28, 29 mai 2011

Date est prise

L’Orchestre de Paris a magnifiquement conclu sa résidence au Musikverein de Vienne.

Son troisième concert a commencé sur les chapeaux de roue avec une Ouverture du Corsaire de Berlioz que Paavo Järvi voulait précise et véloce. Le Concerto pour piano de Grieg était repris par Elisabeth Leonskaja avec l’humanité, la singularité qui la caractérise. Après la pause, le spectateur avait l’impression curieuse qu’on lui avait changé son orchestre… les bois s’étaient relayé, pour profiter tous du dernier concert. La Cinquième symphonie de Sibelius fut vraiment réussie, l’orchestre et le chef trouvant le chemin pour garder la ligne et la progression de cette œuvre qui aime s’égarer.

Paavo Järvi n’avait rien laisser perdre de la répétition du matin, travaillant en longueur, sans trop reprendre de détails, pour que l’orchestre continue à s’acclimater à l’acoustique du lieu. Les musiciens qui ne jouaient pas dans l’une ou l’autre des œuvres et avaient pu s’installer à tour de rôle dans la salle revenaient à la conclusion unanime qu’on entend tout, que tout sonne clairement. Mais, phénomène intéressant, dans les échanges, après cet émerveillement qui s’était exprimé les premiers jours, l’accent était mis sur la difficulté à bien jouer dans ce lieu si particulier, la disposition très étagée par exemple mettant les violons des uns à la hauteur des genoux des autres…

Le concert s’est achevé par deux bis qui ont confirmé l’osmose entre le chef et ses musiciens. La Valse triste de Sibelius, prolongation de la symphonie et clin d’œil à Vienne, puis le Galop des Jeux d’enfants de Bizet, survolté.

On parle de revenir.

cello

Deux demi-journées, deux salles, deux personnalités !

Cette quatrième et dernière journée à Vienne, ce sont les enfants qui prennent les choses en main :

9h précises, les voilà tous qui viennent me chercher à mon hôtel pour les accompagner au Musikverein. Au programme : écouter la répétition générale de la Symphonie n°5 de Sibelius, et surtout rencontrer le Directeur musical de l’Orchestre de Paris, Maestro Paavo Järvi. Certains, pour l’occasion endossent leurs tee-shirts aux logos de l’Orchestre, et tous décachètent le dernier enregistrement de l’Orchestre pour le faire dédicacer à la pause. Paavo Järvi les reçoit dans sa loge avec beaucoup de simplicité et de gentillesse. Je lui raconte leur séjour : les enfants, tout en réclamant des photos sont, même pour les plus extravertis, plutôt intimidés. Anaïs qui a accompagné sa filleule demande au Maestro l’autorisation de la garder à ses côtés sur le plateau, pour la seconde partie de la répétition. La réponse ne se fait pas attendre : “of course, it’s a great idea !“.

Nous laissons donc Océane aux bons soins de sa marraine et allons tous déjeuner d’une dernière Wienerschnitzel ou d’un gigantesque cordon bleu. Océane nous rejoint une heure plus tard accompagnée de Christiane Chrétien qui vient passer le reste de l’après -midi avec son filleul Zakaria. Paavo Jarvi, me racontera Anaïs plus tard, a été très touché par la présence d’Océane. A chaque fois qu’il levait la baguette pour diriger l’orchestre, il croisait le regard de l‘enfant et ne pouvait s’empêcher de dire à chaque fois “she’s so beautiful !“. Par sa seule présence, Océane a transformé l’ambiance qui régnait en salle !

Un temps de repos dans un parc de la Hofburg où nous admirons une imposante sculpture de Goethe et nous voici tous à 15h à l’entrée des artistes de l’Opéra de Vienne en compagnie de son directeur M. Dominique Meyer pour une visite. Quelques musiciens dont Sandrine, marraine de Toufik, nous rejoignent.
La visite est passionnante avec de nombreuses anecdotes. On admire les magnifiques bustes des célèbres directeurs qui se sont succédés au cours des du 19ème et du 20ème siècle : Strauss, Böhm, Krauss, Karajan ainsi que celui de Mahler, sculpté par Rodin.

Les enfants ont accès à tous les coins et recoins du théâtre, chaque lieu propice à une anecdote inédite :

Les foyers doivent leurs noms à leurs cheminées. Dominique Meyer indique aux jeunes, que pour découvrir des choses ravissantes, il faut toujours lever la tête. En effet, le plafond de la terrasse attenante recèle des peintures ravissantes de la Flûte enchantée de Mozart. On y voit Papageno, les 3 dames de la nuit, Zarastro etc.

Dans le foyer Gustav Mahler, une exposition photos de ce compositeur et chef d’orchestre. “Ce fut le premier à jouer les opéras de Wagner sans coupures“, raconte Dominique “ce qui est assez cocasse lorsqu’on apprend que la veuve de Wagner, antisémite, avait tout mis en œuvre pour empêcher qu’il prenne la direction de l’opéra“. Cette exposition révèle que Mahler ne devait pas être un personnage très heureux : sur les 147 photos relatant sa vie, il n’en existe qu’une seule où il sourit et une seule où il rit. La dernière photo, très émouvante, le représente sur le bateau, mourant, de retour des Etats-Unis pour s’éteindre chez lui.

Les enfants apprennent que la salle comprend 1700 places assises et 600 places debout au tarif de 6 euros. Au parterre, en fond de salle, aiment s’assoir les amateurs de voix. Les places du 2ème balcon sont prisées par les intellectuels dont les loges éclairées permettent de suivre simultanément l’intrigue sur scène et la lecture de la partition.

Quelques mots sur la fosse et voilà les enfants sur la scène pour admirer les décors, les différentes machineries, la place du souffleur
Dominique raconte d’une voix énigmatique que sur la scène certains mots sont interdits par superstition. Malgré l’insistance des enfants il refuse de les prononcer sur le plateau. Plus tard, à la sortie, ces derniers revenant à la charge, il dévoile ces mystères : les mots interdits ne sont pas uniquement les “gros mots” comme le suggère Océane mais les termes ficelles et cordes qu’on préfère appeler les fils. Cette superstition a été amenée par les marins qui, lorsqu’ils n’étaient pas en mer, travaillaient sur les décors de l’opéra pour nourrir leurs familles. On apprend aussi que si le vert est une couleur qui porte malheur en France, C’est le violet qui est proscrit en Italie pour des raisons religieuses.

Un rapide tour dans les loges des artistes où on leur installe leurs perruques et où on les maquille précède la visite d’une salle de répétition : l’opéra répétant 3 à 4 spectacles en même temps, tout ne peut se dérouler sur la scène. Les artistes répètent donc en studio où l’on ne peut certes pas apporter le décor dans son intégralité ni tout l’orchestre. On imite donc un peu le décor pour se repérer ( On aperçoit l’épée de Sigmund…les adultes avertis devinent que dans cette salle c’est la Walkyrie de Wagner qui est répétée) et c’est un piano qui remplace l’orchestre. Toufik demande si l’épée est réellement tranchante. “Evidemment qu’on ne peu pas jouer avec des armes en plastique” explique Dominique. “Cela ne serait pas très crédible sur le plateau. Mais on fait très attention sur la façon de les manier.

La visite s’achève sur quelques données chiffrées : 1000 personnes qui travaillent dans cette institution. Pour la plupart : le célèbre Orchestre Philharmonique de Vienne, des chanteurs, des danseurs, des techniciens, des machinistes et enfin moins nombreux mais tout aussi nécessaire, le personnel administratif.

Visite passionnante pour les enfants qui ont entendu parler de Katia Kabanova de Janáček, de la Walkyrie de Wagner, de Salomé de Strauss ou encore de Simon Boccanegra de Verdi.
Après la traditionnelle photo de groupe, le reste de la journée est consacré a l’achat de souvenirs et à un dernier tour de la ville.

Le voyage à Vienne des enfants de la Fondation La Vie au Grand Air bénéficie du soutien des Fondations Edmond de Rothschild, LCH.Clearnet, Monsieur et Madame Arnaud Grémont et Monsieur et Madame Adrien Nimhauser.  

Dominique Meyer, directeur de l’Opéra de Vienne et les enfants de la fondation La Vie au Grand Air

La lumière au Musikverein

J’ai oublié un aspect unique de cette salle de la Musikverein où l’Orchestre de Paris joue actuellement. C’est la lumière.
Trois côtés sont bordés de fenêtres et la lumière du jour pénètre donc pendant les répétitions et même les concerts. Surtout un jour comme hier où deux -c’était dimanche- se sont succédés entre 16 heures et 19h30 ! L’Orchestre de Paris après la Philharmonie tchèque, le temps de changer l’installation du plateau et les partitions sur les pupitres…

Vraiment une salle à part.

La lumière, donc. Quand il ne fait plus jour, les grands lustres sont encore là et ne baissent pas d’intensité.

Philippe Aïche, de profil, mais au premier rang, aime cet écrin, il aime le voir depuis la scène pendant le concert. Le violoniste Etienne Pfender parle d’une imitation de salon, par opposition à un théâtre, un cinéma, un lieu où la lumière se concentre en un point, scène, écran.

Hier soir, c’était orgue-orgue-orgue. La reprise de l’œuvre de Thierry Escaich, le Concerto pour violoncelle de Dvorák qui prouve dans son final qu’on peut faire sonner un orchestre comme un orgue (Gautier Capuçon soliste comme à Paris), Symphonie pour orgue de Saint-Saëns. Mais ici, pas d’instrument électrique comme à Pleyel. Le grand orgue, tout tuyaux, comme un feu d’artifice. Une musique du XIXe finissant fasciné par la technique, une musique efficace, traitée comme telle, tête baissée, sans aucun relâchement avant le dernier accord sec.

la lumière du Musikverein