Concert avec entracte - fin du concert aux environs de 22h20
Peut-on parler de jumeaux, inséparables, si ressemblants en apparence, secrètement unis ? C’est bien le cas de ce concert et de celui qu’Herbert Blomstedt donne la semaine précédente. Dans ces deux programmes, la même alliance Beethoven-Strauss et une fraternité entre les œuvres choisies.
Beethoven composa son Concerto pour violon et son Quatrième concerto pour piano à la même époque. Ils partagent un même esprit lyrique, une fluidité harmonieuse, assez éloignée de l’image en coups de poing du Beethoven révolutionnaire.
Quant à la Symphonie alpestre de Strauss, elle appartient à la même fratrie qu’Une Vie de héros, celle des poèmes symphoniques écrits au tournant du siècle sans base littéraire.
Strauss aimait la montagne, il y vécut les quarante dernières années de sa vie. Mais on verrait à tort dans cette œuvre une simple carte postale sonore, aux détails typiques – notamment l’utilisation de cloches de vache. La Symphonie alpestre est une magnifique pièce, vivante, sans cesse en transformation (elle est divisée en vingt-deux séquences), un véritable kaléidoscope orchestral, exploitant les registres les plus extrêmes, une invitation idéale pour découvrir le monde symphonique. Occasion non seulement idéale mais précieuse, avec le retour de Sergey Khachatryan, l’un des violonistes les plus fins d’aujourd’hui, et la présence au pupitre d’Andris Nelsons, maître absolu de la musique de Richard Strauss, comme il l’a prouvé la saison dernière avec Ainsi parlait Zarathoustra.
Andris Nelsons, originaire de Riga, est l’un des chefs les plus en vue aujourd’hui. À trente ans, déjà directeur de l’Opéra de Lettonie, il s’est vu proposer la direction musicale du City of Birmingham Symphony Orchestra à l’issue de son premier concert ! Simon Rattle, qui avait hissé cet orchestre au premier rang, avait attendu huit ans pour cela. Collectionneur de disques impénitent, affamé de musique, Andris Nelsons possède une énergie communicative et un geste très clair. Élève surdoué de Mariss Jansons, il a fait, la saison dernière, ses débuts avec le Philharmonique de Berlin, le Chicago Symphony Orchestra et l’Orchestre de Paris. Son premier concert avec l’Orchestre de Paris a révélé un chef absolument envoûtant.
Né en Arménie en 1985 au sein d’une famille de musiciens, Sergey Khachatryan est en 2000 le plus jeune lauréat du Concours international Sibelius. En 2005, il emporte le Premier prix du Concours Reine Elizabeth à Bruxelles. Il s’est passé bien peu de temps depuis, Sergey Khachatryan a à peine passé 25 ans.
Il a joué à plusieurs reprises avec l’Orchestre philharmonique de Londres, notamment sous la direction de Kurt Masur qui l’a invité à Paris avec l’Orchestre National de France, au New York Philharmonic Orchestra et à Cleveland. La terre entière se l’arrache. Il est un interprète remarquable du concerto de Khatchaturian, mais aussi de Chostakovitch, de Prokofiev... Le concerto de Beethoven entre progressivement dans son répertoire. L’Orchestre de Paris l’a accueilli une première fois en 2010 avec le concerto de Tchaïkovski.
Sergey Khachatryan a déjà enregistré trois disques pour Naïve, les deux premiers consacrés à ces concertos et le plus récent, en 2008, présentant avec sa sœur pianiste les sonates de Chostakovitch et Franck.