Concert avec entracte
Juin à l’Orchestre de Paris s’annonce très moderne : la quasi-totalité des œuvres à l’affiche furent écrites au XXe siècle. Parmi les trois exceptions, une appartient même au XXIe siècle : le Concerto pour piano de Philippe Manoury, l’un des chefs de file de la musique contemporaine en France. Le jeune pianiste Jean-Frédéric Neuburger donnera cette création mondiale avec le chef Ingo Metzmacher, qui dirigea un magnifique War Requiem de Britten en janvier 2010.
Autant qu’un spécialiste des œuvres nouvelles, Ingo Metzmacher est un éclaireur, capable de relier entre elles les époques. Convaincu que les compositeurs sont constamment attelés à une même quête, il fait ici le choix original d’associer Ligeti, disparu en 2006, à Mahler.
Mahler montra une prédilection grandissante pour les adagios immenses dans des œuvres titanesques. Au point que ces mouvements lents deviennent son emblème, au point que le destin venu l’interrompre dans la composition de sa Dixième Symphonie ne lui laisse en achever que l’adagio...
Ce cosmos que Mahler semble faire parcourir à son auditeur, Ligeti l’expérimente à son tour, un demi-siècle plus tard, avec des œuvres aux titres significatifs : Atmosphères, Lontano. À l’opposé de la musique des années 50, très escarpée, la sienne est immobile – mais extrêmement détaillée. Ligeti a recours lui-même aux métaphores astronomiques, parlant de « constellations d’intervalles » qui se métamorphosent progressivement.
Entendre cette musique puis revenir à Mahler provoquera une sensation aussi originale que pertinente. L’écoute aiguisée par les transformations minuscules, les réfractions soudaines de Ligeti révéleront un Mahler précurseur et deux compositeurs expérimentateurs l’un comme l’autre. La sensation d’apesanteur est la même. Simplement Mahler jouit du panorama infini quand Ligeti observe un objet céleste minuscule perdu dans le lointain.
Originaire de Hanovre, Ingo Metzmacher a commencé sa carrière au sein de l’Ensemble Modern à Francfort-sur-le-Main. En 1997, il a été appelé comme directeur musical à l’Opéra de Hambourg, où il a dirigé huit saisons durant de nombreuses productions qui ont assis sa réputation internationale. Le Nederlandse Opera à Amsterdam l’a ensuite choisi comme chef principal. En 2007, il était de retour en Allemagne comme directeur artistique du Deutsches Symphonie Orchester de Berlin (DSO) jusqu’en 2010.
Depuis, Ingo Metzmacher a commencé une collaboration avec l’Opéra de Zurich et plus récemment avec le Staatsoper de Berlin. Il a dirigé la création du dernier opéra de Wolfgang Rihm,
Dyonisus, au festival de Salzbourg en 2010.
Né en 1986 à Paris, Jean-Frédéric Neuburger est un musicien rare qui n’hésite pas à faire voisiner Fauré et Stockhausen dans ses concerts, à se faire l’interprète d’œuvres nouvelles, tout en affrontant les grandes partitions du répertoire. Sorti du Conservatoire de Paris en 2003, il est récompensé dans plusieurs concours et tout particulièrement lors du Concours international Long-Thibaud en 2004, où il remporte quatre prix. En 2006, Premier prix des Young Concert Artists International Auditions, il a fait ses débuts au Carnegie Hall à New York. L’Orchestre de Paris l’a accueilli pour la première fois en octobre 2010 pour le
Concerto pour la main gauche de Ravel.
De 2000 à 2004, Thomas Goepfer poursuit des études de flûte et de recherche appliquée à l’électroacoustique et à l’informatique musicale au CNSMD de Lyon. Il obtient son prix mention très bien et se consacre à la recherche et la création musicale en intégrant l’Ircam comme réalisateur en informatique musicale. Depuis, il collabore avec de nombreux artistes contemporains. De 2003 à 2006, il collabore avec le Forum Neuesmusiktheater de Stuttgart comme responsable de réalisation en informatique musicale, notamment pour les créations de William Forsythe impliquant le traitement de la voix des danseurs en temps réel. En 2006, il cosigne la création sonore du spectacle multimédia
Seule Avec Loup des chorégraphes N+N Corsino, au Centre Pompidou – coproduction Ircam. Début 2009, il intègre la société Cycling’74 (San Francisco), qui développe le logiciel Max/MSP, principal logiciel de production des pièces Ircam.