Les 40 ans de l'Orchestre
Dans l’océan des œuvres

Si vous êtes à Paris, ça se note CM (création mondiale). Chez les anglophones, on écrirait WP (world premiere), en Allemagne UA (Uraufführung). Les musiciens de l’orchestre donneront cette semaine deux CF (attention ! création en France) et une CM de la compositrice Kaija Saariaho.
L’Orchestre de Paris peut afficher les résultats d’un beau travail en la matière depuis sa naissance: une soixantaine de CM et autant de CF. Ses directeurs musicaux sont tous –Munch le premier, mais aussi Baudo, Solti, Barenboïm, Bychkov, Eschenbach- des promoteurs de la création. Et les musiciens eux-mêmes, parmi lesquels plusieurs solistes furent des CM (créateurs mondiaux ?). Ainsi le violoniste Philippe Aïche pour le concerto d’Eric Tanguy, l’altiste Ana Bela Chavez pour celui d’Edith Canat de Chizy et avant eux Luben Yordanoff, le premier violon initial de l’orchestre, pour le concerto de Jolivet en 1973. Ainsi que leurs collègues en musique de chambre ou lors de CF (Eiichi Chijiiwa du Concerto pour violon de Marc-André Dalbavie, les trois violoncellistes Emmanuel Gaugué, Eric Picard et François Michel du Concerto Grosso n°3 de Penderecki).
À mentionner les œuvres les plus importantes, il serait indélicat d’en oublier. Faut-il distinguer les œuvres qui ont fait leur chemin ? Celles qui ont laissé un sillage ? Œuvres d’orchestre, œuvres avec solistes, avec chœur, la liste s’ouvre en 1969 avec la Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ d’Olivier Messiaen. Et Messiaen reste en très bonne place parmi les contemporains que l’Orchestre de Paris joue régulièrement depuis 40 ans. Tout comme Henri Dutilleux, dont le Concerto pour violoncelle fut créé en 1970 au Festival d’Aix-en-Provence à l’époque où l’Orchestre de Paris y prenait ses quartiers d’été. De Pierre Boulez, on fit entendre d’abord une CF, Rituel in memoriam Bruno Maderna, puis une partition commandée par Daniel Barenboïm, Notations I. Berio composa deux œuvres, son Concerto II pour piano, créé par Daniel Barenboïm et Pierre Boulez, et Stanze pour voix, chœur et orchestre, auxquelles on peut ajouter son opéra Outis, présenté à Paris après sa création à la Scala.
Pour son dixième anniversaire, l’orchestre inaugure sa propre politique de commande avec Marcel Landowski –le directeur de la musique qui pour André Malraux pilota la naissance de l’orchestre- qui compose sa Messe de l’Aurore. Il inventera aussi, à la charnière du siècle, le principe d’un compositeur en résidence, que furent Philippe Manoury, Marc-André Dalbavie, ce dernier ayant travaillé particulièrement étroitement avec les musiciens (cf la chronique 3, Portrait d’orchestre). Entretemps, Gilbert Amy, Hugues Dufourt, Michaël Levinas, Jean-Louis Florentz... contribuent à cette mise au monde d’œuvres nouvelles avec l’orchestre. Création française signifie bien sûr qu’on regarde du côté des compositeurs étrangers. Lutoslawski fut probablement celui qui bénéficia le plus de cet investissement, sous l’impulsion Barenboïm, avec huit CF. D’autres firent l’objet d’une inclination plus ponctuelles comme Henze ou Takemitsu. Le spectre est très large, des Américains minimalistes comme Steve Reich ou John Adams aux grands symphonistes comme Wolfgang Rihm, des grands modernes libres comme Ligeti aux successeurs de Chostakovitch dans le monde surveillé de l’ex-URSS, Schnittke ou Goubaïdoulina. Le choix est immense. C’est alors qu’on mesure combien la programmation de chaque saison, pour un orchestre, est un geste à réfléchir.

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