Les 40 ans de l'Orchestre
Haut les cordes !

La caméra a fixé ce dialogue entre Charles Munch et les musiciens de l’Orchestre de Paris :
Munch : J’entends ça plus doux. Est-ce que vous avez vos bons violons ?
Un musicien : Je n’ai pas mon meilleur...
Munch : Que voulez-vous, à Boston (prononcé à la française), il y avait 10 Stradivarius... ça fait une différence...
Un musicien : On n’a plus rien ici...
(On peut voir cette scène dans les archives de l’INA, ça vaut la peine ! Cliquez ici.)

Premier violon solo de l’époque –c’est en 1967-, Luben Yordanoff se souvient que les cordes de l’orchestre étaient de très bons instruments de l’école française, signés de luthiers comme Vuillaume, l’un des meilleurs du XIXe siècle. "Mais pas de Stradivarius, pas d’Amati...".

Des Stradivarius, il y en eut une dizaine dans l’Orchestre de la Société des Conservatoires, portant le nom de leur propriétaire : le Habeneck, le Nadaud, le Lamoureux. Jean Alard (1815-1888), élève d'Habeneck, donna par exemple son nom à un Stradivarius de 1715. Il en posséda deux autres: le Artot et le Messie (le violon favori de Stradivarius). Aujourd’hui, Il y a deux Stradivarius dans l’orchestre. Violons altos, violoncelles sont la propriété des musiciens, dont la valeur est en revanche assurée par l’Orchestre de Paris, qui ne possède que ses contrebasses.

Certains orchestres américains, avec l’aide de donateurs, ont acquis un instrument prestigieux, attribué au Premier Violon. C’est le cas du Dallas Symphony Orchestra (histoire douloureuse : acquit en 1978, son Stradivarius fut volé en 1985 et n’a été retrouvé qu’en 2006). C’est le mécène de l’Orchestre Symphonique de Montréal, le quotidien The Montreal Star, qui acheta le Stradivarius Laub, sur lequel le virtuose russe Alexander Petschnikov, avait donné la première américaine du concerto de Tchaïkovski avec le Chicago Symphony Orchestra en 1899. Effet somptueux de la mémoire.
Le New Jersey Symphony Orchestra acheta, lui, une collection entière d’une trentaine d’instruments anciens en 2003 et en fit grande publicité. Un tapis de cordes, un tapis ancien ! Fin 2007, la collection fut jugée surévaluée et, l’orchestre surendetté, il fut décidé de la revendre, dans une humeur trouble.

Certains Stradivarius trop fragiles sont maintenant retirés des concerts. Le Messie que possédait Alard est par exemple au Ashmolean Museum d'Oxford. Parmi les autres, beaucoup sont devenus propriété de fondations privées, investissement mis à la disposition de grands solistes qui en assurent une promotion raffinée (il y a pire comme estampille !). La Nippon Music Foundation possède ainsi 13 Stradivarius, dont l’un passe de main en main, réservé au vainqueur triennal du Concours Reine Elisabeth de Bruxelles.
Charles Munch, qui fut d’abord violoniste, possédait un autre fameux violon, un Guarneri del Jesu qu’il vendit à Isaac Stern. "Pour une bouchée de pain, se souvient Luben Yordanoff, 40 000 dollars...". Le chiffre est resté gravé. On ne vendra jamais les violonistes comme des joueurs de foot, mais la valeur des instruments s’exprime aujourd’hui en millions. On mesure la surenchère.

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