Les 40 ans de l'Orchestre
Le discours des oiseaux
La petite étiquette attira mon regard. Elle progressait à bon rythme, boulevard Henri IV, sur l’étui à violon qu’une jeune femme à vélo portait en bandoulière. LSO, trois lettres tracées d’un seul mouvement rouge. Ça tenait du Zorro autant que du sigle TGV. Vital et mystérieux, avec un quelque chose de calligraphique, de manuel...

Les orchestres eux aussi sont en quête d’une identité visuelle, comme on dirait dans le jargon du marketing... Pour se trouver un logo, les orchestres anglo-saxons ont cet atout précieux de l’acronyme. [Ellesso] pour London Symphony Orchestra, [Elpi-o] (pour London Philharmonic Orchestra) et des emboîtements qui tiennent de la chaîne ADN comme CBSO (City of Birmingham Symphony Orchestra) ou même BBCSO pour la radio. La sonorité du O final leur donne ce petit côté familier des codes de l’aviation, les Romeo, Papa, Zoulou... un mot familier. Les orchestres français n’ont pas cette chance. Seul l’Orchestre National d’Ile de France a viabilisé ONDIF. Les OPPL, ONL sont peu usités, ils restent des sigles.

Orchestre de Paris, c’est assez court. OP, ce serait vraiment trop court ! En fait, la personnalité visuelle de l’orchestre tient à autre chose. Un signal récurrent et immuable dont témoignent quarante ans d’affiches. Sur celles des tournées, c’est souvent une Tour Eiffel qui symbolise Paris vu de loin ! Mais celles des concerts parisiens arborent deux colombes qui s’envolent l’aile dans l’aile. Ils sont musique puisque mouvement. Ils sont de Braque, André Malraux les a obtenus pour l’orchestre lors de sa création en 1967. Les affiches de la première décennie les mettent sobrement en valeur, sur fond blanc, avec une typographie à empattement puissante. La couleur des colombes, bleu au départ, change à chaque saison! Au début des années quatre-vingt, dans une modernité assez brouillonne, on perce des yeux aux colombes ! Les lettres sont larges comme les cols de chemise de l’époque et, si la typographie est droite, le R prend une jambe arrondie... Rapidement néanmoins un logo se fixe : Orchestre / de / Paris sur trois niveaux, la préposition enchâssée dans une portée musique à cinq lignes, avec un PARIS énorme, la jambe du R toujours ronde. Les colombes sont indifféremment placées dessous ou dessus. C’est ce logo qui identifiera l’orchestre pendant une bonne quinzaine d’années.

Avec l’arrivée de Christoph Eschenbach, une nouvelle image est travaillée. Typographie bâton, étroite, actuelle et sobre. Le logo est en anneau, comme le cerclage d’une belle montre, les colombes, intemporelles, à l’intérieur. Pour leurs quarante ans, les voici de nouveau à l’air libre. Violet sur fond chaud, coiffant une typographie renouvelée, plus technologique, qui hybride l’arrondi avec l’anguleux. En voyant l’évolution graphique, on imagine un parallèle avec l’histoire des styles musicaux. Et en feuilletant les immenses albums de typographie, on pense à l’interprétation, à l’infinie variation du geste instrumental.

Christian Leblé
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