Les 40 ans de l'Orchestre
Jour pour jour
J’ouvre Le Monde du 14 novembre 1967. Les Américains sont englués dans la guerre du Vietnam, que le président Johnston affirme mener pour "préserver votre liberté, protéger votre vie et vous permettre de dormir cette nuit sur vos deux oreilles". Les affrontements entre Grecs et Turcs commencent à Chypre.
À Paris, la veille, la chanteuse Oum Kalsoum est à l’Olympia. L’astre de l’Orient chante jusqu’à 2 heures du matin. "Des jeunes gens se ruent sur scène, renversent le service d’ordre, s’emparent de la vedette, l’embrassent, couvrent de baisers ses mains, un pan de sa robe". Johnny Hallyday passe au Palais des Sports, "pantalon argent, veste à fleurs et couronne de colliers".

Les musiciens du nouvel Orchestre de Paris, eux, sont habillés bleu nuit par Pierre Cardin. Ils ont le trac, car le lancement de leur formation, au Théâtre des Champs Elysées, il y a quarante ans jour pour jour, se fait dans une ambiance agitée.
Le milieu musical accueille en effet parfois avec scepticisme l’ambition de créer cet orchestre de prestige qui doit répéter plus que les autres. L’exclusivité est dorénavant exigée des musiciens, ceux qui par exemple tout en étant titulaires à l’Opéra de Paris participaient aux programmes de la Société des concerts du Conservatoire se voient désormais contraints d’y renoncer ou de s’engager pour de bon.

Jacques Longchampt, le critique musical du Monde, lui, y croit. Il s’enthousiasme.
"On est frappé par l’aspect jeune de cet orchestre. Les instrumentistes chevronnés sont entourés par de jeunes pousses vigoureuses, comme dans une forêt en pleine expansion."
On a en effet choisi d’associer dans les cordes un débutant et un vieux routier. Je dis débutant, car pour ceux qui se présentèrent au concours à peine sortis du Conservatoire de Paris, les traits d’orchestre, l’habitude de travailler en groupe, en pupitre, rien de tout ça n’était acquis.
"L’interprétation de Munch est portée par une furia francese que rien ne peut assouvir, sans que jamais la beauté et même la transparence de l’orchestre en souffrent."
Le concert fut précédé d’un mois de répétition, dont de nombreux partiels, c’est-à-dire des répétitions d’une seule famille instrumentale. Pour les cordes, Munch se mettait derrière le dernier pupitre et écoutait.

Après la Symphonie Fantastique, puis Requiem Canticles, une œuvre de Stravinski pour vents, créée par Boulez au Festival d’Edimbourg deux mois auparavant, c’est La Mer, l’une des pièces fétiches de Charles Munch.
"Une sorte d’ouragan et d’apothéose. Munch, la figure toute ridée de joie, emporte ses musiciens. Puissent-ils ne jamais quitter la haute mer", conclut Jacques Longchampt.
On a fêté les 20 ans, les 30 ans de l’Orchestre de Paris. Mais ce quarantième anniversaire est peut-être plus important que celui du demi-siècle à venir. Quarante ans, en effet, c’est une vie professionnelle.
Ils sont six encore en activité qui participèrent à ce concert inaugural de l’Orchestre de Paris. Parmi les violonistes, Jacqueline Billy-Hérody, Esther Méfano, Jean-Louis Ollu, Bernard Sicard, le contrebassiste Gérard Steffe et le percussionniste Alain Jacquet. Cette saison est parmi leurs dernières.

Christian Leblé
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