Les 40 ans de l'Orchestre
Scruter les horizons
Pour Pierre Boulez, Webern est "le seuil", c’est-à-dire celui par qui vraiment on entre dans la musique moderne. On comprend donc pourquoi celui-ci figure dans deux programmes du cycle cosigné actuellement avec Christoph Eschenbach.

La politique artistique d’un orchestre tient probablement moins à franchir un seuil qu’à scruter les horizons esthétiques et historiques. Dans quelle direction regardait la vigie de l’Orchestre de Paris dans ses premières décennies de navigation ? Charles Munch, on le sait, n’était pas sensible au renouvellement du langage musical. Il était absolument militant de la création mais pas de la révolution musicale.

Webern sera joué pour la première fois à l’Orchestre de Paris en 1972, ses Six pièces pour orchestre opus 6 dirigées par Zubin Mehta. Boulez reprendra le flambeau en 1977, enjambant le seuil sans hésiter, poussant jusqu’au dernier opus orchestral, les Variations opus 30. Le chef Matthias Bamert, proche de sa vision musicale, complètera cette première exploration avec les deux autres ultimes pièces, les cantates écrites entre 1938 et 1943.

Des compositeurs comme Alban Berg ou Bela Bartók n’ont pas été aussi extrêmes dans leurs recherches sonores. Et ils eurent pour eux le format conventionnel du concerto pour se tailler un chemin dans les programmes. Le Concerto pour piano n°3 de Bartók fut joué dès 1968, par Samson François, précédant de peu le Mandarin Merveilleux, le Concerto pour orchestre et avant que Georg Solti ne présente le Château de Barbe-Bleue en 1972. Le concerto "à la mémoire d’un ange" de Berg fut défendu par Christian Ferras en 1969 puis par Isaac Stern et Gidon Kremer. Schoenberg, comme Webern, sera de la décennie 70, Daniel Barenboim associant dans un programme inattendu la Nuit Transfigurée et le Requiem de Fauré avant l’oratorio L’échelle de Jacob par Pierre Boulez en 1976, les Gurrelieder (Zubin Mehta encore, 1977) et le Concerto pour piano (Boulez, 1979).

Stravinski avait déjà été souvent joué, quant aux compositeurs français, Henri Dutilleux apparut lui aux programmes dès les premiers mois de l’orchestre et Messiaen dès les Jeux Olympiques d’Hiver de Grenoble (!). De tous, la reconnaissance la plus lente fut celle consentie à Benjamin Britten : ses Variations et Fugue sur un thème de Purcell données en 1968 ne furent suivies que 14 années plus tard par son War Requiem...

Christian Leblé
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