Les 40 ans de l'Orchestre
Trois fois deux
L’Orchestre de Paris est un hôte prolixe. Dans les années 80, il invite régulièrement à sa table. Jouent grâce à lui à Paris le New York Philharmonic Orchestra avec Zubin Mehta, le Concertgebouw d’Amsterdam avec Bernard Haitink, l’Orchestre Symphonique de Chicago avec Georg Solti. Berlioz, également, lui offre l’occasion d’accueillir d’autres orchestres. Celui de Boston avec Seiji Ozawa, évidemment, puisque Charles Munch le berliozien fut le directeur musical du premier et le mentor artistique du second, et encore l’Orchestre de Lille ou celui du Capitole de Toulouse lors des années Berlioz 2000-2003.

Mais il est une aventure plus particulière, et tenace, qui lie l’Orchestre de Paris à l’Ensemble InterContemporain, celle des concerts à deux orchestres.

On a dit le lien qui unissait les deux inventeurs de ce projet, Daniel Barenboim et Pierre Boulez (lire la chronique Boulez est revenu). En fait, quand les deux hommes se rencontrent dans les années 60, Pierre Boulez, d’une certaine manière, a déjà esquissé le projet. Les concerts qu’il organise au Théâtre du Petit-Marigny, le Domaine Musical, associent des petites formations de solistes -préfiguration de l’Ensemble InterContemporain- et des invitations de grands orchestres qui militent pour la musique nouvelle, comme le Sudwestfunk Orchester Baden-Baden.

L’idée sous-jacente est claire : le XIXe siècle avait figé le dispositif orchestral et même la musique de chambre. Les compositeurs du XXe siècle avec Schoenberg, Webern, Stravinsky, ont bousculé ces standards pour explorer d’autres combinaisons. Un répertoire nouveau s’est constitué au XXe siècle que le grand orchestre ne peut présenter à son public : il est incompatible avec son mode de fonctionnement (comment n’utiliser que 20 musiciens quand on en a 120 ?) et il ne fait pas partie du bagage de ses musiciens.

L’EIC est fondé en 1976, à l’époque où Pierre Boulez commence à diriger l’Orchestre de Paris. C’est en octobre 1985, fêtant le 60ème anniversaire de Pierre Boulez, que les deux formations et les deux chefs lancent les « Concerts à deux orchestres » pour donner plus de souplesse et de flexibilité au concert, élargir le répertoire, s'évader d'une standardisation trop contraignante.

Le projet aura trois vies, pour ainsi dire. De 1987 à 1990, le rythme s’installe d’environ trois concerts à deux orchestres chaque saison. On confronte Daphnis et Chloé de Ravel (OP) au Concerto pour clavecin de Falla (EIC), Petrouchka au Pierrot Lunaire, Amériques à Intégrales (Varèse). Les programmes distribués mettent en évidence l’instrumentation non conforme des œuvres jouées par l’EIC.

On présente aussi des programmes intégralement contemporains, car le grand orchestre n’est bien sûr pas ignoré des compositeurs modernes. mais ces petits dispositifs sur-mesure peuvent aider à comprendre la disposition originale du grand orchestre comme dans Formazioni de Luciano Berio pour lequel les instruments graves sont devant et les aigus derrière.

Le projet est relancé (1993-1999) à l’époque où l’Orchestre de Paris se rapproche du Chatelet. Il trouve un troisième élan avec l’arrivée de Christoph Eschenbach à la tête de l’orchestre, qui invite l’EIC et Pierre Boulez à ouvrir les années Mogador avec lui. Et l’histoire continue.

Christian Leblé
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